Le monde arabe et l'expansion musulmane : deuxième partie

DEUXIÈME PARTIE : LES PREMIERS PAS DE L'ISLAM 

L'expansion de l'Islam

La mort de Mahomet entraîne la ridda1 vite réglée par une répression. Dorénavant, l'Islam devenait une véritable religion "nationale". Les tribus auparavant isolées obéissaient désormais à une unique autorité. La formidable expansion qui se développe à partir de 634 n'est pas due à une quelconque supériorité militaire, mais au contraste entre le dynamisme idéologique et religieux d'un coté, et  la faiblesse des deux Grands (l'Empire Byzantin et l'Empire Perse Sassanide)  épuisé par leurs luttes. 

A l'est, en 637, les Arabes envahissent l'Empire Perse. Kufa (Koufa) et Basra (Bassora) sont deux camps fondés sur l'Euphrate (cf. carte) devenant des foyers de l'islamisation et de l'arabisation des anciens territoires Perses. Ils progressent ensuite vers le Tigre, puis vers l'est, la bataille de Nihawend (642) scelle le sort de l'Empire Sassanide. Les années suivantes les provinces orientales et septentrionales de la Perse sont conquises, en 651 Yazdegerd, dernier souverain Perse est assassiné. A l'ouest entre 634 et 638 les batailles de Ajnâdayn et Yarmuk, les prises de Jérusalem et Damas marque la défaite des troupes byzantines en Syrie. Le khalife Umar (634-6644) désigne Mu'awiya l'Omeyyade comme gouverneur de la région. Ce choix mécontente certaine des tribus arabes, qui partent vers l'Egypte, et comme en Irak, ils fondent Fustât (le Caire) d'où il peuvent continuer leurs conquêtes, notamment en direction du Cyrénaïque. Mu'awija lance une expédition maritime contre Chypre en 649.  Ainsi, en moins de 20 ans un immense empire à vu le jour, le défi qui se présente est maintenant de le diriger.

 

carte de l'expansion Arabe carte de l'expansion Arabe

Le sujet qui va maintenant être développé dans les prochaines lignes marque un tournant dans l'histoire de l'Islam, ces événements ont une répercussion jusqu’à nos jour.

Les divisions internes 

Le gouvernement des conquêtes n'est pas un problème en soi. Ce qui va diviser les nouveaux maîtres de l'Orient c'est la possession de l'autorité suprême sur la communauté des croyants; c'est-à-dire le khalifat. L'idée se dégageant des paroles du Prophète est que seul le plus digne peut diriger. Le choix d'Abu Bakr illustre cette option, c'est un Quraysh et il fait parti de la tribu de Mahomet, il est acceptable pour les "Médinois" c'est-à-dire les fidèles de la première heure. il désigne son successeur en la personne d'Umar. Par la suite la succession héréditaire l'emporte, Uthman devient le nouveau khalife à la mort de d'Umar. Bien que faisant parti des premiers disciples de Mahomet, il favorise systématiquement son clan (Umayyah ou Omeyyade), dont la nomination de Mu'awiya. Ali neveu et gendre de Mahomet (il a épousé sa fille Fatima) du clan Hashimite trouve inacceptable qu'un Omeyyade puisse être "le plus digne", il est soutenu par les "Médinois". Uthman est assassiné en 656 par des chefs de l'armée installée en Egypte. Ali s'impose donc comme successeur, seulement il est immédiatement suspecté d'être l'instigateur du meurtre. Il est contesté par ses propres partisans, il doit faire face à une révolte menée par Aïcha une fille du Prophète (bataille des chameaux, 656). En 657, Ali et Mu'awiya sont face à face à Siffin sur l'Euphrate avec leurs armées, mais les deux chefs s'en remette à l'arbitrage d'Edhrodh (659) qui conclu à la complicité d'Ali dans le meurtre d'Uthman. Mu'awiya est dès lors khalife, l'assassinat d'Ali en 661 conforte sa position. Il règne jusqu'en 680, il fonde la dynastie Omeyyade (659-750).

Cependant, une partie des musulmans ont désapprouvé les négociations entre Ali et Mu'awiya ce sont les kharidjites, c'est-à-dire les "sortant", ils sont contre le khalifat, pour un retour du système de gouvernement des tribus bédouines. Ils sont les instigateurs de l'assassinat d'Ali et de Mu'awiya (ce dernier a échappé à l'assassinat). Ensuite, il y a les partisans d'Ali, ils forment une shi'a, un parti. Hussaïn fils cadet d'Ali se révolte à la mort de Mu'awiya, mais il est massacré par les troupes Omeyyades à Kerbala en 680. Cet événement marque la rupture entre les shi'ites et ceux qui acceptent, au nom de la tradition (sunna), la victoire de Mu'awiya. Le shi'isme devient une force d'opposition au Khalifat Omeyyade, surtout en Iraq, en Iran et au Khurasân où émigrent les tribus favorables à la "familles", les descendants d'Ali et de Fatima et même d'Abu Talib.

carte Shi'ite et sunnites de nos jours carte Shi'ite et sunnites de nos jours
 

 

 1. La ridda est le mouvement de sécession de certaines tribus arabes après la mort de Mahomet.

Bibliographie:

Le monde au Moyen-Âge, Jean-Philippe Genet, Carré Histoire, Hachette superieur, 2004, 271p, Paris

 

A SUIVRE DANS LA TROISIÈME PARTIE : DES CONQUÊTES A LA CRISE SOCIOPOLITIQUE  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.