Il y a une ambiguïté ou une confusion lorsque des responsables politiques européens invoquent le droit international. La plupart du temps, ils enrobent leurs déclarations de principes moraux plus ou moins bien sentis. Aussi, nombre d’administrés croient que s’en remettre à ce droit ne révèlerait pas d’une défense d’intérêts mais d’une belle posture morale.
Or, il s’agit bien d’intérêt, de relations de puissance
Laisser se perpétrer un génocide à Gaza, alors que le droit international a alerté sur un “risque” (ce qui oblige les États s’en réclamant à tout faire afin de l’éviter), c’est affaiblir l’Ukraine. Ne pas tout faire en son pouvoir (notamment, prendre toutes les mesures de rétorsion contre Israël et ses dirigeants dont disposent la France et l’Europe), c’est abandonner la possibilité de construire des coalitions en défense de l’Ukraine.
Il en va de même pour le Vénézuéla. Accepter les bombardements à Caracas et la séquestration de son chef d’État, c’est accepter que l’Ukraine soit envahie et Zelensky démis. Car le deux poids deux mesures ne fonctionne pas en droit international.
Ce droit n’est pas une belle posture morale. Il l’un des rares instruments permettant à l’Europe de peser sur la scène internationale. L’Europe n’est pas une puissance militaire de premier ordre. Nous le voyons, l’Europe ne fait pas le poids face à la Russie, pour ne rien dire par rapport aux États-Unis (dans le cas où ’il y aurait la moindre velléité d’indépendance face à la première puissance militaire).
Le ressort de la puissance du droit international est l’intérêt bien compris de la très grande majorité des États, des petites et moyennes puissances. Tous les pays, qui n’ont pas la puissance d’une Russie ou autre de calibre similaire, ont intérêt à avoir un recours collectif. D’où la belle carte qui restait à l’Europe.
Brandir ce droit aurait ainsi été un formidable drapeau de ralliement. En piétinant ses principes et ses propres capacités à le faire respecter, l’Europe s’est condamnée au jeu du plus fort, dans lequel elle est une joueuse de seconde zone.
La très grande bêtise (pardon pour une explication si frustre mais, dans ce cas, l’idiotie reste l’explication la plus convaincante, la seule un peu consistante si on prend en compte le personnage dans la durée), la très grande bêtise de Macron ne provient pas d’une faute morale. Il s’agit d’une idiotie stratégique.
C’est le choix pour la France et l’Europe d’être un paillasson pour les bottes ensanglantées des autres.