Mélenchon aura surpris son monde en rejoignant la cohorte des personnalités politiques qui dénoncent le « gouvernement des juges », voire la « tyrannie » des magistrats.
A t-il adopté cette position a des fins personnels (protéger lui ou ses proches de procédures judiciaires en cours ou à venir) ? Ou bien souhaite t-il ainsi ratifier sa thèse sur le « lawfare », comme si cette thèse s’appliquait mécaniquement partout de la même manière, si bien qu’il n’y aurait aucune différence entre Lula mis en prison au Brésil par des magistrats d’extrême-droite, Rafael Correa en Équateur dans une opération un peu similaire, Trump aux États-Unis avant sa réélection pour des faits très différents et Le Pen en France -dans un système judiciaire très différent.
« Lawfare ! », une fois pour toute et partout où un politique doit rendre des comptes devant la justice, quelque soit les faits incriminés et le système judiciaire qui procède à cette incrimination.
Probablement Mélenchon est-il mû par ces deux considérations (la thèse du lawfare et les préoccupations personnelles). Mais, dans le fond, peu importe ses motivations : c’est sa position politique qui est catastrophique. Car elle est posée en termes de juges contre personnalités politiques, alors que la seule question est celle de l’extrême-droite.
Or la condamnation de Marine Le Pen avant que l’extrême-droite ne soit formellement au pouvoir est une occasion de défendre l’État de droit avec un peu plus de puissance que si l’extrême-droite était déjà au pouvoir.
Aux antipodes de la position de Mélenchon, la condamnation judiciaire de Le Pen doit être l’occasion de ratifier, par tous les moyens d’expression possibles, le rejet populaire de l’extrême-droite. Ce rejet a été exprimé par les urnes l’année passée. Comme à son accoutumée, Macron a trahi le vote anti-Le Pen (il a été élu deux fois sur cette même mécanique perverse, donc ce n’est pas une surprise). Il n’en demeure pas moins que le fait majeur (et majoritaire) des élections est le rejet de Le Pen.
C’est ce fait majeur et majoritaire qu’il convient de mobiliser afin de défendre l’État de droit.
Que l’extrême-droite se mobilise dans les plateaux télé n’a rien d’étonnant vu la composition de ces plateaux pour ne rien dire de leurs propriétaires. Que l’extrême-droite tâche de se mobiliser dans la rue est moins attendu (et on la voit fébrile sur la question). C’est le moment de la confrontation, de la mobilisation, du sursaut. C’est notre février 1934, qui doit -absolument- déboucher sur un Front Populaire. La mobilisation populaire, le pays réel, doit venir défendre son pays légal.