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Billet de blog 12 avril 2024

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À l’aune de Milei

Macron-Milei, même combat ? Il serait excessif de l'affirmer, les méthodes sont différentes. C'est pourtant les mêmes logiques, ciblant toujours les mêmes et menant aux mêmes désastres prévisibles.

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Il y a quelques années, agacé par les remarques sur ses dérives autoritaires et la violence déployée contre les mouvements sociaux, E. Macron avait eu cette réponse : « Essayez la dictature et vous verrez ! », indiquant ainsi avec quel type de régime il comptait comparer la Vème République dirigée par lui. Aujourd’hui, annonçant de nouvelles coupes budgétaires, il lui manque encore à dire « Essayez Milei, et vous verrez ! ».

Depuis quelques semaines le gouvernement argentin, au pouvoir depuis le 10 décembre dernier, se targue d’avoir en seulement cent jours réduit le déficit du pays dans des proportions « jamais vu dans l’histoire de l’humanité ». Milei se moque des instances internationales, pourtant peu connues pour prôner des politiques sociales généreuses, qu’il juge trop molles. Ainsi, le FMI ne préconisait des coupes dans le budget argentin « que » de 1% du PIB, alors que lui aurait atteint les 5% en quelques mois. Résultat : les pronostics du même FMI d’une croissance de 2,8 % établi en octobre a été revu pour une baisse de PIB de 2,8%.

La brutalité des mesures de Milei n’a pas d’égal, comme il s’en targue, néanmoins la logique et les objectifs sont les mêmes que ceux affichés par un gouvernement Macron. Et les secteurs attaqués par ces mesures sont similaires : les retraités et les chômeurs en priorité. Pourvu que l’on ne touche jamais aux patrimoines et dividendes des plus riches, rien n’est épargné au reste de la société.

Chez les néolibéraux, tels que Macron, comme chez les ultra-libéraux, tels que Milei, la seule richesse sanctuarisée est la propriété privée des plus riches. Aux autres, l’État ou l’inflation peut faire les poches, les biens communs peuvent être bradés et tous les services publics dégradés ou supprimés ; tout est envisageable et envisagé, sauf de freiner l’accumulation des richesses entre les mains de quelques-uns.

A l’aune de Milei, Bruno Le Maire et Macron sont de petits joueurs avec leurs successives coupes dans les services publics. Milei saccage tout en une seule fois. « Ajustement de choc » a aboyé le président argentin. Et les premiers morts indubitablement liés à la suspension de distribution de médicaments pour maladies graves sont apparues. Un cancer sans traitement, c’est une métastase. Milei fête la baisse du déficit.

Bruno Le Maire annonce l’objectif de baisser le déficit. Combien de morts peuvent lui être attribué pour les précédentes coupes dans le budget ? C’est plus diffus que chez Milei. C’est la différence entre l’ajustement graduel et l’ajustement par le choc. Entre l’assassinat par lente asphyxie et à la tronçonneuse. Dans les deux cas, c’est bien le même massacre. Gants de latex pour l’un, tenue de boucher pour l’autre, les deux pourront ensuite retirer leurs protections tâchées de sang et réclamer leurs dû aux milliardaires qu’ils auront si bien servis. En remerciement, ceux-ci paieront majestueusement leurs conférences, l’un sur les « renflements bruns », l’autre sur les « enfants badigeonnés de vaseline ».

Les quelques clichés montrant, bras-dessus-bras-dessous, l’ancien syndicaliste, passé par les geôles de la dictature brésilienne, et l’ancien énarque, passé par la banque d’affaire Rothschild, aussi bucoliques soient-ils ne feront pas oublier que la politique de Macron s’inscrit bien plus dans la trajectoire menant à un Milei qu’à une bifurcation en faveur d’une société plus égalitaire et une terre plus respectée.

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