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Billet de blog 21 juin 2023

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Dissoudre la démocratie depuis un jet privé

Aujourd’hui, le gouvernement tente de dissoudre un collectif qui agit pour que la Terre reste respirable. La même semaine, ce gouvernement a fait l’apologie d'avions qui polluent plus que tout autre transport. Il a aussi été condamné pour son inaction climatique. Dissoudre la démocratie depuis un jet privé, voilà son crédo

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Il y a deux jours, le 19 juin, une cour de justice a condamné l’État pour la mise en danger de personnes (en l’occurrence deux enfants) du fait de son inaction climatique. Ce n’est pas la première fois qu’une instance juridique condamne l’État pour son inaction.


La réponse du gouvernement peut se lire par au moins deux messages symboliques forts. Macron et plusieurs de ses ministres ont tenu à faire la promotion du Salon du Bourget, Bruno Le Maire affirmant un futur aéronautique radieux.

Illustration 1

Autrement dit, plutôt que d’interdire des vols inutiles et ultra-polluants, en particulier ceux des jets privés, Le Maire parie sur un avenir incertain, une solution technologique qui, peut-être, arrivera dans vingt ans pour résoudre une catastrophe qui a déjà commencé. Parier sur l’avenir, afin de ne pas molester le confort de quelques personnes -très riches- qui rendent incertaine l’existence de cet avenir.
Bien sûr, il s’agira, dans cette perspective, de criminaliser toute action visant à empêcher les jets de polluer en toute quiétude. Ainsi, d’Extinction Rebellion qui avait créativement -grâce à des drones – empêché les jets de décoller du tarmac de l’aéroport de Cannes durant le festival.


Dissolution des indissolubles Soulèvements
Le second message du gouvernement pour répondre à son inaction climatique est, bien sûr, de dissoudre l'organisation des activistes qui agissent pour palier à son inaction. Logique de tarés qui dirige ces personnes pour qui la paix c’est la guerre. Ainsi, les mêmes qui ont été condamné le 19 juin pour leur inaction, dissolvent le 21 juin un collectif qui agit pour sauver la Terre.

Cette tendance à dissoudre des associations qui ne plaisent pas au gouvernement est sa marque de fabrique. Auparavant, il était question de dissoudre des ligues frondeuses (c'est l'origine de la loi permettant des dissolutions, durant la Front Populaire), ce qui avait par la suite permis de dissoudre des organisations d'extrême-gauche (ou des partis indépendantistes dans l'empire, notamment au Cameroun).

Désormais, associations (y compris la vénérable Ligues de Droits de l'Homme) et même médias (Nantes Révolté) sont dans le viseur du gouvernement. S'il ne peut dissoudre, il menace de le faire, il joue ainsi de l'intimidation médiatique, permettant au discours médiatique de se déverser contre différentes tendances identifiées aux gauches. Celles-ci tendent ainsi à être conçu depuis le pouvoir, de puissants médias et, une partie de leurs auditoire, comme des ennemis internes, et non des rivaux politiques.

En éliminant ainsi toujours plus d'acteurs du champ légitime, c'est la démocratie qui se dissout. 

Les radicaux et les forcenés
La radicalité consiste à chercher la racine d’un phénomène et d’agir sur cette cause profonde. Être radical n’a donc rien de condamnable, au contraire cela signifie être un peu conséquent face à des problèmes qui ne peuvent être réglés en superficie. On n’atténue pas le réchauffement climatique avec le greenwashing d’une entreprise qui est cause de ce réchauffement. Il convient d’empêcher cette entreprise de nuire, non qu’elle dédie une partie infime de ses bénéfices nuisibles à ravaler son image.


Les Soulèvements de la Terre ont une démarche radicale. L’organisation cherche des causes profondes et y fait face, de toutes les manières efficaces. Sa particularité est précisément d’accepter en son sein un très large éventail de modes d’action (depuis la destruction de biens nuisibles jusqu’à la pétition, en passant toutes les formes de manifestation ne s’attaquant pas aux personnes physiques).

Face aux Soulèvement se dressent des forcenés, ceux du gouvernement. La Dictionnaire du CNRTL définit le forcené comme la personne « Qui dépasse toute mesure dans sa passion ». Il faut donc conclure qu’une passion possède le gouvernement. Qu’elle est-elle? La finance, bien sûr.
Le gouvernement est habité par la passion de la finance. Celle-ci, selon lui, résout tous les problèmes. Manque d’énergie? Il suffit de financer l’importation de gaz de schistes étatsunien. Dans cette perspective, qui va sauver la planète ne peut être que la finance.

Illustration 2

Seul un forcené peut affirmer que les mêmes causes qui ont mené à la catastrophe devront forcément mener à sa sortie. On ne sort pas d'un trou en le creusant.

Illustration 3


La question, dès lors, est de choisir son camp. Voulons nous faire face à un problème radical ? Ou bien voulons nous suivre des forcenés?

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