Dans une vidéo circulant sur les réseaux anti-sociaux, Glucksmann tâche d’aborder une dame qui lui répond « honte à vous en tant que juif… Soyez maudit ». Ma mère, tractant pour le Front Populaire dans une ville du sud a été directement traitée d’antisémite (par une personne probablement goy). Moi et d’autres sommes traité(e)s de « juifs de service » ou de « kapo » pour avoir participer à une réponse collective (à l’initiative de Ludivine Bantigny) tâchant de remettre un peu à l’endroit l’inversion opérée par la Macronie et la Lepénie (et leurs médias très massifs).
Voilà le climat qu’a installé la Macronie : en France, une personne juive -de race, et non de confession- ne peut pas exprimer une opinion -fondée- qui diffère (même à l’extrême-marge, voire par « contamination » dans le cas de Glucksmann) de la Macronie sans être insultée de la pire manière.
D’un glissement l’autre
J’ai bien dit de « race et non de confession » car il ne s’agit pas du tout de religion mais bien de racialisation opérée par la Macronie et la Lepénie. Le juif doit penser comme ces mouvements politiques, tous deux admiratifs de Charles Maurras, le décident. Sans quoi, c’est un mauvais juif.
Cette racialisation a été faite par Macron à travers plusieurs glissements sémantiques. En considérant, non pas qu’il pouvait y avoir de l’antisémitisme -comme il y en a probablement, à des degrés extrêmement différents, un peu partout dans une société très raciste comme la française – à l’intérieur du vaste (et donc divers) mouvement antisioniste, mais que l’antisionisme devait être considéré comme une forme d’antisémitisme, il a placé les bases.
Car, une fois cette association faite -en soi extrêmement insultante envers les juifs antisionistes ou, même, négatrice de leur existence-, l’autre glissement le suit : si s’opposer à l’État d’Israël en Palestine, c’est être contre les juifs, alors être avec les juifs c’est défendre Israël. Enfin, Juif = Israël. Macron sait désormais ce qu’un bon juif doit penser. Bref, en avalisant l’OPA de l’État d’Israël sur l’identité juive, Macron nous a adjoint une opinion politique. Dire que quelqu’un pense quelque chose pour ce qu’il est, c’est racialiser la personne. Tout au moins, il ne reste d’autre option aux personnes niées dans leurs opinions que de devenir des « mauvais juifs ». Nous y sommes.
C’est la revanche de Maurras
A la fin de son procès qui le condamna à l’indignité nationale en 1945, Maurras s’exclama « c’est la revanche de Dreyfus ». A l’heure où Finkielkraut, dont on se demande bien comment Radio France -pourtant si attentive au prépuce d’un criminel de guerre- puisse tolérer depuis plus de vingt ans les expressions manifestement racistes en le gardant sur ses ondes, offre une conférence à l’Action Française, le parti monarchiste et antisémite fondé par Maurras ; à l’heure où Serge Klarsfeld offre son brevet de bonne conduite à Marine Le Pen, membre du Comité Central du Front National avec Alain Soral de 2007 à 2009 (pas il y a cinquante ans !) ; à l’heure où un écrivaillon dans les torchons de l’Action Française occupe le Ministère de l’Intérieur, depuis lequel il continue son œuvre littéraire raciste, et notamment antisémite en reprenant pour argent comptant les préjugés de Napoléon les plus éculés sur les juifs ; à l’heure où Macron balaye d’un mensonger « ils veulent effacer l’histoire » lorsqu’on proteste contre ses réhabilitations de Pétain et Maurras ; à cette heure-là, c’est la revanche de Maurras.
Alors peut-être que dans quelques semaines, mois ou années, au fil des décrets, normes, directives et lois, je ne pourrais plus vous signifier, à vous Macron, macronistes, Le Pen, lepénistes, tout le mépris que vous m’inspirez. Votre monde de faussaires, de Maurras, gagnera peut-être. Mais de ma tombe, je vous mépriserai encore, et j’en ressortirai pour aller cracher sur les vôtres. Car, quoique vous fassiez, nous sommes des millions, et demain nous serons toujours là.