Jerlau
Abonné·e de Mediapart

18 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 févr. 2013

Décryptage de l'affaire Irlandaise / IBRC / BCE

Jerlau
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’affaire Irlandaise est certainement  nébuleuse  à comprendre.  Elle ne peut  pas être appréciée seulement en termes financiers et on ne peut pas en comprendre le déroulement à travers uniquement des concepts financiers.  Il faut raisonner également en tenant compte des rapports de forces établis et de la nature de la position dominante de chaque  partie. 

Au départ de l’affaire donc il faut bien comprendre  que le gouvernement  irlandais a déjà signé  en 2010 une  reconnaissance de dettes de 30 milliards d'euros en faveur de l'IBRC, banque contrôlée par l’Etat Irlandais et  déjà à moitié en faillite afin que cette dernière puisse se refinancer auprès de la BCE. Le  rapport entre  l’Irlande et la  France est de 1 à  15. La  France  a 60 millions d’habitants et  l’Irlande environ 4 millions. Pour apprécier la dimension des montants mentionnés dans cette affaire dans le contexte français il faut donc les multiplier par 15. Ainsi, quand  l’Irlande fait une reconnaissance de dettes de 30 milliards, c’est comme si la France signait une reconnaissance de dette de 450 milliards. Cela fait 7 à 8000 Euros par citoyen. Un demi-smig par citoyen pendant un an.  Au passage on notera que  c’est une pratique assez commune des mafia collaborant avec  les banquiers « à acheter »  pour purger  une banque.  Cela est arrivé assez souvent,  à Chypre en particulier, où elles en sont arrivées  à être purgées au total de l’équivalent d’un  PNB du pays. Le mafiosi apporte à la banque une traite,  une reconnaissance de dette d’un tiers,  et repart de la banque avec  « quelques kilos d’or ». As  usual ! 

Donc auparavant, en 2010,  l’Etat Irlandais a déjà signé  une reconnaissance de dettes de 30 milliards en faveur de l’IBRC . Cette reconnaissance de dettes de 30 milliards  a permis l’IBRC d’obtenir un prêt de la  BCE  d’au moins 30 milliards. C’est simple comme bonjour. C’est tellement simple qu’il est  vraisemblable que le responsable s’est fait  son  petit millième d’euros  à 30 millions  d’euros  pour se  payer quelques pintes !  Tout le monde est heureux alors.  La BCE a payé ses 30 milliards d’Euros à l’IBRC ,L’IBRC  a  rendu à  l’Etat Irlandais  ces  30 milliards.  Et  au final l’IBRC détient une reconnaissance de dettes de  l’Etat Irlandais en sa faveur, un prêt de 30 milliards  accordé à l’Etat  Irlandais qui se voit devoir au total 60 milliards  à  l’IBRC  qui a en plus   une dette de 30 milliards  à payer à la BCE. De  quoi écrouler une banque !  Avant l’opération, la situation financière de l’IBRC était désastreuse. Après cette opération, elle est encore plus désastreuse. 

Mais  les financiers de l’Etat  Irlandais ne sont pas des manches. Ils se sont mis en  position de force par rapport à la BCE.  Ils ont récupéré 30 milliards   (équivalent  à  450 milliards en France),  et ils ont une banque,  l’IBRC,  bien  préparée  pour être mise en faillite.  Ils doivent bien  payer 3 milliards par an à  l’IBRC, mais la Banque est prête  à la faillite. Ils ont eu le beurre et l’argent du beurre ! 

Au départ de l’affaire les financiers de l’Etat Irlandais  avaient bien prévu de vider poliment l’IBRC de façon  progressive avant de la mettre en faillite. Mais il  y a eu des fuites. La rumeur a envahi les marchés. Un tsunami bancaire était en  vue. L’opération « carambouille »  comportait des risques judiciaires  pour l’Etat  Irlandais. C’était  un peu gros.  L’Etat Irlandais économisait bien les 3 milliards annuels de remboursement ( équivalent à 45 milliards en  France) mais il y avait le risque de  poursuites  juridiques de la  part de la  BCE, dindon de la farce. 

 En  effet l’IBRC allait  tomber en faillite très rapidement,  le lendemain. La  BCE allait  donc  perdre les 30  milliards ou plus qu’elle avait prêtés à l’IBRC puisque cette dernière allait faire faillite. Le gouvernement   irlandais  aurait pu en rester là.   Il  n’aurait  plus à rembourser l’IBRC  qui allait disparaitre.   ET ce n’était pas  à  lui  de rembourser la BCE.  C’est ce  qu’on appelle  une « carambouille » rapide et bien montée.  

Mais  quelques fois  à vouloir trop gagner,  on  peut tout perdre beaucoup. Les Irlandais ont bien assimilé cette notion.  Le château d’obligations diverses, pouvant s’écrouler en cascade, la  BCE avait tout  à y  perdre. Mais cela pouvait aussi avoir des conséquences pour quelques comptes de  l’Etat  Irlandais. L’Etat Irlandais décide alors de négocier avec  la BCE. L’Etat Irlandais est  prêt  à  payer directement la  BCE ! Du  point de vu de  la BCE, c’est un cadeau royal ! L’Etat Irlandais  n’avait rien  à  payer. Mais il paye ! Rien de tel que cela pour détendre  la musculature prête  à frapper ! De plus cela a du valoir aux  financiers  irlandais  de recevoir  plein de cadeaux de la part de  BCE. Les bonnes manières, cela se  paye.  La BCE n’a  pas le temps de réfléchir. Elle accepte dans la nuit. Le Tsunami bancaire arrivait à 10 h du matin.  A 6 h  du matin le président irlandais, Michael Higgins, revenu précipitamment de Rome, avait  déjà promulguer la loi. L'IBRC avait cessé d'exister. !! La BCE  signe alors sans négocier. Un paiement sur 40 ans à 3% d’intérêt  par an.  Il  aurait pu être de 80 ans. Un  paiement effectué par l’Etat Irlandais en personne, car  la BCE a  prêté directement  l’argent à l’Etat  Irlandais, chose interdite  par l’Evangile de l’Europe. La BCE est en faute et  sera toujours en état de faiblesse  pour négocier avec l’Irlande. Au prochain coup de Trafalgar l’Irlande manquera pas de faire revoir son accord.  Peut-être sera-t-il étalé sur 1 000 ans ! 

Les  Irlandais ont ainsi été très gentils. Les Irlandais disent  qu’ils vont économiser  1 milliard  par an,  soit déjà l’équivalent de 15 milliards  en France ( Chaula  en cherche  6 ). Quand  on gagne il ne faut pas vexer. On voit que les Irlandais  ont maîtrisé parfaitement cette opération. Ils ont récupéré 30 milliards Ils ont affaibli la position de la BCE  par rapport  à eux.  A la moindre difficulté, la  BCE devra admettre qu’elle ne peut que renoncer   à ces remboursements de l’Etat Irlandais. Et  il faudra annuler ces remboursements au titre de l’article 123 du  Traité de Lisbonne.  C’est ce qu’on a appelle avoir les 2 oreilles et la queue.  

Mafia Irlandaise 1 --- Mafia Italienne 0 .Balle au centre.

http://blogs.mediapart.fr/blog/jerlau/220213/estompe-de-la-dette-francaise-0

http://blogs.mediapart.fr/blog/jerlau/250213/bce-et-ue-debut-de-platerforme-daccusation

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — États-Unis
« La Cour suprême des États-Unis a un agenda : celui de l’extrême droite »
La Cour suprême des États Unis vient de rendre plusieurs arrêts inquiétants. Le premier, actant la fin de l’autorisation fédérale d’avorter, a mis le monde en émoi. Jeudi 30 juin, elle a nié l’autorité de l’agence pour l’environnement américaine a réduire les gaz à effets de serre. Pour l’américaniste Sylvie Laurent, elle est devenue une institution « fondamentaliste ».
par Berenice Gabriel, Martin Bessin et Mathieu Magnaudeix
Journal — Budget
Le « paquet pouvoir d’achat » ne pèse pas lourd
Le gouvernement a confirmé une série de mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des retraités et des bénéficiaires de prestations sociales. Mais ces décisions ne permettent pas de couvrir la hausse des prix et cachent une volonté de faire payer aux plus fragiles le coût de l’inflation.
par Romaric Godin
Journal
Covid : face à la septième vague, les 7 questions qui fâchent
Risques de réinfections, protections, efficacité des vaccins actuels et attendus, avenir de la pandémie… Nos réponses pour s’y retrouver face à cette nouvelle vague de Covid-19.
par Rozenn Le Saint
Journal
Urgences : vers la fin de l’accueil inconditionnel ?
La première ministre a reçu, jeudi, 41 recommandations pour l’été « à haut risque » qui s’annonce à l’hôpital. Parmi les mesures mises sur la table : la fin de l’accès sans filtre aux urgences et la revalorisation des heures de travail la nuit et le week-end.
par Caroline Coq-Chodorge

La sélection du Club

Billet de blog
Oui, on peut réduire le soutien populaire aux identitaires !
Les résultats de la Nupes, effet de l’alliance électorale, ne doivent pas masquer l'affaiblissement des valeurs de solidarité et la montée des conceptions identitaires dans la société. Si la gauche radicale ne renoue pas avec les couches populaires, la domination des droites radicales sera durable. C'est une bataille idéologique, politique et parlementaire, syndicale et associative. Gagnable.
par René Monzat
Billet de blog
Lettre d’un électeur insoumis à un électeur du RN
Citoyen, citoyenne, comme moi, tu as fait un choix politique mais qui semble à l’opposé du mien : tu as envoyé un député d’extrême-droite à l’Assemblée Nationale. A partir du moment où ce parti n’est pas interdit par la loi, tu en avais le droit et nul ne peut te reprocher ton acte.
par Bringuenarilles
Billet de blog
Quels sont les rapports de classes à l’issue des élections 2022 ?
On a une image plus juste du rapport des forces politiques du pays en observant le résultat des premiers tours des élections selon les inscrits plutôt que celui des votes exprimés. Bien qu’il y manque 3 millions d’immigrés étrangers de plus de 18 ans. L’équivalent de 6% des 49 millions d’inscrits. Immigrés qui n’ont pas le droit de vote et font pourtant partie des forces vives du pays.
par jacques.lancier
Billet de blog
Quand le RN est fréquentable…
La dernière fois que j'ai pris ma plume c'était pour vous dire de ne plus compter sur moi pour voter par dépit. Me revoilà avec beaucoup de dépit, et pourtant j'ai voté !
par Coline THIEBAUX