Honte à vous, Monsieur le Maire de Commercy

Vous avez envoyé tracteurs et forces de l'ordre pour détruire la «cabane de la solidarité» que les Gilets jaunes avaient érigée au centre de la ville. Un lieu fourmillant d'initiatives où des habitants venus de tous horizons s'employaient à restaurer, dans le respect de leurs différences, une fraternité vraie, retrouvant l'art de s'écouter et le goût de faire ensemble.

Vous venez d'envoyer, ce mercredi 13 mars, tracteurs et forces de l'ordre pour détruire la « Cabane de la solidarité » que les Gilets Jaunes avaient érigée sur la Place Charles-De-Gaulle, au centre de la ville. Leur ayant rendu visite il y a quelques jours à peine, je peux attester que la cabane n'entravait en rien la circulation, ne gênait aucun commerce ni n'empiétait sur nul monument ou édifice public.

Je veux surtout témoigner du fait que la Cabane de la solidarité était un lieu fourmillant d'initiatives où des habitants venus de tous horizons s'employaient à restaurer, dans le respect de leurs différences, une fraternité vraie, et retrouvaient l'art de s'écouter et le goût de faire ensemble. S'y tenaient trois Assemblées par semaine, ouvertes à tous, à l'ordre du jour foisonnant et où, effectivement, les participants n'avaient pas besoin que quelqu'un leur donne le micro pour réguler leur parole et construire une intelligence collective des situations.

Depuis plusieurs semaines, les Gilets Jaunes avaient entrepris une consultation des habitants de Commercy, une sorte de RIC local, leur demandant notamment s'ils étaient pour ou contre le maintien de la cabane. Une lourde tâche de porte-à-porte, suivie par une journée de vote, le dimanche 10 mars, a permis de recueillir 574 votes (pour environ 3500 inscrits à Commercy), ce qui est loin d'être négligeable. Le résultat a été de 534 votes pour le maintien de la cabane.

Et c'est trois jours seulement après cette démonstration du goût des Gilets Jaunes pour l'exercice démocratique (certes sans légalité, mais non sans légitimité) que vous avez décidé de mettre à bas la modeste cabane où les résultats de ce RIC local avaient été soigneusement dépouillés et proclamés.

Il est vrai que vous aviez annoncé la couleur en déclarant, non sans aplomb : « ce n'est pas aux Commerciens de décider ». Depuis on vous imagine, trônant dans votre château municipal et proclamant, tel un Louis XIV aux petits pieds : « La Commune, c'est moi ».

Vous incarnez ainsi à la perfection le despotisme démocratique en quoi s'est transformée une démocratie représentative exsangue contre laquelle les Gilets Jaunes se sont soulevés partout et à tous les niveaux. Et vous montrez sans détour la vraie nature de l'actuelle démocratie : nous avons le droit de choisir nos élus, mais à condition, après cela, que chacun reste chez soi ; et si d'aventure, l'air du temps aidant, on nous accorde une dose de participation, les règles doivent en être fixées par ceux d'en haut. Pas question de tenter par nous mêmes de créer quelque espace démocratique que ce soit. Il en va d'ailleurs de même du Grand Débat, dont le but premier est que tout le monde rentre à la maison, revienne à cette atomisation individuelle que les Gilets Jaunes sont si fiers d'avoir rompu, afin que, depuis cette morne réalité, la routine d'une démocratie qui dépossède le peuple de sa souveraineté puisse reprendre.

Grâce à votre geste, Monsieur le Maire (et vous semblez avoir pris plaisir à contribuer personnellement à la destruction de la cabane), vous vous êtes affirmé comme l'incarnation d'une classe politique repliée sur ses privilèges, qui a peur de toute expression populaire réelle. Et ce, jusqu'à l'absurde de vous en prendre à un bâtiment inoffensif et à l'expérimentation politique pacifique de certains de vos concitoyens, qui ont fait davantage pour la réputation de votre ville que les ducs de Lorraine et les madeleines réunis, car sachez qu'aujourd'hui c'est grâce aux Appels des Gilets Jaunes que Commercy est connu aux quatre coins du monde.

Mais, au fond, on ne peut pas vous donner tort. Vous avez bien raison de craindre l'expression d'une démocratie réelle, qui se construit par en bas et en appelle à la multiplication des Assemblées populaires. Vous faites bien, parce qu'à mesure que ce mouvement ira croissant, il démontrera la nuisible inutilité de la classe politique à laquelle vous appartenez.

Jérôme Baschet

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