Un plan B pour Hollande

Voici ma chronique complète de Politis sur une politique alternative à celle du gouvernement Hollande/Valls qui répond à une ancienne chronique où j'expliquais l'impasse actuelle de la politique, Le Monde enchanté de François HollandeJérôme Gleizes

Voici ma chronique complète de Politis sur une politique alternative à celle du gouvernement Hollande/Valls qui répond à une ancienne chronique où j'expliquais l'impasse actuelle de la politique, Le Monde enchanté de François Hollande

Jérôme Gleizes

Le remplacement sans changement de cap d’Ayrault par Valls laisse croire qu’aucune alternative n'est possible. Pourtant, il est urgent de faire une autre politique.Il faut simultanément desserrer la contrainte financière (non pas que la crise financière soit la crise mère, mais parce elle paralyse l'action politique) et résoudre la crise écologique, vraie crise mère du capitalisme.

De nouvelles recettes pour réduire le déficit budgétaire

Il faut supprimer des niches fiscales inutiles. Le Réseau Action Climat (RAC) et la Fondation Nicolas-Hulot (1) les ont estimées à 22 milliards d'euros (avantage fiscaux sur le kérosène, le diesel, les agrocarburants, les stations des ski, etc.), mais d'autres pistes sont possibles (niche Copé, défiscalisation des investissements dans les DOM-TOM...) Il faut renforcer la lutte contre la fraude fiscale, évaluée entre 60 et 80 milliards d'euros (2), combattre les paradis fiscaux, rétablir une meilleure progressivité de l'impôt sur le revenu avec le rétablissement des tranches supérieures supprimées en 2001 et 2006, surtaxer les bénéfices non réinvestis...

Réduire la dette de l'État

Les cadeaux fiscaux ont gonflé les déficits et la dette de plus de 20 points, comme l'a montré le député UMP Carrez (3). Sans les baisses massives d’impôts depuis 2000, le budget de la France aurait été excédentaire entre 2006 et 2008. Les recettes non perçues ont augmenté la dette de l'État sans effet économique positif. Un audit de la dette de l'État permettrait d'en connaître les bénéficiaires puis de mettre en place un impôt exceptionnel sur le patrimoine des personnes physiques et des entreprises pour récupérer « le manque à gagner » comme le préconise d'ailleurs le FMI (4).

Relancer la coordination des politiques économiques européennes

Les réformes européennes aujourd'hui sont toutes liées à la crise des dettes souveraines. Elles imposent actuellement toutes l'austérité avec peu de succès comme le montre la dépression en Grèce (-30 %).. Au contraire, l'existence de l'euro obligerait à avoir une autre coordination des politiques.

Aussi, il est impératif que le budget européen augmente, grâce à un emprunt de 1 000 milliards d’euros, afin de réaliser les investissements nécessaires et répondre aux crises écologiques et sociale. Par ailleurs, il faut enfin instaurer une Taxe sur les Transactions Financières que Bercy sabote régulièrement.

Résoudre la crise écologique

Le productivisme atteint aujourd'hui ses limites. La raréfaction des ressources non renouvelables, la baisses des rendements agricoles en lien avec les changements climatiques et écosystémiques bloquent toute croissance. Face à cela, il faut réorienter l'agriculture vers une production résiliente et de qualité. La France, bien que premier exportateur européen à une balance commerciale négative pour les produits bio. Il faut engager la transition énergétique (rénovation thermique des bâtiments, production énergie renouvelable, fret ferroviaire...) en réorientant les dépenses improductives du nucléaire vers les renouvelables. Il faut conditionner le CICE sur des critères écologiques et sociaux, affecter les fonds collectés du Livret A uniquement à la construction et la rénovation thermique. Enfin, il faut financer un plan de soutien à la recherche et aux universités, actuellement en difficulté financière, en réorientant le Crédit Impôt Recherche...

Sortir de la crise, c'est surtout sortir de la crise politique, redonner confiance aux citoyennes et citoyens dans la capacité du politique à agir pour l'intérêt général.

(1) Voir http://www.rac-f.org/stop-aux-subventions

(2) Voir le rapport de Solidaires-Finances Publiques (ex-SNUI) et celui de la Commission d’enquête du Sénat

(3) Voir http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2689.asp#P84_8487

(4) Voir http://www.challenges.fr/economie/20131009.CHA5352/le-fmi-pour-solliciter-les-riches-afin-de-reduire-les-deficits.html


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