Je n’ai pas quitté l’écologie politique.
C’est mon parti qui m’a quitté.
J’ai toujours été loyal, et ma loyauté demeure à l’écologie politique. Mon engagement vient de loin : de ma grand-mère paysanne, qui m’a transmis le respect du vivant et de la terre. Ma première campagne remonte à 1993, lors d’une élection législative où je faisais équipe avec Alain Lipietz face à Georges Marchais et Alain Gesmar.
J’ai adhéré en 1997. Deux ans plus tard, en 1999, j’ai cofondé avec des ami·es ÉcoRev’, la revue critique d’écologie politique — parrainée par André Gorz, elle existe toujours aujourd’hui. J’ai siégé à trois reprises dans l’exécutif national, et organisé les Journées d’été à Toulouse en 2008, celles qui ont lancé l’aventure Europe Écologie avec Dany Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové. J’ai refusé d’être député européen, pourtant proposé par Jean-Vincent Placé, pour ne pas prendre la place d’un ami corse. Et j’ai mené mille autres combats : représenter les Verts sur la flottille pour Gaza en 2011, ou encore me rendre à Kobanê en janvier 2025 pour soutenir nos amis kurdes — aujourd’hui de nouveau assiégés par les islamistes, dans une indifférence presque totale.
Celles et ceux qui y voient de l’opportunisme révèlent une faiblesse politique sidérante. Celles et ceux qui imaginent un complot ourdi par La France insoumise ne sont que des tacticien·nes de petite zone : des gens pour qui la politique se réduit à une mauvaise cuisine d’appareil.
Lisez notre tribune. "Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture". Elle ne dissimule rien : elle expose un contexte, un constat, une démarche. Et la conclusion ne demande pas à rejoindre LFI, contrairement à ce qu’affirment les piètres analystes, mais à ouvrir un chemin politique cohérent avec nos convictions qui peut prendre des directions différentes.
Le constat, lui, est clair : jamais l’humanité n’a été confrontée à un risque d’extinction comparable depuis l’éruption du supervolcan Toba, à Sumatra, il y a environ 70 000 ans. Pourtant, nombre d’adhérent.es ne semblent pas s’en soucier. En 2020, certaines élues et certains élus affirmaient vouloir faire de leur mandat « le dernier pour le climat ». Aujourd’hui, ce slogan a disparu — comme si la science, pourtant implacable, n’était plus suffisante pour alerter. Dans le même temps, jamais depuis la Seconde Guerre mondiale l’extrême droite n’a été aussi puissante à l’échelle planétaire. L’histoire s’écrit sous nos yeux, mais elle n’a pas encore trouvé le nom propre de cette nouvelle vague — celle qui, au XXᵉ siècle, s’appelait nazisme, fascisme ou franquisme. Et pourtant, la priorité de la direction des écologistes n’est pas de combattre Bardella ou Le Pen, mais de suspendre des signataires d’une tribune. Que chacun relise La psychologie de masse du fascisme de Wilhelm Reich : nous y comprenons comment le fascisme imprègne, insidieusement, toutes les sphères de la société.
Et nous, dans ce moment politique, nous votons les motions de censure à l’Assemblée, tandis que, dans les villes, nous partons massivement derrière les socialistes qui soutiennent de facto la politique du gouvernement Lecornu. L’écologie politique, en France, est pourtant née des territoires. Aujourd’hui, seul·es les parlementaires défendent encore l’autonomie de l’écologie politique. Cette contradiction, incompréhensible, met en péril tout notre mouvement.
Face à cette lecture commune, chacune et chacun tire les conclusions qu’elles ou ils souhaitent. Certaines et certains pensent qu’il est encore possible de mener la bataille de l’intérieur ; d’autres, parti·es depuis longtemps, demeurent fidèles à l’écologie politique. Et puis, il y a celles et ceux – comme Julia à Montpellier, moi-même, et d’autres avant nous, Martine Billard ou Claire Lejeune – qui considèrent que ce n’est plus possible.
La direction des Écologistes devrait s’interroger sérieusement. Au lieu d’y voir une coalition d’individus animés par la rancune, elle devrait comprendre qu’il s’agit d’un mouvement de fond. Quand autant de personnes pensent la même chose dans différents territoires, ce n'est pas le fruit du hasard mais il faut comprendre qu’il s’agit d’un mouvement de fond, comparable à la tectonique des plaques : les déplacements lents en politique finissent par provoquer des ruptures. Et celles-ci, une fois survenues, sont irréversibles.
Je vais terminer. J’ai connu bien des crises chez les écologistes. L’une des plus violentes fut sans doute la présidentielle entre José Bové et Dominique Voynet. Mais jamais, à cette époque, il n’y eut de chasse aux sorcières pour traquer celles et ceux qui avaient participé aux collectifs antilibéraux et les suspendre. Pourtant, il y avait une analyse commune, mais des choix stratégiques différents.
Décider aujourd’hui de suspendre tou·tes les signataires d’une tribune, à moins qu’elles ou ils ne retirent leur signature, relève de pratiques profondément antidémocratiques.
Pourtant, je veux rester optimiste. Je crois encore qu’un sursaut collectif des écologistes est possible.