Lettre ouverte d'une Franco-Chilienne au peuple Français

Texte partagé au Théâtre de Pierres mardi dernier.

chili2

Chèr.e.s ami.e.s


J'ai décidé de prendre la parole dans ce qui est pour moi lieu de résistance. Un théâtre au milieu de ce que beaucoup nommeraient comme étant "nulle part".
Parce que c'est de résistance qu'il s'agit. et que j'ai besoin de force pour vous raconter tout ça.
Je suis franco-chilienne, ma mère à été exilée en France. J'y ai habité pendant 12 ans. Et ce territoire résonne avec force en mon corps.
La dictature n'est pas finie messieurs dames. En ce moment où je vous parle les chiffres continuent d'augmenter sans cesse.
4271 détenu.e.s , 1305 blessé.e.s par balles. 146 personnes ont perdu un voir les deux yeux. 23 décès. Des viols. de la torture, le stade national, reconnu comme centre de concentration lors des pires années de la dictature de pinochet, est à nouveau utilisé pour les mêmes fins.
Depuis 13 Jours le peuple chilien est sorti dans la rue pour récupérer sa dignité, dans un pays avec le même niveau d'inégalité sociale qu'au Rwanda, mais avec une belle façade de progrès néo libéral. Avec un smic de 300E, où UN MOIS d'université PUBLIQUE coûte 400E. où la sécurité sociale est tout simplement inexistante. où les retraites sont un grand foutage de gueule du troisième âge.Où nos vieux se suicident pour ne pas "déranger" leurs enfants. Le Chili est sorti dans la rue et la dictature est sorti du placard, avec son tas d'horreurs et de traumatismes.
Ma main tremble en écrivant ces mots. Dictature. Torture. Je croyais que plus jamais on ne tremblerait en pronoçant ces mots. les militaires et autre forces de l'ordre sèment des bombes lacrymogènes dans la rue comme on sèmerait des graines, tirent à balles réelles sur des gens réels.
Juan, Romario, Kevin,Jose, Manuel, Daniela, Alex, Mariana, Paula, Renzo, Cesar,Eduardo, Andres, Julian, Eduardo, Manuel,Manuel, José, Joshua, Alicia,Mateus,Valeska,Joel.


Silence dans les médias. L'ONU a ce jour n'est toujours pas arrivée. Un ami, Carlos, a été rué de coups, ses mains brûlées avec des cigarettes et son corps jeté à 10 km de l'entrée de la ville. son délit? animer un atelier de théâtre.
Et moi chui là, à expliquer encore au gens où se trouve le Chili, que oui, on y parle espagnol et non portugais. Avec un sentiment d'irréalité parce que aujourd'hui ma tête est là bas, et ma fierté aussi. Voir mon peuple continuer à marcher, à ce défendre, à défier la mort si il le faut. avec humour même " On est le pays le plus dépressif au monde, on attend qu'a se faire buter" "j'ai tellement de dettes que le PIB du Chili s'effondre si vous me tuez" Le rire face à l'horreur.

chili


Ce mouvement, cette rébellion contre un état qui assassine et torture en toute impunité dure depuis maintenant 13 jours. J'en tremble. je colle à mon portable, je voudrais pouvoir détourner mon regard face à tant d'horreur/ MAIS JE NE PEUX PAS/ et qu'est-ce que je peux faire? J'ai que des mots, c'est tout ce que je sais faire. parler, écrire pour informer, briser le silence. Parce que les médias n'en parle pas ou trop partiellement, n'aborde pas le côté sale de la chose, la torture, les morts, les éborgnements.
Et là-bas, les gens fatiguent, perdent espoir. alors je vous appelle à chacun, de votre façon, communiquer votre soutien. en informant, en communicant, en envoyant des photos, de vidéos des chansons, parce que c'est tout ce que l'on peut faire d'ici, Mais c'est déjà beaucoup.

Violeta Gal Rodriguez

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.