La fausse modernité de l'uberisation : les jouets dans la poche d'un vieux pervers

La modernité n’est pas une chose en tant que telle. Il s’agit de savoir par rapport à quel vieux Truc un new Thingy* EST moderne (l’anglais c’est “modern” hein ?). Et ensuite EN QUOI ce Thingy est vraiment MIEUX que le Truc. *Bidule

Ce matin je lisais un Twitt (dans lequel j’étais cité) sur la façon dont les tâcherons travaillaient “au sifflet” à Paris Place de Grève dés le XIIème siècle.
Place de Grève...

Je tiltais sur “Grève” un bref instant.
Un bref instant qui me ramena tout de même à un certain nombre de souvenirs.
Je me souvenais de la Place de la République l’année dernière où avec d’autres livreurs à vélo, parfois jusqu’à une trentaine, nous attendions nos commandes de repas à livrer.
Je me souvenais des regards scrutant compulsivement nos smartphones toutes les 10 secondes dans l’espoir d’y voir apparaître (pensée-magique) LA commande.
Je me souvenais de l’inflation des livreurs (Trop de vélos, pas assez de clients) qui faisait chuter le nombre de nos commandes.
Je me souvenais de la frustration puis de la colère quand les tarifs se mirent à baisser.
Je me souvenais de la gronde et des idées de -Grève- (donc) qui commençaient à germer.

Mais je revins bien vite à ma réalité.

La “Grève” de cette Place  de...  n’était sans aucun doute qu’en référence à la “Grève maritime”.
Encore une association d’idée vaporeuse  sans doute aussi éphémère que stérile.

Mais c’était sans compter ma curiosité quasi pathologique…

Wikipédia > Place de Grève :
L'expression "faire grève" a donc d'abord signifié "se tenir sur la Place  de Grève en attendant de l'ouvrage" avant d'évoluer vers le sens qu'on lui connaît aujourd'hui, à savoir cesser le travail "en se liguant pour obtenir une augmentation de salaire" (Littré, 1872).

Bon sang... Tout était là !

Moi et mes camarades avions “fait Grève” sans le savoir.
Qui plus est, non pas Place  de Grève (Hôtel de Ville) mais Place de la République, à l’ombre de la Statue.
THE Statue !
Liberté, Égalité, Fraternité tout ça, tout ça...

L’histoire se rejouait et, sous couvert de 4G, d’application, de startup, de liberté, d’indépendance…, on appelait ça “modernité”.

La seule modernité que j'y vois c'est NON PAS celle d’une nouvelle économie mais la modernité d’un nouveau conflit social naissant, encore une fois, des abus du libéralisme.

Je vois dans modernité le mot “mode”.
Les quadras on a tous compris à notre époque que les modes sont cycliques.
Les jeunes usent des Converses All-Star Chuck Taylor, qu’on usait déjà en 62 ou en 86 et dont la conception remonte à 1917. (tiens... 17...)

L’Uberisation fait de même en offrant une nouvelle idée de liberté qui n’en est pas une.
Il ne s’agit que d’un recyclage idéologique.

La modernité ne change pas radicalement la façon de PENSER mais de FAIRE.
Le FAIRE, le REFAIRE, le FAIRE ENCORE amène ensuite un usage courant ET là seulement une pensée.

Les ménagères n’ont pas “pensé” la machine à laver ou la cocotte minute mais leurs inventions puis leurs usages ont libéré du temps qui leur a permis d’envisager, de penser leur vie autrement les libèrant peu à peu.
Mais combien suite à des pannes ou des fuites… retournaient au lavoir ou à la marmite ?
Qu’on s’aperçoive que ce FAIRE ne fonctionne pas et on reviendra aux anciens principes le temps de trouver une amélioration salutaire au plus grand nombre.

L’uberisation est cette “machine” construite à la vas-vite par des “vendeurs” et non par des ingénieurs ou des techniciens qu’auraient été en la matière des économistes ou des sociologues.
L’uberisation repose en effet davantage sur des arguments de vente que sur des réalités.
En gros : “L’indépendance du travailleur c’est mieux que le salariat devenu rare et poussif”

Mais l’indépendance du travailleur est un mieux...  s’il arrive à mieux en vivre… à moyen et long terme.
Ces termes dont on a besoin pour se projeter et se construire.
Proposer à des gens de “s’indépendantiser” à droite à gauche (à “droite” surtout ;) c’est casser dans l’oeuf la force d’un collectif contestataire susceptible de naître aux premières baisses de revenus. Maintenant on dit “pouvoir d’achat”.

Mais voila, l’Uberisation à besoin de bras, de jambes, et de beaucoup,  et vite. D’où les millions qui sont investis pour construire le besoin, la pensée des clients et des travailleurs.
Sauf que ces travailleurs ne sont pas ENCORE tous devenus des zombies aliénés par les sirènes du pouvoir d’achat comme seul projet de vie.
Et quand bien même beaucoup seraient accrocs, la diminution des doses de ce sacro-saint pouvoir d’achat créé frustration, manque, colère, rage, perte “d’identité consommatrice”, perte de logement… bref : paupérisation.

Alors voilà pourquoi l’Uberisation n’est pas moderne. Elle s'inscrit dans un cycle. (et travaillant à vélo,  je sais de quoi je parle ;)

Les idéologues de cette économie collaborative dans ce qu'elle a de PIRE ne sont que des “vendeurs de tapis ou d’aspirateurs” (les 2, c’est plus pratique) d’un autre âge qui n’ont fait que trouver un nouveau produit bénéfique seulement pour les promoteurs mais pas pour les usagers. C’est un flop en devenir comme tant d’inventions mal conçues ou trop en avance. L’uberisation aurait pu marcher dans une société totalement sous l‘emprise de la consommation. Vous croyez que c’est le cas ? Détrompez-vous !
L’énergie que les libéraux réactionnaires mettent à chercher des paravents idéologiques et communautaires traduit bien la panique qu’ils éprouvent à conserver l’équilibre de leur château de carte économique.

La vraie modernité c’est d’aller toujours plus vers un modèle social, l'intérêt collectif, le Bien commun, le Bon sens, l’équilibre.
C’est à cela qu'un peuple aspire.
C’est ça la vraie modernité.
C’est pour ça qu’on est allé jusqu’à mourir sur ou sous des barricades.
On ne meurt pas dans la contestation pour avoir DAVANTAGE de pain mais pour en avoir juste ASSEZ.

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