François Bayrou a oublié qu'il avait crée un parti...

Les résultats français des dernières élections européennes sont sans appel : la victoire des conservateurs ne fait aucun doute avec près de 28% des voix. Saluons donc ceux qui n'avaient rien à dire en faveur de l'Europe, qui n'ont pas fait campagne et qui ont gagné. Plus loin, bien plus loin, on retrouve le PS talonné par Europe écologie, avec près de 17% des suffrages exprimés. Un beau succès d'Europe écologie, malgré, là encore, l'absence sur le terrain de militants. Et saluons une nouvelle belle "gamelle" du PS.

Le Mouvement Démocrate, quant à lui, a chuté lourdement à 8% des voix au niveau national. Une terrible gifle pour François Bayrou qui a eu l'honnêteté d'assumer sa part de responsabilité. Ce résultat, qui s'est dessiné dans les deux dernières semaines, a pour origine une erreur de stratégie et un oubli.

 

MoDem : l'erreur de la "stratégie Marianne"

L'erreur stratégique s'énonce simplement : les élections européennes ne sont pas les présidentielles. Le président du MoDem l'a vérifié à ses dépens ce dimanche. Et, finalement, c'est bien ainsi, car cela signifie aussi que les Français -du moins ceux qui se sont déplacés- avaient envie qu'on leur parle d'Europe, qu'on leur redonne foi en la construction européenne. Daniel Cohn-Bendit a été convaincant sur ce point : ses discours passionnés ont remis du baume au coeur de celles et ceux qui se désespèrent de la manière dont on traite notre cher vieux rêve.

A contrario, François Bayrou a fait le choix d'une pré-présidentielle en cherchant à "nationaliser" la campagne et en expliquant que parler de la France c'est parler de l'Europe et inversement. A peu de chose près, la même logique de communication que l'UMP, la force de frappe médiatique en moins. Cette stratégie est en filigrane dans les propos de François Bayrou depuis au moins plus d'un an. Lors de la première Conférence nationale du MoDem, en octobre 2008, il a affirmé vouloir "réconcilier la nation avec l'Europe". Et puis il a dérivé vers une personnalisation de la campagne et une critique tous azimuts, qui ont fait ressembler certaines de ses prises de position à des éditos de Marianne...

 

Un oubli peu vertueux

Malheureusement, cette stratégie s'est accompagnée d'un oubli autrement plus durement ressenti par les militants : l'oubli du parti qu'il a crée. Car, contrairement à ce que croit Monsieur-tout-le-monde, le MoDem est organisé depuis l'automne 2008 : fédérations, sections locales, bureau politique, conseillers départementaux, nationaux etc...Et ce Modem a fonctionné sur le terrain lors de cette campagne européenne : ainsi, à Lyon, dès la fin avril les équipes ont organisé des cafés-démocrates, des séances de tractage, ont été pro-actifs pour présenter et discuter un programme européen fort. Entre novembre 2008 et février 2009, plusieurs milliers de militants ont contribué à la rédaction d'un programme européen. Mais au moment de le médiatiser, la campagne a échappé aux militants, et François Bayrou a publié son livre, qui a obtenu un magnifique écho dans le public. C'est bien le paradoxe!

En quelque sorte, François Bayrou a été victime d'une espèce d'atavisme : faire campagne tout seul, ou presque, comme en 2002 ou en 2007. Mais, aujourd'hui, la donne a changé : le parti que François Bayrou a crée existe et il est temps de s'en servir.

 

Le temps médiatique n'est pas tout

Depuis l'élection présidentielle de 2007, si la recomposition politique s'est accélérée, ce qui reste intact, c'est la volonté de changement des citoyens : moins de péroraisons et plus d'humilité pour la forme, plus de proximité avec leurs problèmes, comme une empathie, pour le fond. A cent lieux de la campagne que François Bayrou a faite...sans le MoDem.

 

On lit partout ce matin que le leader du MoDem serait "grillé" pour 2012. Cette affirmation se confirmera s'il reste dans une stratégie purement médiatique et personnelle. La condition sine qua non pour gagner est d'orienter son action vers les territoires : "paciencia y barajar" aurait dit Cervantès, patience ...et continuons de battre les cartes...

 

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