COVID19, QUE FERONS NOUS APRÈS

Nous appartient-il de juger les actions et les choix des gouvernements du monde entier face à cette pandémie? Chacun de nous, touché de près ou de loin, choisira et tout choix devra être, je pense, considéré comme acceptable. Aujourd’hui la solidarité nationale est de mise, demain elle devra continuer, s’étendre même, localement, aux autres pays bien sûr, mais aussi à la nature, aux animaux.

Le Professeur Bricaire, les vieux amis et Manu Dibango

Ce soir, après avoir écouté avec grand intérêt les propos du Professeur François Bricaire, infectiologue, j'ai eu envie de partager mes réflexions avec vous qui voudrez bien me lire.

Passant ensuite d'une chaîne à l'autre comme beaucoup de gens seuls doivent le faire ce soir, j'ai vu la fin d'un concert de Manu Dibango et me suis souvenu de ce jour, accompagné de deux amis iraniens, où nous avions chaleureusement été accueillis chez lui.

Tout à coup je me demande ce que ces amis sont devenus, s'ils vont bien, s'ils sont affectés, infectés, s'ils sont entourés, s'ils s'en sortiront économiquement

Devrais-je envoyer un message à la fille de Mr Dibango, la remercier encore de son accueil ce jour là, évoquer le rêve que ce fût pour nous adolescents de rencontrer son père.

Comme souvent mes idées prennent la liberté de voguer à leur guise, je vous écris et me demande et après?

 

Pourrais-je continuer comme avant, vivre comme avant, travailler comme avant, aimer comme avant?

 

Préparer la suite

Dans quelques semaines ou malheureusement quelques mois, nous sortirons de cette pandémie, impactés moralement, financièrement et médicalement, nous en aurons terminé, peut-être, avec ce virus là.

Mais il nous faudra préparer la suite, faire des choix forts pour sauver notre planète, accepter de consommer différemment.

Combien de fois la nature nous a t-elle mis en garde, que ressentent ces animaux emprisonnés, quelle pédagogie adopter pour convaincre tous les Trump, Bolsonaro ou Xi Jinping du monde que leurs choix économiques et sociétaux détruisent la planète irrémédiablement.

 

Oui l'homme est à l'origine du virus, mais il ne l'a pas créé en laboratoire.

En France comme à l'étranger fleurissent les thèses du virus créé par l'homme, diffusé pour vaincre l'omnipotence de la Chine ou au contraire des USA; y croire serait non seulement avoir la mémoire courte mais aussi nier l'évidence, toute l'économie mondiale est affectée.

Avoir la mémoire courte car comment oublier les incendies géants aux USA ou en Australie, oublier les tsunamis qui ont tué des centaines de milliers de personnes en Asie du Sud-Est; la nature s'était déjà chargée de nous envoyer un message:

"Sauvez moi, je vous sauverai à mon tour, détruisez moi et j'aurai le dernier mot".

Alors oui en quelque sorte c'est bien l'homme qui a créé ce virus, le SRAS, le MERS également, mais pas en laboratoire, simplement en oubliant de préserver la nature.

 

Préserver la nature, c'est préserver les peuples fragiles et ne pas fermer les yeux !

C'est avant tout préserver les peuples, leur permettre de vivre, pas uniquement de survivre, éduquer mais surtout ne pas donner de leçons.

Nous attendons des Chinois qu'ils limitent leur consommation d'essence, de produits technologiques, qu'ils préservent leur nature, mais nous attendons d'eux également qu'ils produisent tous nos médicaments, téléphones, ordinateurs, vêtements et ce à bas coûts, qu'ils exploitent leurs terres rares.

Nous entendons parler de milliardaires Chinois qui éclosent tous les jours, mais oublions que la grande majorité de ce peuple qui nous a offert tellement de grandes choses vit dans des conditions que nous ne tolérerions jamais.

Certaines de leurs traditions, habitudes, peuvent parfois nous choquer, oui ils mangent de tout et il est presque irréfutable que ce Covid19 est lié à ce marché aux animaux qui devait être fermé; mais que pouvons nous faire pour que cela ne se reproduise plus, accepter peut-être que nous avons assis la Chine sur ce trône, exigé tout de ses habitants et pris de haut ses dirigeants, ses experts, ses scientifiques.

Nous fermons les yeux sur les conditions de travail et les salaires imposés au Bangladesh par les géants du textile qui nous revendent des jeans à prix d'or.

Nos logiciels sont développés en Inde pour une bouchée de pain et nous avons depuis longtemps fermé les yeux sur les conditions de la femme dans ce pays.

Nous critiquons les dictateurs qui massacrent leurs peuples mais leur vendons armes conventionnelles et chimiques.

Nous avons bonne conscience à utiliser un véhicule électrique, des panneaux solaires, mais jamais nous ne nous posons la question du retraitement en fin de vie; des montagnes de composants dangereux envoyés en Afrique entre autre.

Nous avons fermé les yeux, tous !

Condamnant des pays africains à vivre d'aides humanitaires et de fonds internationaux qui grossissent surtout les comptes en banque de leurs dirigeants.

Le Soudan aurait pu devenir le grenier à blé du monde, mais ce n'était pas dans l'intérêt de l'Europe, de l'Amérique.

Nous reprochons à la Chine son omniprésence en Afrique tout en oubliant le rôle que nous avons joué, jouons encore dans le contrôle de ses ressources minières, ses terres rares.

N'est-il pas juste que ces gens que nous avons affamés par nos choix politiques aspirent à un meilleur avenir qu'ils imaginent ici en Europe?

 

Partout nous blessons la nature, aujourd'hui la nature nous blesse en retour.

Alors continuerons nous à consommer comme avant en considérant que seul Bolsonaro est responsable de la destruction de l'Amazonie, oubliant que ce qui est planté là-bas en lieu et place d'une forêt indispensable nous le consommons ici.

Nous détruisons l'habitat d'espèces animales et végétales essentielles à notre survie, à notre autonomie en fruits et légumes, privilégions trop souvent la consommation de produits qui nous viennent de l'autre bout du monde.

Nous allons devoir privilégier nos circuits courts au détriment de petits plaisirs mais au bénéfice de notre économie, de nos éleveurs, agriculteurs, maraîchers, qui seront peut-être enfin payés au prix juste et qui sait par ce biais pourront peut-être nous offrir une agriculture moins dépendante des pesticides.

Bien sûr cela va à l'encontre de l'idée même de l'union européenne, du marché unique, de l'OMC, mais sans redevenir autonomes et privilégier un certain temps notre économie locale, en demandant à l'Europe et à la Chine, à l'Inde, au Bangladesh et tant d'autres de produire toujours plus pour nous, non seulement beaucoup de nos entreprises ne se relèveront pas de cette pandémie, mais en plus nous serons responsables de la prochaine, dans deux ans ou dans dix.

 

Que ferons nous après?

Tous les soirs nous applaudissons tous ces soignants qui, à minima,  risquent leur santé mentale, mais certains osent leur demander d'aller loger ailleurs, oubliant que demain ils seront peut-être le prochain patient de la personne qu'ils rejettent ignominieusement.

Nous apprécions que l'ordre règne mais râlons d'être ainsi contrôlés, sommes heureux que nos rues soient propres, nos poubelles vidées, remercions tous ces gens de l'ombre, ces autres face à nous à la caisse d'un supermarché, d'une boulangerie, ceux qui nous permettent d'avoir de l'eau au robinet, du gaz, de l'électricité, nos agriculteurs, pharmaciens, routiers, pompistes..

Aussi nous disons bonjour aux gens que nous croisons lors de nos sorties, nous inquiétons de nos anciens, des personnes seules, prenons conscience pour certains de la peur que doivent ressentir tous ceux qui peuplent nos prisons face à ce virus et ce quelle que soit leur faute.

Aujourd'hui nous sommes tous des prisonniers, de luxe certes pour certains, munis d'un bracelet électronique nommé téléphone portable, contrôlés en permanence à distance et pour beaucoup heureux de l'être, enfin ils se sentent moins seuls.

 

Dans quelques semaines ou mois, nous compterons nos morts, nos entreprises en faillite, nos suicidés, nos drames familiaux, les maltraitances exacerbées par ce confinement, nous jugerons de l'efficacité d'un confinement, de ses répercussions, comparerons l'impact sur notre économie à celui de pays ayant fait d'autres choix stratégiques et espérerons ce que tant de pays pauvres espèrent tous les jours, que la dette de cette crise soit effacée!

Sommes nous tous prêts à cette solidarité?

Passés les effets de communication, les grandes déclarations de tous nos dirigeants il nous faudra faire face à la réalité, nos modèles économiques ne sont ni viables ni humains, nous sommes tous responsables de cette faillite collective, tous nous avons fermé les yeux.

Demain, combien soutiendront le personnel hospitalier sous payé, saluerons nous les agents de la ville qui se sont occupés de nos poubelles, de la propreté de nos rues, sourirons nous aux employés des supermarchés, remercierons nous les forces de l'ordre, les pompiers, les routiers, les agriculteurs, réduirons nous notre consommation insensée de médicaments, nos rendez-vous chez le médecin au moindre bobo?

Ou bien nos voeux pieux ressembleront-ils à nos résolutions du premier janvier, envolées deux jours après.

Cette sensation d'emprisonnement que tous nous vivons en ce moment, cette perte de liberté, c'est ce que vivent beaucoup de nos anciens tous les jours, petit à petit ils s'éteignent dans l'indifférence.

Cette perte de liberté c'est aussi ce que ressent notre nature, combien auront entendu son message?

Demain j'appellerai ma grand-mère qui a 100 ans et je me dis que je devrais l'appeler bien plus souvent, elle est encore là, mais pour combien de temps?

Et puis viendra le jour d'après, ce jour là je choisirai un endroit où la nature n'a pas été emprisonnée pour la remercier de ce message, aussi dur soit-il et peut-être m'aidera t-elle à répondre à la seule vraie question: "je fais quoi maintenant?".

Et vous que ferez vous après?

 

NB: je suis reconnaissant à tous ces gens qui sont en première ligne aujourd'hui, comme beaucoup je m'interroge sur les choix de nos dirigeants mais je suis apolitique, je veux croire en l'humain, profondément, pas aux politiciens de tous bords.

Cette solidarité que vous exprimez tous les jours va bien au delà des vos appartenances politiques respectives. Je ne critique, ni n'attaque personne en particulier, mais je crois qu'il serait faux de croire qu'un seul de nous n'a pas sa part de responsabilité dans ce qui arrive aujourd'hui.

 

Cordialement,

JES

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.