Ma tribune pour Jeune Afrique (03.04.2019)

A l’approche de la 25ème commémoration du génocide contre les Tutsi le 7 avril, nous appelons l’ensemble des rédactions françaises à un sursaut pour le respect et la vérité.

Ibuka signifie « souviens-toi ». Notre rôle est celui de gardien de la mémoire. Nous agissons afin de perpétuer la mémoire des victimes du génocide commis contre les Tutsi au Rwanda. Nous luttons contre la banalisation, le révisionnisme et le négationnisme du génocide.

Dans la presse, sur nos chaînes radio et télévision, nous lisons et entendons très souvent des expressions telles que « génocide rwandais », « génocide au Rwanda » ou encore « génocide des Tutsi et des Hutu modérés ».  

Comme le disait Albert Camus, « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur de ce monde ».

Nous le rappelons, la précision sémantique est essentielle lorsqu’on connait la rhétorique négationniste du double génocide. Il ne s’agit pas d’un détail, ni d’une susceptibilité mal placée de notre part. Les sources existent en nombre afin d’expliquer en quoi les appellations ici dénoncées, et malheureusement tant utilisées, sont pernicieuses. Il est d’usage et de bon sens d’identifier les victimes d’un génocide lorsqu’on le nomme. Ainsi, en France, nous parlons du génocide des juifs et de la Shoah. Nous parlons du génocide des arméniens, du génocide des héréros. Concernant notre histoire, on ne peut parler que du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda. C’est d’ailleurs l’expression aujourd’hui employée par l’ONU (V. décision du 26 janvier 2018, A/72/ L.31).

A plusieurs reprises, nous avons protesté. Mais 25 ans après, en dépit de multiples travaux de recherches et de publications, malgré les procès qui se sont tenus un peu partout dans le monde y compris en France, le génocide des Tutsi est encore traité avec une étonnante légèreté.

Des femmes et des hommes qui n'ont jamais mis les pieds au Rwanda prétendent pouvoir en parler avec autorité, au mépris des travaux de recherche effectués sur le terrain. D'autres recourent aux pseudonymes pour se présenter comme des experts de la région des Grands Lacs. Il y en a enfin, qui n'éprouvent aucune difficulté à défendre aujourd'hui des thèses qu'ils réfutaient hier sans se sentir obligés d'expliquer aux lecteurs le motif de leur revirement. Lorsqu'il s'agit du génocide perpétré contre les Tutsi, on se permet de dire tout et n'importe quoi, même d'en rire.

Serait-il donc vrai que les génocides dans ces contrées sont sans importance ? Sait-on que le génocide est un immense crime et que derrière les mots il y a les victimes et les souffrances ? La parole du rescapé est peut-être difficile à entendre. Mais lui tourner le dos, répéter la propagande et l'accuser, comme certains le font, d'être aussi salaud que son bourreau est un déni d'humanité.

 

Permettez-nous, si vous le voulez bien, de faire une pause sur les droits de réponses, afin de nous concentrer sur nos missions fondamentales :

« Œuvrer pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus ni au Rwanda, ni ailleurs dans le monde. Donner à ceux qui le souhaitent un cadre où ils pourraient rendre hommage aux victimes. Participer à l’éducation des jeunes, à la tolérance, à la paix et au vivre ensemble. Assister et défendre les rescapés du génocide en France et au Rwanda. Engager et appuyer toute initiative visant à retrouver et à juger les responsables du génocide. Soutenir psychologiquement les survivants en France et au Rwanda. Améliorer les conditions de vie des rescapés en France et au Rwanda. Plaidoyer pour la réparation et le soutien aux rescapés dans leur demande de justice et dans leur effort à se reconstruire. » 

site Ibuka France

 

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