Où sont les jeunes ?

Ils sont partout mais invisibles pour les médias. Les quelques-uns qui s'aventurent à en parler tombent rapidement dans les clichés.

Ils sont partout mais invisibles pour les médias. Les quelques-uns qui s'aventurent à en parler tombent rapidement dans les clichés. Les chiffres le démontrent : dans le domaine de l'audiovisuel, les moins de vingt-ans ne représentent que 8 % des personnes ou personnages de la petite lucarne alors qu'ils constituent 25 % de la population française (« Baromètre de la diversité » 2015 du CSA). Et quand le journal télévisé en parle, c'est, dans la majorité des cas, pour illustrer un fait divers (INA Stat n°49).

Quant aux sujets traitant de la jeunesse, ils donnent, par leur simple titre, l'ampleur du stéréotype qu'ils véhiculent : « oklm, msk, jpp : petit lexique du nouveau langage SMS des ados » pour Le Figaro, « Sexe: ce que vous cachent les jeunes » pour L'Express, … les jeunes sont alcooliques, inconscients, dangereux, toxicomanes, fainéants, inintéressants, limités, accros au sexe, aux écrans et ont développé un langage à part entière. Les rares fois où la jeunesse a la parole, elle témoigne. De quoi ? De sa vie « insolite » sans téléphone (http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/louna-14-ans-pas-de-portable-et-pas-trop-de-problemes_1760956.html) ou sans Facebook(http://www.femina.ch/societe/news-societe/jai-teste-40-jours-facebook).

Pour celles et ceux qui en douteraient encore, la vie d'un jeune n'est pas limité à son téléphone !

Il y quelques dizaines d'années, la jeunesse était trop « révolutionnaire », aujourd'hui, on lui reproche son manque d'engagement politique à longueurs d'articles. Les mêmes qui critiquent mai 68, se demandent encore pourquoi les jeunes n'ont pas envie de s'engager.

Eux qui participent à faire passer les soixante-huitards pour des adolescents en crise osent se plaindre du manque de volonté des jeunes. A les écouter, il faut se rebeller sans renverser quoi que ce soit ! Ils veulent une jeunesse engagée qui ne défend pas ses idées, une volonté molle, une envie limitée à leurs intérêts.

La jeunesse est facile à critiquer car mal organisée et dépendant totalement des adultes et des institutions. L'image de « l'ado limité » et inintéressant nous colle à la peau depuis les révoltes du XIXe face à une autorité parentale ayant droit d’enfermement sur leurs progénitures.

De plus, en exposant ainsi l'archétype du jeune, on enterre toute tentative pour lui de se démarquer.

Peu à peu, les jeunes deviennent ce que la société (donc, les médias) veut qu'ils soient.

Alors, même si les jeunes ont des défauts et des moments de détente, où certains écrivent avec des acronymes et des fautes d'orthographe, est-il vraiment utile de les étaler ? Ne serait-il pas mieux de parler du talent de certains ?

Le journalisme n'est pas responsable des faits mais en choisissant ses sujets il appuie tel ou tel phénomène. Alors que certains politiciens ou chroniqueurs à la recherche du buzz n'hésitent pas à décrire la jeunesse comme « vieille », pourquoi ne pas nous laisser une chance ? Pourquoi ne pas nous laisser nous exprimer sur l'actualité ? Pourquoi ne pas nous laisser exposer nos opinions sans nous réduire à de vulgaires stéréotypes ? Pourquoi nous exclure du débat public ? Faut-il avoir plus de 20 ans pour émettre une pensée ?

Nous somme l'avenir du pays, le futur dépend de notre volonté et pourtant, nous sommes absents de tout dialogue profond sur quelque sujet que ce soit.

A l'heure ou les réactionnaires de tous bords étouffent le débat public, il est grand temps de mettre en valeur la jeunesse française pour que les Français prennent enfin confiance en leur avenir.

 

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