Être diplômé en 2020: récit d’un jeune chômeur

De nombreux jeunes fraîchement diplômés se retrouvent confrontés au marché du travail. Entre les entretiens constants, les refus, la remise en question et le sentiment d'échec accompagné de difficultés financières, certains vivent l'expérience plus difficilement que d'autres. Dans ce billet, je vais tenter de partager l'expérience que j'ai vécu lors de ma recherche d'emploi.

Je m’appelle Christopher, j’ai 24 ans et j’ai reçu mon diplôme d’ingénieur en septembre 2019.

Comme beaucoup de jeunes, j’ai choisi la voie de l’ingénierie, non par passion (même si j’ai beaucoup d’intérêt pour la science) mais pour la sécurité de l’emploi.  Néanmoins, à force de traverser la rue, comme on me l’a suggéré, je risque plus de me faire percuter par une voiture que d’être embauché. Les journées se ressemblent et sont souvent marquées par des moments de déprime, de sentiments d’échec ou d’ennui. Je trouve difficilement le sommeil, mon rythme de vie est loin d’être sain et j’évite de sortir au risque de dépenser de l’argent que je n’ai pas. En revanche, je profite de l’occasion pour lire, pour passer du temps avec la famille, pour apprendre de nouvelles choses, bref, prendre du temps pour moi. Je suis tout de même fatigué d’être dans cette situation depuis bientôt 1 an. En attendant, je pense trouver un emploi au MacDo et j’espère conserver assez d’énergie pour poursuivre ma recherche d’emploi en rentrant d’une journée de travail.

En effet, depuis que je suis diplômé, la recherche d’emploi occupe mon quotidien. Tous les jours, 2 à 3 heures par jour, j’édite mon CV, je rédige des lettres de motivation, je remplis des formulaires de candidature, je réponds à des appels et je lis des emails de refus.  Je me retrouve à dire des choses que je ne pense pas ou à faire des choses qui me semblent superflues dans l’espoir d’avoir une rémunération. A la fois ennuyante et abrutissante, cette activité révèle le caractère soumis du potentiel employé à l’employeur. Lentement, je me conforme au système salarial. Quelques rares fois, je me retrouve en entretien face à un ingénieur avec qui j’ai l’occasion de parler avec intérêt de sujet techniques ou scientifiques. Mais, la majorité du temps, je dois me confronter à des RH (ou pire à des bureaux de recrutement) qui cherchent à savoir si ma personnalité correspond bien au moule de la société ou qui me démontrent à quel point l’entreprise se soucie de mon bien-être : techniques de management, développement personnel, coaching, team-building et toute une série de concepts modernes qui, à mes yeux, n’ont pour seule utilité que l’infantilisation du salarié face à la direction.  A l’instar de certains chefs d’états qui se proclamaient comme le père des peuples, la direction se voit comme le père du personnel.

N’ayant effectué que des stages, je ne bénéficie pas du chômage. Ayant moins de 25 ans, je ne bénéficie pas du RSA. Mes parents divorcés habitent respectivement une petite ville charentaise et un village breton où l’emploi est rare. Je vis donc chez ma copine à Grenoble et je reçois un peu d’argent de mes parents pour manger. Malgré ma situation de précarité, je m’estime chanceux d’avoir des parents capables de m’aider financièrement et des proches capables de m’héberger. Tous n’ont pas cette veine.  

Ce témoignage date d’avant le covid19. Dans cette situation exceptionnelle, je ne vois pas d’autre issue que la détérioration du niveau de vie des jeunes diplômés. Beaucoup, pensant avoir trouvé un emploi, ont vu leur période d'essai s'achever suite à la crise, d'autres ont souffert du gèle des embauches.  Alors qu’en théorie, je fais partie de « l’élite » de la population, je ne peux guère imaginer la situation et le stress éprouvé par ceux ayant un diplôme moins valorisé que le mien par le système actuel.

J’appelle à ceux qui se retrouvent dans ma situation à témoigner de leur quotidien. Il est important de comprendre que nombreux sont ceux dans mon cas, quel que soit leur diplôme. J’espère ainsi provoquer une indignation chez ces jeunes diplômés et de les pousser à agir.

L’état m’a accompagné toute ma scolarité et m’a permis d’obtenir mon diplôme. Ne pourrait-il pas apporter une réponse à ses jeunes oubliés ?

 

Christopher, 24 ans

 

« Think globally, act locally”

 

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