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Billet de blog 16 nov. 2018

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Pas d’apartheid pour les MNA du Rhône !

Dans le Rhône, un centre mal équipé, éloigné de tout, est réservé aux mineurs isolés étrangers... une forme de ségrégation ?

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Pas d’apartheid pour les MNA du Rhône !

Le 10 septembre dernier, une quarantaine de MNA organise un sitting dans la rue principale de Saint Clément-les-places, un village du Rhône aux confins de la Loire.  Les gendarmes arrivent. Les jeunes les prennent à témoin et les invitent à venir constater les conditions dans lesquelles ils vivent au foyer dit « centre alpha » nouvellement créé dans ce village. Ils y ont été regroupés au début du mois de septembre, pour beaucoup contre leur volonté. En arrivant, ils découvrent que le lieu n’est pas celui qu’on leur a décrit et que leur accueil n’a pas été préparé.  Ce n’est pas Tarare, comme il leur avait été dit, mais un village perdu dans la campagne, difficile d’accès. Il faut faire quelque kilomètres à pied pour trouver des transports en commun qui mettent 1h30 à 2h pour arriver à Lyon. Rien n’a été prévu pour leur accueil et c’est ce que les jeunes montrent aux gendarmes : pas de serviettes de toilette ni de produits d’hygiène, pas  de draps de rechange, des produits alimentaires périmés. Ils se demandent s’ils n’ont pas été conduits là dans une impasse, eu égard à leur projets d’intégration scolaire surtout, et tout ça en attendant qu’on les remette à la rue le jour  de leurs 18 ans…  Beaucoup ne vont pas encore à l’école. A cause de toutes ces inquiétudes, ils ont décidé de sortir du foyer pour demander de l’aide.

La frustration des mineurs de Saint-Clément est d’autant plus importante qu’un certain nombre d’entre eux ont dû quitter des MECS où ils étaient bien, avec des éducateurs compétents et la possibilité de côtoyer des ados français, des foyers de droit commun où leurs projets d’intégration commençaient à prendre forme, plusieurs mois après leur arrivée en France. Mais les responsables du BEAS (Bureau d’évaluation et d’accompagnement spécialisé) de Chaponost- sous la responsabilité du Département du Rhône- leur ont expliqué qu’un nouveau centre venait d’être spécialement créé pour les MNA, et qu’ils ne n’avaient pas d’autre choix que d’y aller… Il a même été précisé par certain(e) que les foyers qui devaient être quittés étaient « pour les Français »… Les jeunes demandent des explications, tentent de résister, mais n’y arrivent pas. Sous le choc, un mineur du château de la Barge tente de suicider en se poignardant, un événement qui est resté jusque là caché.

Depuis leur action du 10 septembre, la vie des mineurs de Saint-Clément reste très difficile ! Pour manger un peu mieux, ils n’ont d’abord pas eu meilleure solution que de cuisiner eux-mêmes. L’alimentation est rationnée. Il leur a fallu une fois partager une baguette pour 30, et encore récemment 15 portions ont été servies pour 25 jeunes… Il leur a fallu supporter un soir un gardien de nuit armé d’un gourdin. Les scolarisations se font difficilement, vers des établissements  éloignées  nécessitant de se lever à 5h du matin ou des sections où les heures de cours  sont insuffisantes. Le personnel, des éducateurs ou des animateurs, les jeunes  ne savent pas, change régulièrement avec beaucoup de démissions. Surtout, la vie du centre Alpha est rythmée par des épisodes d’intense  répression.

Ainsi, le 11 octobre, le directeur du centre couvert par l’association ADAEAR chargée de la gestion du centre et par le Département du Rhône, fait intervenir les gendarmes pour « exclure » un gamin de 14 ans accusé de l’avoir insulté. Moussa est sorti menotté de sa chambre. Face à la colère des autres jeunes, des renforts arrivent, en tout 4 voitures de gendarmes pour une petite vingtaine de jeunes révoltés qui ne veulent pas voir leur copain partir. La police fait son job, menace les jeunes de les gazer, sort les matraques, frappe, et embarque Moussa qui sera conduit dans le centre où il était auparavant, à un autre bout du département. Conséquence de cette action de répression disproportionnée : le gamin est coupé du collège où il venait d’être scolarisé, la déscolarisation comme punition…

Ainsi, le 22 octobre, un autre gamin de 15 ans et demi est sommé le matin même par le directeur de faire ses bagages pour quitter le foyer immédiatement. En quelques heures, il se retrouve dans un bureau du BEAS de Chaponost où une levée de prise en charge lui est signifiée. La juge des enfants aurait pris cette décision suite à des convocations PAF ayant conduit à un rappel à la loi. Le soir même, Enza dort dehors sans rien. Depuis, la juge est revenue sur sa décision suite à l’intervention d’une avocate, et elle a prévu une audition pour Enza qui a été relogé.

Ainsi, le 23 octobre au soir, un autre mineur de 17 ans apprend par la PAF qui l’a mis en garde à vue dans la journée qu’il lui est interdit de regagner le foyer de Saint-Clément par le Département.  Comme il a fait l’objet d’un rappel à la loi, le Département anticipe la décision de main levée du placement qu’il souhaite. En attendant que le juge la décide, le jeune devrait partir dormir le soir même dans un hôtel très éloigné de Lyon et de Saint-Clément en s’y rendant par ses propres moyens. Au bout de 2-3 nuits dans cet hôtel, le jeune a reçu l’ordre de partir encore ailleurs… Pendant tout ce temps, aucune disposition n’a été prise pour lui permettre de manger !

Pourquoi tant d’acharnement contre les mineurs pris en charge à Chaponost ? 

Au mépris de la législation prévoyant la protection des mineurs et l’interdiction de toute discrimination fondée sur l’origine, dans la droite ligne des politiques anti-immigration du gouvernement, le Département cherche à faire des économies et il pensait pouvoir en faire sur le dos des MNA qu’il traite non comme des enfants, mais comme des étrangers indésirables qu’il pourrait parquer dans des centres ad-hoc et faire arbitrairement contrôler par la PAF. Les prix de journée acceptés par l’association qui gère le centre Alpha sont, de notoriété publique, inférieurs à ceux pratiqués pour les autres enfants dans les foyers éducatifs de droit commun. Par leur action du 10 septembre et par leur résistance qui se poursuit, Les MNA de St Clément ont levé le voile sur les injustices qu’ils subissent. Le Département entend sans doute leur faire payer leur esprit de résistance et les intimider en renvoyant brutalement certains d’entre eux, et notamment ceux en qui elle croit voir des meneurs. Mais les MNA de Saint-Clément se sont faits connaître et ils ne sont plus seuls. Avec des associations lyonnaises et des avocats à leurs côtés, ils chercheront toujours et encore à faire respecter leurs droits.

Michèle François, Collectif Jeunes RESF69

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