Le maire (communiste) de Saint-Etienne-du-Rouvray : un patron voyou?

Depuis le 28 septembre, un ancien directeur du service municipal des sports est en grève de la faim. Depuis huit mois il n'a pas touché le moindre centime du salaire auquel il a droit. On lui fait payer la dénonciation, il y a douze ans des malversations d'un cadre de la mairie. Nous ne sommes, ni à Levallois chez Balkany, ni à Nice du temps de Jacques médecin, mais à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Depuis le jeudi 28 septembre, Hervé Réaux (63 ans) est en grève de la faim devant la mairie de Saint-Étienne-du-Rouvray. Cette ultime décision qu’il vient de prendre est le dernier acte d’un calvaire qui dure depuis douze ans.

Tout commence en juin 2005. Hervé est depuis 1996 un directeur des service des sports de la ville de Saint-Etienne-de-Rouvray unanimement respecté et apprécié, tout particulièrement pour ses aptitudes à monter un dossier de financement. En juin 2005, à la faveur d’une réorganisation du service Education et loisirs de la mairie, Hervé et quatre de ses collègues tombent sur un lot de factures de plusieurs milliers d’euros qui correspondent à des achats commandés par l’ancien directeur du service, Lionel Mesnage lesquels n’étaient à l’évidence pas à destination de la collectivité. Comme le leur impose, non seulement leur devoir moral, mais leurs obligations de fonctionnaires (Article 40 du code de procédure pénal), ils en informent, non pas le procureur de la république comme le prévoit la loi, mais le Directeur général de la mairie. Fut-ce leur erreur? En tout cas c’est à partir de là que tous les ennuis commencent.

Sans doute, la mairie va-t-elle porter plainte contre Lionel Mesnage. Sans doute une enquête administrative et policière auront lieu. Sans doute, Lionel Mesnage sera-t-il frappé d’une suspension sans traitement de six mois. Mais il risquait la révocation pure et simple, et il ne s’en tire donc finalement pas mal. Mais, aucune perquisition dans son bureau n’ayant jamais été réalisée, mieux, le dit bureau ayant été ouvert aux quatre vents pendant des semaines durant, toutes les pièces qui auraient pu aboutir à une condamnation pénale (et qui sait, à la mise en cause d’éventuels complices?) vont disparaître. Et notamment son agenda. Et il n’est donc pas hasardeux de penser que Lionel Ménages aura bénéficié de solides protections autant qu’il était possible de le faire.

Des cinq agents qui ont dénoncé la malversation, c’est sans doute Hervé qui sera le plus frappé par la disgrâce (encore que l’une de ses collègues soit tombée en dépression pendant un an, et qu’un autre ait pu trouver son salut dans une mutation).

Pendant douze ans les humiliations vont succéder aux brimades et à la placardisation. Imagine -t-on ce que peut ressentir un homme dont les compétences avaient été reconnues par tous, quand, deux jours seulement après l’information qu’il avait faite auprès du Directeur général de la la mairie, le maire refuse ostensiblement et en publique, de lui serrer la main ? Quand les critiques tombent pour un oui pour un non ? Quand, malgré sa réussite à un examen professionnel on lui refuse la promotion à laquelle il aurait pu prétendre et qui est quasiment automatique ? Nous savons tous aujourd’hui sur quoi peut déboucher un tel harcèlement : sur un suicide ou une dépression. On n’ose penser que c’est la première alternative que visait le maire. En tout cas, Hervé va être victime d’une dépression qui durera cinq ans. A son retour il est placardisé dans des conditions dont il n’est pas exagéré de dire qu’elles s’apparentent à de la torture morale : Confiné dans une pièce dans un local municipal à un kilomètre de la mairie, lui qui avait auparavant quarante personnes sous sa responsabilité et qui était toujours, au moins sur le papier, directeur du service des sports voit sa tâche réduite au suivi des activités sportives périscolaires. Et ce que l’on souhaitait arriva : une nouvelle dépression avec un congé de maladie ordinaire suivi d’un congé de longue maladie puis d’un congé de longue durée (c’est la procédure normale). Et quand Hervé, enfin sorti du trou, demande à reprendre son travail, le maire de Saint-Etienne-du -Rouvray fait ce que sous d’autre cieux et en d’autres temps (?) on faisait subir aux indésirables  : Évincer l’importun avec la complicité de psychiatres, et ce, en revenant à la charge jusqu’à ce que l’expert qui avait, dans un premier temps, jugé qu’Hervé n’était pas (selon le curieux verbiage de l’administration) «inapte à tous les postes de la fonction territoriale » revienne miraculeusement sur son expertise. Un changement de pied qui, par parenthèse, a de fortes chances d’amener l’expert à s’en expliquer devant l’Ordre des médecins.

Et aujourd’hui la situation est la suivante : Le 1er février 2017, Hervé a été mis en disponibilité d’office, avec arrêts de travail justifiés par la Caisse primaire d’assurance maladie. En attendant son départ à la retraite (qu’il a demandé), il devrait être depuis cette date payé à mi-traitement et pourtant il n’a pas reçu un seul centime à ce jour. D’où son acte désespéré d’une grève de la faim menée à 63 ans. Administrativement, le cas est pourtant limpide : il est prévu par le décret n° 2011-1245 du 5 octobre 2011 ; le demi-traitement est de droit. Ni Hubert Wulfranc l’ancien maire et nouveau député, ni Joachim Moyse le nouveau maire, ne peuvent l’ignorer. A quel jeu jouent-ils donc ?

Naïveté, ou fidélité à des valeurs qui sont pour moi cardinales, le vieux militant que je suis ressent comme une trahison les pratiques d’élus qui devraient se sentir comptables du meilleur de l’histoire et des traditions du mouvement ouvrier. Ce qu’ils semblent avoir oublié.

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