La vaisselle! C'est bien là une des rares choses que je passerais à Macron. Elle viendra de la manufacture de Sèvres, autrement dit de l'un des plus prestigieux conservatoires d'un savoir-faire de très haute qualité que possède la France, comme la manufacture des Gobelins pour les tapisseries par exemple. Il y a dans le monde peut-être moins d'une demi-douzaine de manufactures de porcelaine de la valeur de celle de Sèvres. Chaque pièce est entièrement faite à la main, décorée des matières les plus nobles et les plus précieuses, et vaut une fortune. Fort peu de particuliers peuvent acheter du Sèvres. Or la manufacture est un service d’État. Autrement dit elle est propriété nationale, son personnel fait partie de la fonction publique et ses frais de fonctionnement sont assurés par le Ministère de la Culture. Même si elle dégage des ressources propres, la manufacture ne pourrait vivre de la vente de sa production.
Non seulement il est difficile d’évaluer avec précision le coût de la dernière commande de l’Élysée, mais il faut savoir que celle-ci ne sera pas facturée, comme ne sont jamais facturées les autres commandes des différents services de l’État. L’État, en tant que propriéraire-financeur de Sèvres est le propriétaire de toute sa production dont une petite partie, vendue au public, participe au financement de la manufacture. Et le reste, qui constitue la plus grande part de la production, tombe dans le trésor d’État, soit en abondant le fond du musée de la manufacture, en étant versé au mobilier national ou mis à la disposition des différents services de l’État (Élysée, ministères, ambassades, etc.), lesquels ne les ont donc pas acquis, mais n’en ont qu’un droit d’usage par définition précaire, même quand il s’agit d’une commande, comme cela vient de se passer avec la fameuse vaisselle.
Cette mise au point une fois faite, il n’en serait pas moins erroné de considérer que ce qui est a priori une banale anecdote est un mauvais procès fait à Macron sous le couvert d’une méconnaissance du dossier. Et il est significatif que le communiqué fait par l’ Élysée n’ait pas arrêté le flot des commentaires dans la presse et les réseaux sociaux, au point qu’un ménage a envoyé courant juin quelques assiettes au couple Macron « pour lui éviter de dépenser un pognon de dingue ». Près de deux mois après son déclenchement, l’affaire qui, objectivement, n’en serait pas vraiment une, court encore à bas bruit ici ou là. Car aujourd’hui, dès qu’il est peu ou prou question de fric et de luxe, l’idée d’un Macron « président des riches » s’est bel et bien imposée. Comme quoi, même par le détour d’une anecdote, et même à contre sens parfois, la conviction s’impose que l’opinion publique n’est plus prête à s’en laisser compter par le représentant de la haute finance, parvenu à la tête de l’État par un tour de passe passe dont l’histoire n’est, hélas, pas avare.