Choses vues sur les Champs-Ėlysées le 16 mars

Samedi les flics ont contrôlé de bout en bout la situation sur les Champs-Ėlysées et il fallait beaucoup d'imagination ou de mauvaise foi pour y voir des scènes de guerre.

J’ai manifesté sur les Champs- Ėlysées samedi dernier. J’aurais pu être à la manifestation sur le climat, ça a été les Champs-Ėlysées presque par hasard, et je ne le regrette pas.

J’ai décidé de prendre ma retraite dans un coin perdu de de la France profonde et pour cette raison, et d’autres encore qu’il serait sans intérêt de dire ici, je n’ai pu participer à aucune manifestation depuis le mois de novembre. Je devais monter en région parisienne ce week-end pour affaires familiales. Une occasion unique pour aller enfin manifester. Il fallait que je choisisse un point de départ de manif, et il n’y avait que l’embarras du choix. Comme j’étais en banlieue nord, j’ai donc décidé de me joindre au cortège qui devait partir de la gare du Nord. Il était organisé par des syndicalistes cheminots, ça me convenait tout à fait. Ils avaient prévu de rejoindre les Champs- Ėlysées, ça me convenait toujours. Nous sommes donc partis vers 10 heures en formant un cortège de plusieurs centaines de personnes (200 ?, 300?), cortège joyeux et animé, en scandant des mots d’ordre fort justes : « Anti, anti, anticapitalistes » entre autres. Que demander de mieux ? Arrivés sans encombre sur les Champs- Ėlysées dont le bas était bloqué à partir du Rond-point, tous ceux qui le souhaitaient pouvaient aller jusqu'à la place de l’Ėtoile où seul l’Arc de Triomphe était « sécurisé » par des robocops. C’est après que j’en aie fait le tour que ça a commencé à chauffer, mais modérément quand même. Sans doute quelques dizaines de mecs en noir lançaient-ils divers projectiles sur les flics, mais il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Et puis le police a commencé à investir la place à coups de lacrymos, tout en nous interdisant les avenues rayonnantes. Ils nous ont donc littéralement repoussés vers les Champs- Ėlysées. Certes, quelques dizaines de casseurs s’en prenaient aux vitrines sans faire trop de dégâts car la plupart étaient protégées par des planches de contreplaqué. J’étais devant le Fouquet’s quand quelques individus ont réussi, sans apparemment trop de mal, à arracher les protections en planches, à faire sauter les portes et à entrer à l’intérieur. Je m’attendais à ce qu’ils y mettent le feu, mais non. Ils ont juste cassé, emporté quelques bouteilles, mais pas grand-chose, et au bruit qu’ils faisaient, ça ne m’a pas semblé être une dévastation. Par contre un kiosque a bien été incendié juste à côté. Construit en matériaux très inflammables, il s’est transformé en torche en quelques minutes.

Les flics continuaient à repousser la foule toujours plus bas sur l’avenue, à coup de lacrymos et de grenades de désencerclement, tant et si bien qu’au bout d’un moment, nous nous sommes retrouvés à plusieurs centaines (au moins) coincés entre la rue de La Boétie et le Rond-Point des Champs- Ėlysées. Comme les flics qui nous avaientétaient partis de l’Ėtoile, je crois pouvoir affirmer qu’ils avaient le contrôle total de l’avenue, à l’exception de la portion comprise donc, entre la rue de la Boétie et le rond-point, c’est-à dire qu’ils contrôlaient la portion de l’avenue où se trouve le Fouquet’s (qui n'avait pas encore brûlé), ou s’ils ne la contrôlaient pas, c’est parce qu’ils ne l’avaient pas voulu et qu’il y avait d’autres nasses un peu plus haut.

En réalité, je n’étais pas à proprement coincé dans une nasse, car les flics laissaient ceux qui le désiraient sortir par la rue de la Boétie, dont ils contrôlaient toutes les rues adjacentes. Ne voyant pas l’intérêt de rester sur place plus longtemps, vers 13 heures 30 j’ai, comme bien d’autres manifestants qui quittaient la manif individuellement ou par petits groupes, pu rejoindre sans encombre sinon au prix de quelques détours car les flics contrôlaient tout le quartier et ne laissaient passer que là où ils l’avaient décidé, la station de métro (fermée) de Saint-Philippe-du-Roule où la vie suivait son cours,

C’est dire si c’est avec grand étonnement, que j’ai appris dans la soirée que le Fouquet’s avait été incendié. Car si les flics ne contrôlaient pas cette portion des Champs en début d’après-midi, c’est vraiment qu’ils ne l’avaient pas voulu. Dois-je dire que si je trouve parfaitement crétin d’avoir foutu le feu au kioske, ce n’est pas sans une petite satisfaction en mon for intérieur que j’ai vu voler en morceaux la devanture du Fouquet’s ? C’était peut-être politiquement contre productif, mais s’il y a bien un lieu qui symbolise l’arrogance des nantis, c’est bien le Fouquet’s, et s’en prendre à certains symboles dans des moments d’intense affrontement n'est pas chose extraordinaire. Ainsi la colonne Vendôme ou la maison de Thiers pendant la Commune.

En conclusion, je n’ai personnellement pas vu de grandes violences, ni place de l’Ėtoile, ni sur les,Champs-Ėlysées. Certes, je ne peux témoigner de ce qui s’est passé après que j’aie quitté les lieux en tout début d’après-midi. Mais ce dont je suis absolument certain, c’est que, à part peut-être l’incendie de la banque (que je n’ai vue que de loin après que les pompiers soient intervenus), les débordements peu évitables dès lors que certains sont venus pour casser, ne faisaient penser, ni de près, ni de loin, à des scènes de guerre comme je l’ai entendu par la suite à la télé et ailleurs. Vers 13 heures, les flics avaient réussi à segmenter les manifestants et si le contrôle leur a par la suite, ne fut-ce que partiellement échappé  (ce dont je doute), c’est qu’ils l’auront bien voulu.

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