PRESIDENTIELLES 2022. L'IMPASSE ? OU BIEN…

Dans la série "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre", je propose une solution pour résoudre l'équation mal posée du "candidat unique de la gauche" pour les présidentielles 2022. Elle a pour atout de respecter (pour une fois) l'esprit et la lettre de la constitution de la Ve république et de fournir une sortie non humiliante aux nombreux "candidats à la candidature".

PRESIDENTIELLES 2022. L'IMPASSE ? OU BIEN…

Le scénario probable des futures présidentielles n'a rien qui puisse réjouir les Français qui souhaitent réellement un changement de cap de la politique gouvernementale en ce qui concerne la transition écologique et la justice sociale. Le duel promis Macron-Le Pen aboutira, au mieux, à la reconduction d'un individu qui a déjà eu l'impudence de nous faire croire (ou peut-être y a-t-il cru lui-même ?!) que son élection valait approbation de son programme ; au pire, par l'élection de la représentante d'un parti douteux, xénophobe, dont on peut craindre une dérive violente une fois sa « dédiabolisation » réussie… Tous ceux qui ne se reconnaissent dans aucun de ces deux candidats sont dans les affres. Laissons à ses réflexions les restes d'une droite qui se dit encore « républicaine » et penchons nous sur la situation de ce qui reste de « gauche » dans ce pays.

Cette gauche, bien affaiblie par les errements des derniers gouvernements dits « socialistes », se retrouve engoncée entre les exigences de la constitution, qui lui enjoint d'être unie au premier tour si elle veut avoir la moindre chance d'être au second, et l'état chaotique de sa pensée collective, les divergences entre ses composantes semblant (pour combien de temps encore ?) inconciliables. Pire, ces différentes composantes ne sont pas même d'accord sur… ce qui est inconciliable ou pas ! Citons la question du « protectionnisme raisonné », de la « désobéissance aux traités européens », du « réalisme » en matière géopolitique, ou de la « dépendance atlantique », cette liste n'étant pas exhaustive.

Une gauche dans l'impasse…

On voit se dessiner deux tendances assez clairement.

D'une part, ce qu'Eric Piolle a appelé « l'arc humaniste », écologistes historiques et anciens socialistes critiques de la période Hollande, ceux-ci éclatés en diverses organisations encore peu stabilisées. Peu de candidats crédibles dans cette mouvance, soit parce qu'ils seraient plombés par leur passif (Taubira, Cazeneuve, Hamon), soit par manque de notoriété « validée » (Piolle, Jadot).

D'autre part, un bloc idéologiquement mieux délimité, qu'on pourrait appeler « républicains-colbertistes », et à qui pourrait donner chair un « ticket » Mélenchon-Montebourg…

Ces deux mouvances sont vouées à labelliser des candidats qui, selon toutes probabilités, n'accèderaient ni l'un ni l'autre au second tour et seraient amenés à se déchirer pour obtenir « le meilleur score des perdants du premier tour ».

Une alternative juridique et opérationnelle…

Il est donc urgent d'imaginer une autre stratégie, compatible avec les contraintes imposées par la constitution actuelle (dans l'attente d'une révision sérieuse de celle-ci) et permettant à l'ensemble des « humanistes » et des « républicains-colbertistes » d'élaborer, autour d'un candidat commun, une « charte » qui ne serait en aucun cas un « programme commun », impossible à concevoir en l'état actuel du débat entre « progressistes ».

Cette charte, sur laquelle se présenterait un candidat de consensus, comprendrait un nombre limité d'engagements. Conformément à l'esprit et à la lettre de la Ve République, le candidat s'engagerait à borner ses fonctions à définir les grandes orientations de la politique de la France et se porterait garant du fonctionnement démocratique de la société. Ces grandes orientations porteraient sur le défi climatique, l'injustice sociale et fiscale, la fragilité de l'économie, et les nouveaux enjeux de la géopolitique mondiale. Il s'engagerait également à respecter strictement la constitution, et notamment son article 20 qui dispose que c'est « le gouvernement (qui) détermine et conduit la politique de la Nation ». Il va sans dire que le candidat s'engagerait également à mettre en œuvre un débat national visant à réformer la constitution et à l'adapter aux exigences de l'époque. En conséquence de ces engagements, l'élaboration d'un programme précis de gouvernement serait renvoyé au résultat des élections législatives, dont le mode de scrutin permet des arbitrages beaucoup moins clivants et beaucoup plus représentatifs, que l'élection présidentielle. La nomination du Premier Ministre serait évidemment dictée par sa capacité à réunir sur son nom une majorité à l'Assemblée nationale.

Refuser le duel qu'on nous prépare…

Il va de soi que la difficulté de ce scénario sera de trouver la personnalité susceptible de remplir ce rôle de président-garant avec rigueur et efficacité. Ses qualités sont, en revanche, faciles à définir : liberté de pensée, liberté d'engagement partisan, notoriété, rigueur morale, honnêteté intellectuelle, capacité à exprimer en mots simples des réalités complexes, capacité à s'entourer et à écouter. Je laisse chacun proposer son candidat qui peut être évidemment une candidate...

L'autre difficulté sera de faire adhérer les organisations existantes (et légitimes !) à cette stratégie. Il me semble cependant qu'il n'est pas trop tard pour leur faire réaliser que seul ce scenario peut nous éviter la reconduction du désastreux scénario de 2017. L'engagement public de millions de citoyens à voter blanc en cas de duel Macron-Le Pen serait peut-être de nature à peser sur les décisions de ceux qui président aux destinées des organisations et mouvements qui ont mission de préfigurer l'avenir de notre société …

 

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Jean-François Schneider                            Contact : jfschneider38@orange.fr

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