Le cas Gaspard Glanz

Les tenants du pouvoir font tous les efforts possibles pour empêcher qu'une plus grande partie de la population ne prenne réellement conscience de leur impéritie. L'affaire Gaspard GLANZ, illustre de manière spectaculaire ce postulat qui chaque jour s'affirme davantage et qui voit se mêler dans une panique totale les gesticulations des pouvoir politique, judiciaire, et médiatique.

Décidément, il ne fait pas bon être un opposant au pouvoir jupitérien par les temps qui courent.

Voilà donc un journaliste indépendant, dont le boulot est de couvrir les manifs et donner à voir les exactions policières, atteint par une grenade de désencerclement certainement balancée par erreur par un pandore survolté, toute autre hypothèse devant être qualifiée comme étant « d’école ».

Le gars s’en va gueuler un peu - normal- et demande le gradé de la bande pour comprendre pourquoi on le prend pour une citadelle assiégée.

Une Tortue Ninja le fait dégager fissa avec la délicatesse légendaire que l’on prête aux forces dévolues au maintien de l’ordre. Quelques secondes de « manu militari » plus tard, le reporter fort marri de se voir traité comme un serpent à sonnette adresse un doigt, que l’on dit d’honneur, aux braves protecteurs du bon peuple.

Rebelote, le voilà interpellé, secoué, plaqué au sol, menotté (ou plutôt "serflexisé") et conduit au poste comme un vulgaire malfrat.

Bon ! pour être honnête et complet, faut dire que le Gaspard en question a couvert la COP 21 et donc fiché S, dejà été condamné pour avoir volé un talkie-walkie à un flic et, ceci expliquant peut être cela, eu un rôle certain dans la diffusion des images où Benalla se montre particulièrement à son avantage avec un Talkie qui ressemble furieusement à celui d’un condé.

Bref, du poil à gratter ce Gaspard, un type toujours où il ne faudrait pas, qui se méfie beaucoup du pouvoir, qui aime la populace et qui entend bien l’informer. Peu ou prou l’image que je me faisais d’un reporter.

On poursuit. Garde à vue sinon c’est pas drôle, et comparution devant la justice indépendante (on rigole pas siouplait!). Le voilà devant les juges après 48h d’ergastule et bac flanc.

Les magistrats, on s’dit benoitement que c'est pas des C.R.S, ces fonctionnaires débonnaires dont on avait confusément compris qu’il n'en fallait attendre grand chose.

Les juges, eux, z’ont fait beaucoupe d’études, z’ont une fonction vachement importante, en théorie c’est pas des cow-boys de la loi. Ils vont comprendre que le casse couille de journaleux en question faisait son taf et que son comportement ne répondait qu’aux provocations et violences des thuriféraires de la matraque.

Pense tu Nénette ! le Parquet lui notifie les infractions et lui dit que l’aventure va se poursuivre devant le juge des libertés et de la détention.

Bon ! le Parquet aussi on sait bien que c’est pas l’incarnation de la mesure, de la bienveillance et de l’indépendance. En général c’est petit doigt sur la couture du pantalon en attendant des instructions d’en haut qui n’existent légalement plus.

Passons, maintenant il est devant le fameux J.L.D dit « la chambre d’enregistrement humaine », et encore, il doit y avoir des chambres d’enregistrement qui font preuve de davantage d’initiative. Quant au volet humain de la chose, ca saute pas toujours aux yeux. Évidemment, y sont pas tous comme ça, mais y en a quand même pas mal et si vous les aviez tous à table, comme on dit chez nous « saria longu u tavulinu ».

Résultat des courses : libération et comparution différée devant le Tribunal Correctionnel pour répondre de participation à quelque chose en vue de commettre un truc pas bien et évidemment du fameux outrage : le doigt d’honneur en riposte à grenade et virile bousculade.

Dans l’attente, le dangereux activiste de service ne peut plus se rendre à Paris les jours de manif.

Dit de cette manière, ca vous pousse pas immédiatement à monter sur les barricades mais si on prend un millimètre de hauteur on s’aperçoit que la Justice a quand même empêché un journaliste de faire son boulot sans que ce bonhomme ait rien fait de mal.

Bref, on a muselé la liberté d’expression, d’information, porté atteinte à l’un des piliers de la démocratie et ce dans l’indifférence presque générale sauf dans les journaux ou l’on sait encore ce qu’informer veut dire, mais il en reste très peu.

Et tout ça en France et au 3ème millénaire. La France de Macron quoi !

Vous me direz, vu l’attitude de l’Espagne actuelle où la police prête ses cartouches à la « fan zone » pour tirer sur l’effigie d’un dirigeant politique emprisonné- et pas un seul Etat alentour qui ouvre sa gueule - on se dit que l’Europe actuellement c’est pas le top le top en matière de droits de l’homme.

On glisse on glisse on glisse et on sait jamais très bien quand on va se retrouver de cul par terre.

Avec la fuite sémantique planifiée, les journalistes de connivence qui n’arrivent même plus à comprendre pourquoi il est essentiel de défendre l’un des leurs et le mode de diffusion actuel de la pensée qui empêche voire interdit la plus épaisse comme la plus petite nuance, pas certain qu’on atterrisse sur un parterre de roses.

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