Are you experienced ?

Pendant longtemps, tout allait si bien que... Les "zippers" seront-ils mangés par Amazon, le prédateur monstrueux engendré par le Net, ou "zapperont"-ils? Tata tan !!! Bientôt sur vos écrans radars.

Du pain et des jeux du cirque, comme dans la Rome Antique. Voilà ce qu'annonce l'Empire... de la consommation. Extrait d'un tout récent dossier du journal "Le Monde", supplément Economie et entreprise du 18/10/2017, titré "Les hypers à la lutte pour leur survie".

[...] «Pendant longtemps, tout allait si bien que les promoteurs n’avaient pas besoin d’être créatifs, note Garrick Brown. Désormais, la médiocrité ne suffit plus. Il faut convaincre les consommateurs de ne pas acheter en ligne. » En outre, les millennials, les personnes nées entre 1980 et 2000, qui représentent désormais la principale classe d’âge aux Etats-Unis, ne consomment pas de la même manière que leurs parents. « Ils préfèrent dépenser leur argent dans des expériences plutôt que pour des produits », estime M. Brown. Pour s’en sortir, les centres commerciaux doivent se réinventer. Ils offrent des divertissements ou des « food halls », qui proposent des restaurants locaux au lieu des traditionnelles chaînes de restauration rapide. « Le concept historique des malls est de plus en plus obsolète », assure Mme Williamson. « Ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont déjà entamé cette bascule », confirme M. Brown. Pour pallier les fermetures de grands magasins et de boutiques de vêtements, il faut aussi se tourner vers de nouveaux locataires historiquement absents, comme les enseignes à bas prix, voire même la grande distribution. Mais pas seulement. « De plus en plus de malls réduisent leur espace commercial pour faire place à des centres médicaux, des bureaux, des community colleges [établissements universitaires en deux ans] ou à des églises », liste Mme Williamson. A Cupertino, les nouveaux propriétaires du Vallco Shopping Mall souhaitent investir trois milliards de dollars dans un vaste projet de réhabilitation, promettant des bureaux, des logements et des espaces verts sur les toits. Mais le projet, rejeté fin 2016 par les électeurs, est aujourd’hui à l’arrêt.                                                                                                                     Jérôme Marin, Le Monde, 18 octobre 2017

Comme divertissement, le marché propose donc aux consommateurs des restaurants (miam!!!) - locaux, pas des chaînes traditionnelles de restauration rapide (excusez du peu !) -, des enseignes pas chères (abondance !), un centre médical (avec une belle pharmacie ?), des bureaux (c'est du sérieux !), une fac (culturel !) et des églises ("on n'est pas que des consommateurs", alleluia!, mais en France multi-cultuelle, pourquoi pas aussi une mosquée, un temple protestant et un autre bouddhiste et une synagogue?)*. Et il y a des espaces verts sur les terrasses ! Babylonien !

Selon les rumeurs, l'hyper Carrefour de l'autre côté de la porte de Montreuil est quasi désert, et son centre commercial voit ses boutiques fermer l'une après l'autre, et l'Auchan derrière la porte de Bagnolet n'irait plus si fringuant, les boutiques du centre sont aussi fermées au dernier étage.

Alors recentrage sur les centre-ville ! Avec ce concept d'"expérience". Nous ne sommes plus aussi consommateurs qu'avant ! "Are you experienced ?", demandait Jimi Hendrix - suggestion aux  penseurs du marché, ça fera un slogan très rock n' roll, ça,  quasi woodstockien !

Dans notre futur "mini-mall urbain de centre-ville de l'ancien rectorat, avenue Gambetta, Paris XXe", on a un peu ce qui est prévu chez les Américains des malls, un prototype pour relancer les grandes enseignes, ces locomotives qui ne veulent pas être "out" sur le Marché - c'est normal, ce concept en avance de deux ou trois longueurs a été conçu par Cargill, le monstre de l'agro-alimentaire US qui a acheté, pas cher, les locaux de l'ancien rectorat et qui a monté le projet, revendu au bout d'un an avec un bénéfice de 57 millions d'euros à Icade (une société qui fonctionne à 39% avec de l'argent public!!!)  : bureaux, terrasses végétalisées, Carrefour Markett avec un grand espace bio et un kiosque Lulu dans ma rue, une grande pharmacie déjà prévue à côté**…

On ne nous prend vraiment plus pour des consommateurs !

                                                                                                                                                                                                       François Lurot

(*) Faudra penser aussi aux "gogues", messieurs, un peu luxe, svp, et bien tenus, gratuits si possible. 

(**) Voir aussi https://nonaucarrefouraurectorat.wordpress.com/2017/10/22/et-carrefour-pendant-ce-temps-la/

 

 

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