Après #restezchezvous, #plantezdesarbres ?

La crise du coronavirus nous montre la possibilité d’une action citoyenne collective (co)ordonnée par l’État pour préserver notre santé. Alors que le changement climatique porte des menaces encore plus graves et irréversibles, l’inaction générale interpelle.

« Je serai content quand ça sera terminé » (à droite, le changement climatique) « Je serai content quand ça sera terminé » (à droite, le changement climatique)

La crise du coronavirus pourrait réintroduire la catastrophe – sa réalité, sa possibilité – dans nos esprits et dans la pensée politique. Elle qui nous fait tant défaut pour envisager le changement climatique. Ne serait-ce pas plus confortable d’ailleurs de la remettre au premier plan, de la prendre à bras-le-corps? Plutôt que de trainer ce je-ne-sais-quoi dérangeant, d’éprouver ce sentiment d’incongruité à partir travailler le matin après avoir entendu parler de fin du monde à la radio ou à la télé.

Il y a de quoi se sentir démuni. La cacophonie médiatique autour des problèmes environnementaux peut décourager. La réalité et les origines du changement climatique n’ont pas de contours très nets, ainsi que les possibilités d’agir contre un phénomène qui nous dépasse complètement.

J’ai envie de faire ici un petit état des lieux que j’espère lisible, donner quelques chiffres utiles et nous redonner goût à l’action. De façon subjective, je parlerai surtout de l’impact du numérique et de l’agriculture. Et pour être tendance, j’ai inclus un passage « Do it yourself » (« faites le vous-même ») en fin d’article.

Le changement et sa perception

Ce qu’il y a de terrible et de très dommageable pour nous c’est que, mises à part les journées à 43°C l’été et à 28°C l’hiver, on peine encore à percevoir les effets du changement climatique. Cette imperceptibilité nous empêche d’agir. Le philosophe Dominique Bourg en parle dans le documentaire « 2 degrés avant la fin du monde » [1] :

« Qu’on ait perdu la moitié des mammifères, des oiseaux, des poissons entre 1970 et 2010, je ne peux pas le savoir. Que le rythme d’érosion de la biodiversité s’accélère, je ne peux pas le savoir. Nos sens ne nous disent rien sur les problèmes d’environnement et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles on réagit aussi peu. On a tendance à réagir et à se bouger quand on est confronté à un danger immédiat qu’on perçoit bien avec nos sens. Mais ce n’est pas le cas avec l’environnement. Si je n’étais pas né, ça ne changerait rien. Donc comment puis-je me sentir responsable ? Puisque si je n’avais pas existé, la situation serait la même. C’est aussi ça le piège environnemental. Nous avons produit des difficultés auxquelles l’évolution ne nous a absolument pas préparés à réagir. »

A défaut de nos capacités émotionnelles et sensitives, utilisons donc nos capacités rationnelles. Une organisation qu’on ne peut pas vraiment soupçonner d’écolo-gauchisme, à savoir le gouvernement français, a publié l’année dernière un rapport nommé « État de l’environnement en France » [2]. Ce rapport est produit chaque année depuis 25 ans. La nouveauté de sa dernière version est la prise en compte de l’empreinte environnementale mondiale de la France à travers le concept de « limites planétaires » : changement climatique, érosion de la biodiversité, perturbation des cycles naturels, artificialisation des sols, etc… Des seuils sont associés à ces limites. Les dépasser compromet les conditions favorables à l’existence de l’humanité. En 2019, la France dépassait 6 de ces 9 limites.

Les limites planétaires que la France dépasse Les limites planétaires que la France dépasse

Attardons-nous sur les gaz à effet de serre (GES). Le but de la COP 21 à Paris en 2015 était de parvenir à un accord mondial pour limiter la hausse des températures à 2°C par rapport au début de l’ère industrielle d’ici la fin du siècle. Au-delà de 2°C de réchauffement, les scientifiques du GIEC considèrent que les conséquences seront incontrôlables et laisseront peu d’endroits habitables sur la planète. Ils nous disent que pour demeurer sous les 2°C, le monde a jusqu’à 2030 pour réduire de 50% ses émissions. Les pays pauvres plaidaient pour un objectif à 1,5°C. En 2009 déjà, le Forum Humanitaire Mondiale estimait que le réchauffement climatique tuait dans ces pays 300 000 personnes par an (malnutrition, vagues de chaleur, problèmes de santé, épidémies).

Actuellement, nous sommes sur les bases d’une augmentation de 4°C d’ici la fin du siècle, 6 à 7°C selon certaines études. Pour vous donner une idée, la dernière fois que la température sur Terre a été inférieure de 4°C à la température du monde préindustriel qui nous sert de référence, l’Amérique du Nord et l’Eurasie étaient recouvertes d’une couche de glace de 1 à 2 km d’épaisseur [3]. Pas besoin d’une imagination débordante pour comprendre qu’une augmentation de 4°C pourrait changer 2 ou 3 choses dans nos habitudes… Récemment, des chercheurs du Centre commun de recherche de la Commission européenne ont estimé que, d’ici la fin du siècle, les vagues de chaleur tueront à elles seules 150 000 personnes par an en Europe. J’aurai 70 ans en 2050, j’imagine que je n’attendrai alors pas l’été avec impatience…

Individuellement, où en sommes-nous?

Revenons au rapport sur l’état de l’environnement. Il nous dit qu’un français émet en moyenne 12,8 tonnes de GES (équivalent CO2) par an, dont 7,9 « importées ». Pour coller aux objectifs de l’accord de Paris, la moyenne devrait se situer entre 1,6 et 2,8 tonnes, soit 85% de moins ! Pendant le confinement nos émissions auraient seulement baissé de 62% [4]. « Que 62% » pensez-vous? Ce n’est pas impossible car la question de l’alimentation est prépondérante.

Voilà un visuel produit par l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) qui nous donne une idée de ce que représentent 3 tonnes de CO2, limite (très) haute de ce que chacun de nous pourrait donc émettre chaque année. Nos devoirs sont simples : prendre une majorité de repas végétariens, utiliser les modes de déplacement « doux » et réparer plutôt qu’acheter. A l’inverse, un steak par jour du lundi au vendredi et vous atteignez les 1600 kilogrammes de CO2 par an. Ajoutez un nouveau smartphone et vous atteignez presque 2 tonnes. Ajoutez 10 km de voiture chaque jour et vous atteignez les 3 tonnes. On voit aussi l’énorme impact du chauffage et de la construction, problèmes plus difficiles à résoudre individuellement.

Que représentent 3 tonnes de CO2? Que représentent 3 tonnes de CO2?

Ce qu’il faut parvenir à envisager, c’est le décalage monstre entre la banalité d’un acte d’achat (d’un steak, d’un tee-shirt, d’une bouteille de jus de fruit, …) et son emprunte environnementale (dont les émissions de GES ne sont qu’une partie). Sur le seul critère du low cost et de son corolaire, le profit, le système capitaliste a organisé un système de production ultra complexe, de l’extraction et de la production des matières, en passant par la manufacture, jusqu’à la logistique. L’industrie textile est par exemple cinquième mondiale en émission de GES, seconde en occupation des sols, troisième en consommation d’eau et de matière.

Impact croissant du numérique

Dans un de ses derniers rapports, le think tank « Shift Project » [5] a fait le bilan des émissions de GES générées par le numérique. Celui-ci émet aujourd’hui 4% des GES du monde, soit presque 2 fois plus que le transport aérien civil. Cette part pourrait doubler d’ici 2025. Les GES comptabilisés sont liés à la production et à l’utilisation des objets numériques.

Ce rapport s’attarde sur la vidéo qui représente 80% des usages numériques. Tenez-vous bien, on apprend que 2h de streaming HD équivaudraient à 6 kg de CO2, autant qu’un repas avec du bœuf! 2h de streaming HD chaque jour et vous dépassez les 2 tonnes d’émissions de CO2 par an! La vidéo en ligne (YouTube, YouPorn, VOD, Netflix, Amazon Prime, réseaux sociaux, etc…) a généré plus de 300 millions de tonnes de CO2 en 2018, soit près de 1% des émissions mondiales. Le porno représente plus d’un quart, soit 80 million de tonnes de CO2!

Redisons-le : les GES ne proviennent pas seulement des pets de vaches (je vais y revenir) et des bagnoles. La « dématérialisation », ce mantra de la novlangue managériale, cache la réalité : jamais notre monde n’a été aussi industrialisé. Les échanges de mails d’une entreprise de 100 personnes émettent en une journée l’équivalent d’un Paris – New-York en avion. Les smartphones n’ont pas de pot d’échappement mais la production énergétique mondiale provenant à 80% de sources fossiles, leur production et leur utilisation (ainsi que celles de toutes les installations nécessaires au fonctionnement du monde connecté) sont sources d’émissions. Sans parler des nouveaux comportements consuméristes que le numérique a généré [6]. Nous avons un devoir de sobriété dans nos usages numériques. Questionnons nos habitudes, le sens du temps passé devant nos écrans…

Ah oui, et selon les technocrates de l’urbanisme 2.0 on devrait compter sur la « smart city » (ville intelligente) pour résoudre nos problèmes environnementaux… J’ai envie de dire : LOL.

Agriculture : le nerf de la guerre

Au rayon des grands émetteurs, l’agriculture figure en bonne place (presque 25% des émissions mondiales). L’homme a pourtant produit sa nourriture sans émettre de gaz à effet de serre pendant 10 000 ans. Le solde de l’agriculture était même négatif : elle absorbait du carbone! Le changement n’a même pas un siècle, à peine plus de 50 ans. Je vous explique…

Qu’est-ce que le sol ? Sa phase solide est constituée à 95% de matières minérales issues de la roche-mère, dégradée par le climat et altérée par des processus biochimiques. Il en résulte cailloux, sables, limons et argiles. Les 5% restants sont de la matière organique : du vivant ou de la matière issue du vivant, transformée. Du vivant car oui, toute une chaine alimentaire est en action sous nos pieds! Ça bouffe, ça chie, ça bouffe, ça chie, … Un processus complexe d’assemblages et de transformations aboutit en milieu tempéré à la formation du célèbre humus. Si vous pensez que c’est à base de pois chiches et que ça se tartine, c’est qu’il n’est peut-être pas si célèbre… Bref. Cet humus, c’est de l’or pour l’agriculteur (et donc pour nous consommateurs) car il permet au sol de ne pas s’éroder et c’est un réservoir d’eau et de nutriments pour les cultures.

Donc le sol provient en partie du vivant. Or qu’est-ce que le vivant ? C’est du carbone. Vous, moi, votre chat, tante Hortense, les arbres, les insectes : c’est du carbone. Le carbone qui nous constitue, qui nous charpente, provient des aliments que nous mangeons. Les végétaux ont eux la capacité, par la photosynthèse, de fabriquer leur propre matière organique à partir du carbone présent dans l’air, le ‘C’ de CO2. Ainsi d’où provient toute la matière qui constitue ces majestueux êtres vivants que sont les arbres et qui devraient plus souvent forcer notre admiration ? De l’air ! Cela a été vérifié expérimentalement au XIXème siècle. On a planté un jeune arbre dans un pot dont on a mesuré la masse de terre. 5 ans plus tard l’arbre avait grandi et on a mesuré de nouveau la masse de terre contenue dans le pot : elle n’avait pas bougé. La matière ne pouvait provenir que de l’atmosphère. N’est-ce pas merveilleux ? D’où l’importance des forêts, en particulier des forêts tropicales, dans leur fonction de « puits de carbone ». Rappelons au détour que l’oxygène que nous respirons provient également de la photosynthèse! Donc sans arbres, pas de meubles, pas d’instruments de musique, pas de maisons et pas d’oxygène! Et globalement, sans végétaux, pas de carbone à se mettre sous la dent!

Donc l’humus c’est du vivant transformé, le vivant c’est du carbone, donc l’humus… C’est du carbone! Donc les arbres sont des puits de carbone, mais le sol également! Et comme, on l’a dit, l’humus c’est de l’or pour l’agriculteur, voilà une belle équation vertueuse! Malheureusement, tout ne se passe pas si bien.

Une agriculture dopée aux énergies fossiles

Au lieu d’entretenir sagement l’humus des sols, l’agriculture moderne a injecté massivement du carbone d’origine fossile dans le cycle de production de nos aliments : combustibles pour les tracteurs et intrants chimiques, dont la production est grosse consommatrice de pétrole.

Nous sommes aussi passés de la polyculture à la monoculture. Ce changement de paradigme subventionné par l’Europe et entrepris à marche forcée dans les années 60 nous fait aujourd’hui affronter de gros problèmes sanitaires et de rendements, auxquels la seule réponse est chimique! Les paysages dévastés et intoxiqués ont conduit à la destruction de la biodiversité. Au lieu d’avoir accès à des productions variées et saines autour de chez nous, on est entouré de champs de blé ou de maïs à perte de vue, dont la production est destinée à la spéculation. Attention, les champs sont surplombés d’éoliennes : faut pas déconner, on fait la transition écologique! Enfin, le passage de la polyculture à la monoculture n’a pu être possible qu’à grands renforts de carbone fossile pour alimenter les chaines logistiques démentes (courgettes d’Espagne, fraises du Maroc, …). Au prix de notre autonomie alimentaire.

De la polyculture et des bocages (à gauche, le Perche) à la monoculture et aux « open fields » (à droite, la Beauce) De la polyculture et des bocages (à gauche, le Perche) à la monoculture et aux « open fields » (à droite, la Beauce)

Et notre humus alors? Hé bien le labour et le compactage par des engins toujours plus surdimensionnés le détruisent. Le sol perd sa fonction de puits de carbone et il s’érode. En moyenne, 40 tonnes/ha/an partent à la mer : regardez la couleur des fleuves et des rivières. Or notre alimentation dépend de la couche superficielle du sol, d’environ 20 cm d’épaisseur. Et il faut quelque chose comme un siècle pour fabriquer 1 cm de sol.

En un siècle, les techniques de travail du sol ont légèrement changé En un siècle, les techniques de travail du sol ont légèrement changé

Alors on dit, « oui mais l’agriculture moderne a permis de nourrir le monde à la sortie de la guerre ». C’est faux. Elle a permis de vider les campagnes et d’envoyer les paysans à l’usine. On ne produit pas plus avec la chimie, on produit moins bien avec moins de gens. Les rendements commencent d’ailleurs à baisser et des sols en France sont déjà irrémédiablement bousillés, ce sont juste des substrats sur lesquels on balance des engrais de synthèse et des semences fournis par l’agrochimie. Aujourd’hui l’agriculture durable (agriculture de conservation, permaculture, agroforesterie, …) vise à sauvegarder notre assurance vie (les sols). Mais ces techniques ne sont pas nouvelles, on a juste à une époque décrété les paysans trop cons pour s’occuper de la terre et le monde paysan pas adapté aux objectifs spéculatifs. La vidéo ci-dessous date de 1971.

« Bon sens paysan »? Non, science et humanisme! © Oum Naturel

Pour en terminer avec l’agriculture, après toutes les mauvaises nouvelles que je vous assène dans cette lecture, je vais (un peu) déculpabiliser les mangeurs de viande. Et c’est un végétarien qui parle. Les vaches pètent et polluent, tout le monde le sait. Mais que trouve-t-on dans leurs prouts? Du méthane, CH4. Tiens donc, revoilà le carbone (le ‘C’ de CH4). Autrement dit, si la vache a été élevée selon des principes agroécologiques, ce carbone provient uniquement de l’atmosphère ! Donc pas de problème ! En plus la vache permettra de fertiliser le champ avec ses déjections. Le problème de la vache neutre en carbone c’est qu’on peut n’en élever qu’une là où aujourd’hui l’industrie en élève mille… à grand renfort de carbone fossile donc! Autant dire que vous ne trouverez pas sa viande en supermarché (ni chez le boucher, plutôt chez certains éleveurs en vente directe). Profitons-en pour préciser que le bio n’est pas une garantie écologique. Il y a surement du soja bio cultivé sur des surfaces déforestées en Amazonie pour nourrir des bestiaux en France et produire de la viande bio…

Hé bien, plantez maintenant!

Un prolongement de ces réflexions peut se trouver dans notre jardin ou au coin de notre rue. On sentait déjà que tendre vers une autonomie partielle (potager, etc…) paraissait pas être une mauvaise idée. On sait maintenant qu’en soignant l’humus on peut carrément être acteur de la biodiversité et du captage du carbone. Ça motive, non? Un sol (bien) cultivé a plus d’apports écosystémiques qu’une pelouse tondue.

Plus encore, planter des arbres et des arbustes est à la portée de tout le monde. Planter un arbre nécessite moins d’espace et de temps qu’entretenir un potager. Une fois qu’il est planté, on se plait à le voir évoluer selon les saisons. L’observation devient un plaisir quotidien, une évidence. On redécouvre notre nature encline à la contemplation. Il peut même donner des fruits pour pas un rond. Le rapport à notre paysage environnant se modifie. On retrouve des gestes basiques de relation à la nature : taille, cueillette, … De plus chaque essence d’arbre va héberger dans son environnement différentes espèces d’insectes, va peut-être nourrir des oiseaux. En comprenant les enjeux, il y a aussi la satisfaction de l’action juste. Un proverbe béninois dit « Qui a planté un arbre n’a pas vécu inutilement ».

Comment s’y prendre?

Il faut un arbre ou un arbuste, un arrosoir rempli d’eau, une bêche et du broyat de bois.

  1. On va acheter l’arbre ou l’arbuste dans une pépinière. Ils sont généralement vendus en motte, dans des pots. Mais on peut aussi les trouver en racines nues à l’automne. Contrairement à une idée reçue ou à ce qu’on aurait envie de faire, un arbre se plante à l’automne ou en hiver (hors période de gel), durant son repos végétatif, quand sa sève ne circule pas. Le planter au printemps est encore possible mais ce peut être traumatisant et il va falloir surveiller l’arrosage de très près. Il faut absolument éviter l’été.
  2. Avec la bêche, on décaisse le sol (on fait un trou), sur une longueur, une largeur et une profondeur environ 2 fois supérieures à celles de la motte de l’arbre/arbuste. Cette action va ameublir le sol et faciliter la reprise racinaire.
  3. On pose la motte dans le trou, l’arbre bien vertical, et on rebouche en essayant si possible de conserver l’ordre de profondeur des strates de terre décaissées. Attention : le collet, la zone du tronc longue de quelques centimètres qui sépare la partie aérienne et la partie souterraine, ne doit pas être recouvert. On tasse avec le pied, délicatement, en faisant attention de ne pas abîmer les racines qui doivent être bien en contact avec la terre. On fait aussi en sorte de former une petite cuvette au pied de l’arbre.
  4. On arrose bien, on « plombe » comme disent les professionnels : 10 litres pour un arbuste ou un petit arbre.
  5. Quand l’eau a été absorbée, on « paille » un maximum autour de l’arbre, c’est à dire qu’on recouvre la surface avec ce qu’on a pu trouver de matières organiques : paille, broyat de bois, sciure, … Une épaisseur généreuse est bienvenue, toujours sans recouvrir le collet. Le but est de limiter l’évaporation et d’empêcher l’herbe de repousser : elle pourrait mortellement concurrencer l’arbre, encore fragile, dans l’accès à l’eau.

Environnement et lien social

Même si les arbres et arbustes isolés sont toujours les bienvenus, il apparait plus intéressant en termes de services écosystémiques (biodiversité, pollinisation, régulation thermique, épuration de l’air, …) de former des haies ou des buissons d’essences variées.

Les collectivités ont bien compris l’intérêt de planter. On parle même aujourd’hui de projets de « mini-forêts » dans les villes. Mais pour que les plantations soient entretenues, qu’elles aient l’impact psychologique que je décrivais plus haut, il faut y avoir été impliqué. Cet hiver, au cours d’un chantier collectif encadré par l’association montreuilloise Le Sens de l’Humus [7], nous avons planté 40 arbustes avec mes voisins : une haie d’une quarantaine de mètres de long, des arbustes isolés et un petit buisson sur un coin de pelouse abandonné avec une vingtaine d’essences différentes (framboisiers remontants, noisetiers, amélanchiers, spirées, troènes, cornouillers, fusains, weigélias, etc…). Quelques heures d’ouvrage conviviales conclues par un joyeux gueuleton!

De gauche à droite : notre toute jeune haie en milieu urbain, une haie fruitière (un pêcher domine quelques arbustes à fruits rouges), une haie champêtre épanouie De gauche à droite : notre toute jeune haie en milieu urbain, une haie fruitière (un pêcher domine quelques arbustes à fruits rouges), une haie champêtre épanouie

Pour aller plus loin vous pouvez jeter un œil à « L’appel aux arbres » du paysagiste Eric Lenoir [8], auteur par ailleurs d’un « Petit traité du jardin punk » (éditions Terre Vivante). Ou aller voir les activités du collectif de planteurs bénévoles de la Maison Botanique [9], dans le Perche.

Pour conclure

Le carbone fossile doit rester dans le sous-sol!

Le plus possible : les indicateurs sont au rouge, le réchauffement s’accélère. C’est une question morale, une question de vie ou de mort. Pas forcément de la vôtre à court terme, plutôt pour commencer de celle de l’habitant du Sahel ou du Bangladesh [10]. C’est inégalitaire, et même doublement inégalitaire. Même la sobriété heureuse à laquelle on peut rêver en Occident est un luxe. Des populations qui sont parmi les plus touchées par le changement climatique n’avaient pour ainsi dire rien connu d’autre qu’une forme de sobriété heureuse, jusqu’à l’irruption du capitalisme. Des écosystèmes ont été détruits, des sociétés humaines défaites, la misère substituée à la sobriété, les moyens de la résilience annihilés.

Face au coronavirus, certains estiment l’impréparation et les mensonges du gouvernement [11] criminels. Qu’on se le dise : l’inaction des dirigeants face au changement climatique relève du crime contre l’humanité, contre le vivant dans son entier. Je parlais de l’imperceptibilité du changement climatique comme raison à l’inaction. Oui mais. Les financements des énergies fossiles sont en augmentation constante depuis les accords de Paris [12] et malgré les récents incendies ravageurs, l’Australie poursuit son exploitation du charbon. Encore Dominique Bourg :

« Ça fait une trentaine d’années, disons quatre décennies pratiquement, que nos systèmes politiques ont réduit la fonction de l’État à un facilitateur du commerce international. Comment voulez-vous qu’un facilitateur du commerce international prenne à bras-le-corps ces questions climatiques ? Regardez, en même temps que l’on prétend négocier la COP 21 et le changement climatique à Paris, on fait tout pour accroître les échanges entre les deux rives de l’Atlantique (TAFTA, CETA), alors que c’est totalement contradictoire avec la lutte réelle contre le changement climatique. »

Mais la France, qui lance des grenades sur les militants écologistes à Sivens et accueille les grands patrons à Versailles [13], est écolo. Rien à voir avec l’Australie. La France, qui voit une surface équivalente à un département artificialisée tous les 5 à 6 ans, vise la neutralité carbone en 2050 et déclare l’objectif « zéro artificialisation nette » dans son plan biodiversité 2018. Tout en réduisant les normes environnementales afin de « libérer » la construction [14], en privatisant les forêts publiques [15] et en mettant les citoyens aux prises, ici et là, avec de grands projets inutiles [16].

On a besoin de l’État, pour organiser et anticiper. Aussi grave qu’elle puisse paraitre, la crise du coronavirus ressemble à une péripétie au regard des menaces devant nous. Quand les chocs se produiront, si nous ne sommes pas prêts, l’État ne pourra pas grand-chose, la preuve aujourd’hui. C’est un changement profond qui est nécessaire pour rendre nos territoires résilients face au changement climatique. Ne laissons pas une poignée de gens cupides décider du sort de l’humanité. Bonne surprise, depuis un mois la décision politique est guidée par la connaissance scientifique. On a même vu nos dirigeants s’en enorgueillir! Qu’ils ne s’arrêtent pas en si bon chemin : voilà 40 ans que la science nous alerte sur le changement climatique et l’effondrement du vivant.

Mis à part les citoyens les plus exemplaires, dont je ne fais pas partie, on s’est peut-être tous plus ou moins assoupi. Laissant les politiciens faire la politique, regardant les manifestations à la fenêtre et les zadistes à la télévision. Veillant à notre part du gâteau entre résignation, déni, paresse et vague espoir que « ça » aille mieux. Selon certains modèles, le point de non-retour climatique serait déjà atteint. Ce n’est pas une raison pour ne pas nous améliorer. Albert Einstein a dit « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».

[1] https://youtu.be/Hs-M1vgI_4A?t=2660
[2] https://ree.developpement-durable.gouv.fr/rapports/article/edition-2019
[3] http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/le-rechauffement-observe-a-l-echelle-du-globe-et-en-france
[4] https://www.nouvelobs.com/confinement/20200331.OBS26857/le-confinement-a-fait-degringoler-les-emissions-de-carbone-des-francais.html
[5] https://theshiftproject.org/article/climat-insoutenable-usage-video
[6] https://jhamard.wordpress.com/2020/03/20/wall-e-agronomie-coronavirus
[7] https://senshumus.org
[8] http://www.ericlenoirpaysagiste.com/appel-aux-arbres.html
[9] http://maisonbotanique.com/actualites/162-le-collectif-de-planteurs-benevoles
[10] https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-sous-estimee-montee-eaux-va-menacer-300-millions-personnes-ici-2050-59817
[11] https://www.mediapart.fr/journal/france/020420/masques-les-preuves-d-un-mensonge-d-etat
[12] https://www.amisdelaterre.org/le-financement-des-banques-aux-energies-fossiles-en-constante-augmentation-depuis-la-cop21
[13] https://www.latribune.fr/economie/france/a-versailles-macron-deroule-le-tapis-aux-patrons-etrangers-837535.html
[14] https://reporterre.net/Emmanuel-Macron-veut-abaisser-les-normes-environnementales-sur-la-construction
[15] https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/reforme-de-l-onf-la-foret-publique-en-danger-1582887097
[16] https://reporterre.net/La-carte-des-luttes-contre-les-grands-projets-inutiles

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