«J’aime tout, sauf qu'on se moque du public!»

C'est tout petit qu'il est tombé là-dedans... «Ma passion du cinéma est née grâce à mes parents! Je passais mes récréations du lundi à raconter ce que j'avais vu sur les écrans le dimanche.» Son premier émerveillement? Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein. De ce vieux film soviétique et muet de 1925, il en reste une image forte, celle d'un massacre sur un escalier monumental. Évocation esthétique et influence majeure du cinéma, cette séquence fait écho à la mutinerie sanglante de 1905 dans le port d'Odessa. «C'est encore aujourd'hui l'un de mes films fétiches. Il y a une idée par plan!» Alors aujourd'hui, le cinéma est devenu son métier.

C'est tout petit qu'il est tombé là-dedans... «Ma passion du cinéma est née grâce à mes parents! Je passais mes récréations du lundi à raconter ce que j'avais vu sur les écrans le dimanche.» Son premier émerveillement? Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein. De ce vieux film soviétique et muet de 1925, il en reste une image forte, celle d'un massacre sur un escalier monumental. Évocation esthétique et influence majeure du cinéma, cette séquence fait écho à la mutinerie sanglante de 1905 dans le port d'Odessa. «C'est encore aujourd'hui l'un de mes films fétiches. Il y a une idée par plan!» Alors aujourd'hui, le cinéma est devenu son métier.

A l'image d'un bon film, Eric Miot est un homme captivant...mais surtout décontracté, qui tutoie très rapidement son

interlocuteur. Fils de marin et dunkerquois de naissance, ce quadragénaire aux yeux bleus perçants et aux cheveux poivre et sel, n'a pourtant rien d'un corsaire. Grand et mince, à l'aise dans une veste de costume noire, il est un hôte chaleureux. Niché dans un petit bureau de l'Office Culturel sur la Grand'Place d'Arras, il a décoré les murs beiges d'une affiche du «Tigre du Bengale» de Fritz Lang.

Baignant dans le septième art - à l'heure de choisir ce que sera sa vie - il pense naturellement à la réalisation, ou au journalisme. Etudiant, il intervient dans une émission de radio pour évoquer Kubrick, son «maître à l'époque!». Simple invité, il devient animateur d'une émission de ciné. Mais faute d' « opportunités professionnelles », il embrasse une carrière de juriste. «Le ciné est alors devenu mon évasion!». Bénévole dans la ville de Jean Bart, au Studio 43, il y découvre «le bonheur de transmettre sa passion aux autres». Cette passion, il la cultivera auprès des arrageois, via «Plan Séquence», une asso de cinéphiles. Lancée en 1990, il en est le seul survivant. Dédiée aux rétrospectives et au jeune public, elle s'est faite connaître pour sa «leçon de cinéma». Mais également pour son partenariat avec le Majestic de Lille. « Devenue un lieu fort de la ville », la salle n°6 du petit cinéma de la rue de Béthune est une véritable invitation au voyage. Tout en conservant l'esprit des débuts, Plan Séquence s'est finalement professionnalisée en 2007. «J'avais deux métiers, c'était plus possible!»

Nommé directeur artistique, Eric Miot se consacre alors pleinement à sa passion. Mais surtout au «Festival international du cinéma». Temps fort de la vie arrageoise, cette dixième édition a accueilli environ 25 000 spectateurs, début novembre. «Le festival se veut être une vitrine de ce qui se passe dans la région. Avec 35 avant-premières cette année, les distributeurs ont compris qu'Arras était l'endroit où il fallait être!» Afin de préparer ce «Cannes du Nord», les trois salariés de Plan Séquence touchent à tout, sillonnant les festivals, à la recherche des films qu'ils diffuseront. «La décision est collégiale, je ne suis pas un dictateur! » soutient-il. Militant dans son genre, c'est sa « programmation qui est politique. » Clairement orienté vers le cinéma européen, cette édition n'a pas oublié l'Histoire. «Nos films sur Berlin, c'était une sorte d'antidote! Nous, on raconte l'histoire du mur au-travers d'histoires humaines.»

 

L'humain, voilà décidément quelque chose qui le titille... Encore enfant, il a été émerveillé par La règle du jeu de Jean Renoir, dans lequel il y a «découvert la complexité de l'être humain. Rien n'est tout noir ou tout blanc, je suis persuadé que tout est gris! J'aime ces personnages complexes!» D'ailleurs, cette curiosité le pousse à étudier les «victimes. J'adore ceux qui sont morts et qui n'ont pas pu se défendre, c'est passionnant!». Son héros du moment, Georges Custer, sorte de Buffalo Bill de la Guerre de Sécession. Et cet arrageois d'adoption n'oublie pas de citer Robespierre.

Mais sa vie n'est pas faite que de cinéma. A force de voir des films - 5 par jour en période de festival - il a «peut-être moins d'émotions, ou alors elle est différente. Aujourd'hui je suis arrivée à une telle saturation, que le soir, je ne peux plus lire Les Cahiers du cinéma.» Alors son évasion, il la trouve dans l'Histoire. Et beaucoup dans les voyages. Alpiniste, il a escaladé l'Himalaya et le Mont Ararat. Baroudeur, il est fin connaisseur de l'Inde. A ce titre, il n'aime d'ailleurs pas Slumdog millionnaire de Danny Boyle. «C'est un film injuste, il n'y a que des clichés, qui n'ont rien à voir avec l'Inde!»

Et parce qu'avec lui, le cinéma n'est jamais bien loin, il décline à l'envi ses réalisateurs préférés: Hitchcock, Billy Wilder ou encore Tarantino... Côté femme, Sofia Coppola ou Jane Campion. Sa plus grande rencontre? «Sydney Lumet en 2005, je suis tombé à genoux!» Et d'assener finalement, «j'aime tout, sauf qu'on se moque du public!»

 

 

 

En bonus, la scène des escaliers du Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein.

 

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