Le Wwoofing ou l’esclavage volontaire…

Deux jours de labeur... Une vraie besogne. Si le bain de nature est au rendez-vous, les courbatures et les piqûres d'orties également. Le wwoofing [World wide opportunities on organic farms] est un échange de bons procédés entre fermiers bio et voyageurs.

Deux jours de labeur... Une vraie besogne. Si le bain de nature est au rendez-vous, les courbatures et les piqûres d'orties également. Le wwoofing [World wide opportunities on organic farms] est un échange de bons procédés entre fermiers bio et voyageurs.

Contre quelques heures de travaux agricoles, les routards se voient offrir le gîte et le couvert. Nouveau mode de déplacement alternatif et écolo, la France compte environ 400 hôtes et 4000 membres inscrits au réseau national. Avec ses trois exploitations, la région Nord-Pas-de-Calais n'échappe pas à la tendance.


C'est à la «ferme du pommier», en pays de Pévèle, que l'aventure s'est transformée en galère. Plus précisément à Ennevelin, un coin paumé de la campagne lilloise. Kévin - trentenaire barbu et engagé - y défend une agriculture à «taille humaine et respectueuse de l'environnement». Une vocation venu sur le tard, puisqu'il n'exploite ses 2,5 hectares que depuis 1 an et demi. Véritable «pied-de-nez», son champ est voisin d'une exploitation d'OGM fauchée en 2001 par les «11 d'Avelin». Séduit par le concept, il a reçu une dizaine de voyageurs du monde entier depuis mai 2009, «toute aide étant la bienvenue !». «Comprendre de la main-d'œuvre gratuite» souligne Vincent, jeune stagiaire agricole, lui-même adepte du wwoof. Des petites mains de bonne volonté, nécessaires au bichonnage de la quarantaine de légumes bio, garnissant - au fil des saisons - les paniers hebdomadaires des clients de l'AMAP [Association pour le maintien d'une agriculture paysanne].


Alors après une visite au pas de course du champ et de ses trois serres bâchées de blanc, c'est l'heure d'enfiler les gants et de donner un coup de main... Fichue curiosité ! Des heures à genoux, à bêcher et à râler en déterrant des lignes d'échalotes... «Fais un peu attention à ce que tu fais !» A chaque passage du chef, une remarque cinglante. Vincent tente désespérément de vanter les mérites du wwoofing : «en plus de voyager pas cher, tu découvres d'autres cultures, d'autres personnes». Sans grand résultat. Heureusement arrive la pause repas. Pas d'eau courante, des toilettes sèches... C'est spartiate et frugal. Puis sitôt achevés les rangs d'oignons, au tour des mauvaises herbes. A nouveau à quatre pattes. Il fait froid, il fait presque nuit. Une envie de tout planter là pour fuir. Mais à défaut d'échappatoire, les garçons engagent un débat politique. L'occasion de se moquer gentiment de Jules, l'un des trois stagiaires, qui a voté Francis Lalanne aux dernières élections européennes.


Le lendemain, c'est en traînant les bottes que l'on retrouve la ferme... Le jean n'ayant pas survécu la veille aux rangs d'oignons, c'est avec soulagement - et acharnement - qu'on leurs coupe les racines, assis... Sous la serre ensoleillée, le même geste est répété mécaniquement, afin de remplir les paniers bio. Le wwoofing ou l'asservissement tendance ?! Du côté de Kévin, il n'y a vraiment pas lieu de parler «d'exploitation, parce que je ne force personne à travailler. C'est un échange, les gens sont libres!» Bien que non encore institutionnalisé, le wwoofing est encadré. Une charte prévoit même de ne pas travailler plus de 5h par jour, six fois dans la semaine. En cas d'abus, un signalement peut conduire à l'exclusion du réseau wwoof. Le deal avec Kévin? Travaillant un jour sur deux, le wwoofer est logé chez lui, à Hellemmes, et nourri. De produits bio exclusivement.


«Chaque expérience est différente selon le type d'exploitation, les personnes ou même ce que tu viens y chercher !» rappelle Vincent. Effectivement, faute de main verte ou d'affinités avec l'agriculture, la pratique peut se révéler pénible... Quoique pleine d'apprentissages et de rencontres. Au-delà de son air bourru, Kévin est un gars passionné, qui ne s'est pas laissé décourager par deux mauvaises expériences de wwoofing. «Accueillir des gens d'horizons différents, partageant cette passion de la nature, c'est vraiment enrichissant et motivant !» Mais également d'avoir une présence à ces côtés. «Il y a quelque chose de difficile dans l'agriculture, c'est la solitude ! Alors si je peux susciter des vocations dans le maraîchage bio...». L'intention est louable mais c'est raté pour cette fois-ci...

 

  • Pour plus d’infos : www.wwoof.fr
  • Une cotisation de 15€ est nécessaire pour accéder aux contacts des hôtes.

Et voici l'extrait d'un film sur le wwoofing réalisé par un couple de wwoofer américains:

 

 

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