La hache

Sur l'écran je regarde défiler le fil d'actualité avec encore plus d'incrédulité qu'il y a quelques jours. Je n'en reviens toujours pas de ne pas y voir un sursaut de conscience universelle ou au moins un tout petit indice de commencement d'autre chose. Mais les mêmes m'y parlent de la même chose : de l'extrême détermination, de l'extrême fermeté et maintenant aussi, ô nouveauté, d'une « guerre totale ». Des choses comme ça doivent être certainement très excitantes à prononcer devant les caméras. On sent les pectoraux se gonfler, l'adrénaline mousser aux lèvres, la main d'elle-même cherche son hache de guerre ou au moins un os de fémur. Bref, le sursaut de conscience universelle, ce n'est pas pour tout de suite. Enfin il y a bien un sursaut, mais c'est un sursaut sur place, voire un saut en arrière. Comme pour réaffirmer l'attachement à ce qui est le plus archaïque. Alors que pendant ce temps il y a par ici des millions d'humains qui font et qui veulent faire des pas en avant. Tous ceux qui travaillent précisément dans le sens opposé à la guerre : celui de la compréhension du monde, de l'histoire, de la culture. Ils savent depuis longtemps (et le disent) que le seul avenir digne de ce nom passe par des choses fines et presque invisibles qui relient tout un chacun aux autres, et qui sont des liens de confiance mutuelle, de respect et de reconnaissance. Mais ceux-là, on ne les écoute pas trop. On se contente de valider les bonnes valeurs, puis on passe aux choses sérieuses. La hache. Mais je me demande : combien de concerts pourrait-on faire pour le prix d'une bombe larguée tout à l'heure ? Combien de maisons de jeunesse avec le budget d'une petite intervention militaire ? Combien de fric faudrait-il vraiment pour un système d'éducation qui marche ? Combien coûterait une société plus juste ? Voilà voilà, ainsi je me perds dans des considérations pour ne pas dire socialistes, que j'ai presque envie d'appeler le président pour le prévenir qu'il y a eu un malentendu dans son cabinet !

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