Le pari de penser le monde à partir d'ailleurs

Je suis sûr qu'au fond nous le savons tous, y compris nos politiciens : historiquement, la seule véritable solution à la catastrophe de la Méditerranée réside en l'assouplissement puis en l'ouverture des frontières européennes, couplée à une redéfinition complète des rapports Nord/Sud à travers une politique mondiale de création et de redistribution des richesses. Il n'y aura simplement pas d'autre issue.

Je suis sûr qu'au fond nous le savons tous, y compris nos politiciens : historiquement, la seule véritable solution à la catastrophe de la Méditerranée réside en l'assouplissement puis en l'ouverture des frontières européennes, couplée à une redéfinition complète des rapports Nord/Sud à travers une politique mondiale de création et de redistribution des richesses. Il n'y aura simplement pas d'autre issue.

C'est là que réside également la seule véritable solution à la crise économique, à laquelle personne ne trouvera une réponse simplement locale. Le local et le global étant inextricablement liés, nullement en opposition, c'est encore et toujours la vision mesquine de petits nationalismes qui cherche à cliver ces problèmes jumeaux pour les transformer en gagne-pain. Cela lui profite en retour, dirait-on, à voir son rictus s'afficher sans retenue face aux réalités les plus sordides.

Or, misère : aussitôt qu'on dit cela, toute une cohorte de petits malins avec leur question piège préférée : "Ah ouais, (...), et tu voudrais faire comment ? " Cette question banale qui se voudrait tellement "futée" est aujourd'hui devenue, en pratique, une réponse à tout. La raison en est à peine voilée : il serait préférable d'accepter un mal connu, même terrible, plutôt que de se risquer à penser l'inconnu. Il serait préférable d'accepter et de cultiver le flic en chacun plutôt que de se risquer à un pas dans le grand inconnu, qui n'est pas au fond autre chose que la reconnaissance de l'autre comme son égal.

Il se pourrait que le plus grand frein dans la transformation du monde ne soit pas du tout l'absence d'un récit absolument cohérent, le défaut d'un programme miraculeux qui nous mènerait tout droit au paradis. Le grand obstacle, ce serait bien plus cette exigence même, irréelle, d'un tel programme. L'exigence ridicule mais tragique qui ne peut déboucher que sur une molle déception, en tuant dans l'œuf toute idée et toute possibilité de penser. Or, pour penser le possible, tout comme pour penser l'utopie, ce ne sont pas les idées toutes faites ou sorties des tiroirs qu'il nous faut. Ce sont des amorces, des idées inachevées et incomplètes qu'il faut accepter et nourrir, pour peu qu'elles fassent le pari de penser le monde à partir de son devenir souhaitable commun.

La Méditerranée, vue d'ici.

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