Pourquoi ça ne va pas péter !

Il ne faut pas avoir fait de grandes études pour comprendre que le système économique dans lequel notre propre économie fonctionne est condamné à l'échec.... pour les pauvres.

Pour les riches il en va différemment puisqu'ils sont les grands gagnants et à tous les coups d'une guerre qu'ils ont eux-mêmes déclarée au reste de l'humanité. "Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme" disait Lavoisier, ce scientifique dont n'avait pas besoin la révolution, et pour cause, la révolution de 1789 n'a jamais été faite par les pauvres et surtout pas au profit des pauvres.

L'indifférence  à l'égard de la politique, la vraie, pas celle des bistrots, dont fait preuve la classe populaire en général ne peut que conduire au succès des riches qui consacrent chaque minute de leur temps à faire de la politique. Au travers de clubs de réflexion, de "think tank", de partis politiques, de syndicats, d'associations, d'émissions de télé, la classe dirigeante formate chaque jour les esprits. Il suffit d'entendre (pas d'écouter, il ne faut pas non plus exagérer) un Jean Marc Sylvestre ou un François Lenglet ("« En économie, je suis un imposteur et même un amateur, je n’ai pas la moindre formation. Si ma chronique sur RTL bénéficie de trois minutes, mon édito dans le journal de 20 heures sur France 2 ne doit pas dépasser les cinquante secondes, un véritable exercice de style, il faut être le plus simple possible.") Pour se convaincre que non seulement l'économie n'est pas une science exacte mais n'est pas même une science. L'économie, c'est, dans un système libéral, et nous sommes dans un système libéral, la loi du plus fort étendue au monde entier. La finance n'est qu'un des avatars derrière lesquels se cachent les puissances de l'argent : industriels, banquiers, politiciens etc...

Le système ne fonctionne que parce que les prolétaires (ceux dont les revenus dépendent uniquement de leur travail) acceptent que les fruits de leur travail soient récoltés par la classe dirigeante qui ne leur laisse  que la portion congrue. Le système concentrationnaire (nazi, communiste, khmer, etc...) a permis de connaître quelles étaient les limites acceptables par un être humain, et ce fut une révélation pour ceux dont le métier est d'exploiter les masses. Ces limites sont quasiment illimitées ! Ce  qu'on pourrait résumer par "tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir". Forts de cette découverte rendue possible grâce à des dictatures implacables, et à la complicité active des grands groupes industriels (Ford, Général Motors, IBM etc..., les idéologues du libéralisme sont à la manœuvre chaque jour pour imposer cette  loi du plus fort à des gens qui, faute de culture, de réflexion, d'informations objectives, se résignent à leur condition. Je partage totalement cette analyse de Warren Buffet, milliardaire : " la lutte de classes existe et nous sommes en train de la gagner".

Quant à dire « « ça va péter »,  cela me fait plutôt rigoler, et surtout si c’était vrai cela se saurait. Toutes les révolutions finissent par la victoire des plus forts- pas des plus nombreux- et les plus forts sont ceux « qui savent », ceux à qui l’on a appris les règles du jeu, depuis l’enfance, ou ceux qui ont compris que les bons sentiments sont l’ennemi qu’il faut vaincre si l’on veut « s’en sortir ». Voilà pourquoi on a inventé le téléthon, la loterie nationale –les gueules cassées- les restos du cœur, l’armée du salut, bref toutes ces institutions qui rendent supportables le chômage, la misère.

Regardez  Drucker un dimanche après-midi (si vous pouvez le supporter), il est sympathique, décontracté, gentil… Il vous réconcilie pour un moment avec l’espèce humaine, il vous aide à supporter votre chef de bureau, ou de rayon, qui, toute la semaine parce que lui aussi subit la pression de son chef, qui subit la pression de son chef, qui subit la pression de son chef, jusqu’au sommet de la pyramide, vous harcèle parce que vous n’allez pas assez vite, parce que vous n’êtes pas assez aimable avec  la clientèle, parce que vous êtes arrivé en retard à cause du RER, bref qui vous prouve chaque jour que vous êtes un minable, que vous avez bien de la chance de bosser dans cette si belle  entreprise qui fait tant pour ses employés.

Non, ne regardez pas Drucker, commencez la désintoxication. Au lieu de Drucker et consorts, prenez un bon bouquin, un de ceux qui vous expliquent comment fonctionne vraiment le monde, allez à la rencontre de ceux qui, comme vous, en ont assez de cette société pourrie ;  c’est gagnant, gagnant, et si vous ne pouvez faire la révolution parce que vous serez trop seul, vous pourrez vous en sortir parce que vous aurez enfin compris "comment ça marche."

Vous doutez que cette recette fonctionne ? Perdu, je l’ai expérimentée, et ma foi je ne le regrette pas.

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