Cahuzac, innocent ou coupable?

Monsieur Cahuzac reviendrait sur ses déclarations concernant un supposé compte en banque en Suisse qu’il a toujours nié et qui fut durant de longs mois l’objet d’une polémique à l’endroit de Mediapart dans laquelle des « journalistes » non seulement sceptiques mais encore parfois violemment agressifs se distinguèrent. Monsieur Cahuzac jura pourtant devant l’Assemblée nationale de sa parfaite innocence, de son honorabilité. Dernièrement encore M Edwy Plenel, journaliste connu pour sa pugnacité et son sens de la justice était la cible de ses confrères

Monsieur Cahuzac reviendrait sur ses déclarations concernant un supposé compte en banque en Suisse qu’il a toujours nié et qui fut durant de longs mois l’objet d’une polémique à l’endroit de Mediapart dans laquelle des « journalistes » non seulement sceptiques mais encore parfois violemment agressifs se distinguèrent. Monsieur Cahuzac jura pourtant devant l’Assemblée nationale de sa parfaite innocence, de son honorabilité. Dernièrement encore M Edwy Plenel, journaliste connu pour sa pugnacité et son sens de la justice était la cible de ses confrères qui allaient jusqu’à considérer que l’attitude de Mediapart était assimilable à cette presse de caniveau qui poussa un ministre, Roger Salengro, à se suicider. M Cahuzac n’était pas la cible de la presse pour les mêmes motifs que  Roger Salengro, M Cahuzac est seulement accusé de mentir. M Cahuzac est accusé de mentir sur quelque chose de précis : détenir un compte en banque en Suisse, comme s’il n’y avait pas suffisamment de banques en France pour déposer son argent, son bel argent. Quel est l’intérêt de déposer de l’argent en Suisse sinon bénéficier du secret bancaire, le fameux secret bancaire Suisse qui a fait la fortune de ce petit pays neutre,  longtemps considéré comme le  coffre-fort de l’Europe. Une Suisse au-dessus de tout soupçon comme aime à la décrire l’un de ses élus M Jean Ziegler. Une Suisse qui s’est fort bien accommodée de deux guerres qui ont ensanglanté le monde durant le XXème siècle, et pour cause, ces guerres firent sa fortune. On ignore ce qu’est devenu le trésor des nazis, d’aucuns prétendent qu’il n’a pas été perdu pour tout le monde et que la Suisse et le Vatican y trouvèrent leur compte, simples spéculations ? Les banques suisses se sont fait une spécialité du blanchiment d’argent, sinon sale du moins dont la provenance serait douteuse. Est-ce la raison pour laquelle M Cahuzac a préféré y placer ses économies plutôt que dans une banque installée en France, c’eût tout de même été  plus simple, non ? L’évasion fiscale représente grosso modo le montant de la dette publique de notre pays, cette dette que le ministre Cahuzac voulait à toute force faire payer aux Français par le  biais de l’impôt ou des charges sociales.

 « Ce qu'il y a de plus humiliant, de plus révoltant et de plus désespérant, écrivait John Lemoine, ce n'est pas de voir écraser impassiblement les malheureux, anéantir les corps et les âmes, l'esprit et la matière, les blés, les arbres, le fruit du travail des peuples, le corps des enfants, le cœur des mères, toutes les lois, toutes les libertés, tout ce qui vivait et ne demandait qu'à vivre, non, mais c'est de voir l'abjection morale, le déshonorant besoin de servitude qui pousse le troupeau humain à adorer les forfaits dont il est victime, à diviniser les mains qui le frappent et à baiser les pieds qui l'écrasent. »

Mediapart s’est donné la mission de combattre ce besoin de servitude, nous incite à ouvrir les yeux, à ne pas croire sur parole ceux qui nous bercent justement, de belles paroles. J’ignore si M Cahuzac est innocent des accusations portées par Mediapart mais c’est tout à l’honneur de Mediapart de forcer la vérité à sortir des mensonges dont on nous accable. Mais c’est aussi aux lecteurs de Mediapart de soutenir leur journal quand il est le seul à s’en prendre à un ministre qui peut être un menteur, car on ne peut pas s’accommoder du mensonge surtout au plus haut niveau de l’Etat. Depuis trop longtemps ceux qui sont élus pour nous représenter (comme si nous n’étions pas suffisamment intelligents pour décider nous-mêmes de notre destinée, mais ceci est un autre débat) considèrent que leur mandat est devenu un blanc-seing qui leur autorise tous les excès de pouvoir. Ainsi M Hollande qui, élu sur un programme de gauche se fait le chantre de la droite affairiste, l’homme qui devait s’en prendre à la finance, cause principale de nos  maux, recule constamment sur ses positions et vise une nouvelle fois ceux qui sont incapables de se défendre : les salariés, les travailleurs, mais surtout les pauvres, les humbles, ceux qui essaient de s’en sortir par leur travail, leur seule richesse.

M Cahuzac avait été chargé de cette mission peu glorieuse d’équilibrer le budget de la France en s’en prenant une fois de plus aux pauvres, aux classes moyennes, mais en évitant soigneusement les riches, ces gens qu’il ne faut pas froisser sous peine de les voir s’expatrier, et qui ne s’en privent pas cependant. Or voilà que ce monsieur qui devait laver plus blanc que blanc, comme disait notre regretté Coluche,  se trouve placé sous les feux de la rampe dans le rôle de l’arroseur arrosé. Pitoyable ? Sans doute, mais il faut désormais que la lumière soit faite sur cette affaire, et si M Cahuzac a fauté, il doit payer. S’il est innocent, et c’est le rôle des magistrats de l’établir  au vu des éléments de l’enquête il doit être rétabli dans ses droits.

Je ne hurlerai pas avec les loups, mais ayant lu les articles de Mediapart sur cette affaire je me suis peu à peu forgé une opinion, mais ce n’est qu’une opinion. Il faut faire la lumière, toute la lumière, en finir avec les hypothèses des uns et des autres, c’est un service à rendre à notre classe politique de lui envoyer un signal fort, de lui faire comprendre qu’elle n’est pas au-dessus des lois, que le juges ne sont pas seulement chargés de sanctionner le citoyen de base. Et il faut encourager Mediapart et la presse d’investigation, si elle existe encore, à remplir ce rôle de quatrième pouvoir, car sinon ce sera la presse de caniveau qui prendra le pouvoir (c’est déjà bien engagé) et alors ce sera la porte ouverte à tous les excès. Les « politiques » sont devenus des « pipoles » il faut qu’ils retrouvent leur place et qu’ils y restent. Qu’un Gaino se permette de commenter une décision de justice et soit reçu dans tous les media est un véritable scandale, il faut qu’il soit sanctionné et sévèrement car il n’est pas un simple citoyen mais un élu. Il en va de l’avenir de notre démocratie, tout simplement !

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