les tracteurs vont entrer dans Paris

Demain, si tout se passe conformément aux plans des agriculteurs qui se proposent d'envahir (pacifiquement) la capitale, Xavier Beulin le général en chef de la FNSEA qui a pour principe de négocier en menaçant le gouvernement va tenter de soutirer 3 milliards censés soulager les difficultés des éleveurs en difficulté. Bon, bien .... Sauf que ledit Beulin qui n'a rien d'un agriculteur (j'ai déjà eu l'occasion de le préciser dans mes billets, et le Canard enchainé le confirme dans un portrait du lascar, page 7), je dirais même que ce triste sire est le premier ennemi des agriculteurs qui crèvent des politiques menées depuis des lustres par les gouvernements successifs de la France et surtout celle de l'Europe qui rêve de faire jeu égal avec les Etats-Unis sur le marché mondial. C'est ainsi que, en loucedé, Beulin promeut la ferme des mille vaches (contre les intérêts des petits éleveurs) l'extension des porcheries qui fera de la Bretagne un gigantesque cloaque puant entouré de marées vertes ! La FNSEA désormais aux mains des industriels de l'agro-alimentaire peut afficher clairement la couleur au lieu de faire croire à ces  paysans naïfs qu'il existe encore un avenir pour les petits éleveurs. Lorsqu'ils reviendront de Paris, avec la gueule de bois ils retrouveront leurs problèmes où ils les ont laissés, sauf que les problèmes seront un peu moins solubles ... Certes Beulin réussira à piquer du pognon à ce gouvernement de pleutres, bobos parisiens plutôt habitués aux discrètes discussions de salon dorés, ignorant tout  du monde agricole, mais effrayés par ces gaillards qui n'hésitent pas à faire le coup de poing. La complicité des gouvernants avec les dirigeants du lobby agricole n'est plus à prouver, les médias aux ordres sauront analyser avec componction la situation, expliquant que si l'on veut être présents sur les marchés internationaux il faut changer notre modèle agricole. Tout cela va se faire dans les prochains jours, et ceux qui seront "montés à Paris" sur leurs tracteurs s'apercevront une fois de plus qu'ils ont été floués. Mais peut-on leur en vouloir, ils sont pieds et poings liés, à la merci du Crédit agricole, des chambres d'agriculture et de leurs techniciens, des transformateurs (Cooperl, Bigard...), des centrales d'achat des hyper-marchés, étranglés par les crédits, poussés par un système qui les broie, qui les contraint au suicide plutôt que de déposer le bilan. Je les connais ces paysans, je connais leur désespoir, leur mort silencieuse dans l'indifférence de consommateurs ignorant des processus de fabrication de la nourriture qu'ils ont dans l'assiette. Non le lait ne sort pas d'une grande cuve pour remplir les briques, non le steack n'est pas fabriqué dans une usine. Derrière toutes ces marques que  les publicitaires savent rendre sympathiques il y a des gens, des familles, des animaux, le temps qu'il fait; l'agriculture c'est du vivant, la viande n'est pas un "minerai" (oh le sale mot) et nous, nous qui regardons tout cela d'un air navré, nous sommes constitués de ce vivant. Il serait temps enfin de nous préoccuper de ce vivant et ne pas laisser ce soin à des financiers dont le seul objectif consiste à gagner encore plus d'argent. Notre devoir minimum est de nous intéresser à ces paysans qui font encore bien leur métier, demain il sera trop tard, ils seront morts !

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