L’affaire Cahuzac sera-t-elle le prélude à une opération « manu polite » ?

Ce midi François Hollande est venu nous dire qu’il était décidé à en finir avec les malversations de tous ordres dont pourraient se rendre coupables des ministres ou des parlementaires. Tout cela est bel et bon.  M Hollande veut redonner à la Justice la plus totale indépendance, cela voudrait-il dire que ce n’était pas le cas jusqu’alors ? Comment se fait-il qu’un procureur bloque des enquêtes sur ordre ? Sur ordre de qui ?  Du Garde des Sceaux !

Le Garde des Sceaux est garant de la Justice, ou plutôt devrait en être le garant, car nous avons la très nette impression que cette mission est occultée au nom de la « raison d’état » qui n’est plus que la raison politique du parti au pouvoir. C’est intolérable ! Si le citoyen de base ne peut plus avoir confiance en la justice de son pays parce que le contrat qui le lie aux institutions de l’Etat est rompu c’est la porte ouverte à tous les excès. Le citoyen, par le paiement de l’impôt, accepte que l’Etat se substitue à lui pour assurer le bon fonctionnement des institutions. Or il appert, dans ce cas bien précis, que nombre de citoyens profitent  de leurs fonctions pour s’affranchir de l’impôt dont ils sont redevables. La somme qui échappe ainsi à l’Etat est colossale, rien que pour M Cahuzac il ne s’agirait plus déjà de 600 000€ mais d’une somme qui avoisinerait les 16 millions (France inter,  infos de 13 heures). Nous savions déjà que Mme Bettencourt avait triché avec le fisc (108 millions € en 2011). Le fisc verrait ainsi s’échapper entre 50 et 70 milliards d’euros chaque année. Ces sommes, non seulement manquent au budget pour remplir ses obligations mais finissent dans des banques étrangères (paradis fiscaux) où elles s’évaporent définitivement du circuit économique de la France.

On en a fusillés pour moins que ça !

Trop longtemps  la fraude fiscale, qui est un crime aux USA, n’a été qu’un sport national en France ou quasiment tout le monde triche plus ou moins dans la mesure de ses moyens. Où se situe la barre à ne pas franchir ? Au premier centime, tout simplement. Nous bénéficions d’un système déclaratif par lequel l’Etat est supposé faire confiance au contribuable, lequel contribuable peut être contrôlé et éventuellement « redressé ». Nous avons tous eu l’exemple parmi des proches ou par ouï dire de contrôles extrêmement sévères qui se sont soldés par des redressements importants et  souvent sans commune mesure avec la tricherie. La roulette russe en quelque sorte. Il est facile de comprendre que les plus riches peuvent tricher plus facilement que les plus pauvres,  les sommes en jeu étant tellement importantes il devient « rentable » de s’adjoindre les services d’un conseiller fiscal qui saura trouver dans le maquis de la réglementation les bonnes recettes permettant d’échapper à tout ou partie de l’impôt. Ne recevez-vous pas chaque jour dans votre boite à lettres des publicités pour  des  défiscalisations ?

Souvenons-nous :

- La rente Pinay (fut président du Conseil): taux de rémunération de 3,5 %, renégocié à 4,5 % en 1973  était indexée sur le napoléon. En juin 1988, les derniers titres étaient remboursés : 1 474 francs l’unité alors qu’ils avaient été payés  36 francs lors de l’émission de l’emprunt. Qui fut le grand perdant ? L’Etat !

- L’emprunt Giscard (ancien Président de la République) : Il a été lancé avec un taux de 7 %. Indexé sur le lingot d’or, il a permis à l’Etat de récolter 6,5 milliards de francs. Il a coûté 76,7 milliards. Qui fut le grand perdant ? L’Etat !

- L’emprunt Balladur (qui faillit devenir Président de la République) a été lancé à un taux de 6 %. Plus de 110 milliards de francs furent souscrits alors que le gouvernement attendait 40 milliards. Il aurait coûté 180 milliards. Grand perdant, l’Etat !

Et s’il fallait chercher les raisons de la crise ailleurs que dans les discours des politiques ?

Nos députés qui bénéficient déjà d’un système de retraites très favorable, par exemple :

En  2012, la commission des finances de l'Assemblée nationale a rejeté un amendement du député de centre-droit Charles de Courson visant à fiscaliser la partie de l'indemnité représentative des frais de mandat (IRFM) qui n'est pas consacrée à des dépenses professionnelles. Le rapporteur général Christian Eckert (PS) et le président de la commission Gilles Carrez (UMP) se sont prononcés contre l'amendement. L'IRFM s'élève à 6.412 euros brut et vient en complément de l'indemnité parlementaire de 7.100 euros brut.

Qui était le président de la commission des finances de 2010 à 2012 ? Jérôme Cahuzac ! Pouvait-on choisir meilleur spécialiste ? Rappelons tout de même qu’en marge de l’évasion fiscale, Jérôme Cahuzac est soupçonné d'avoir sous-évalué le montant de son appartement parisien, d'avoir déclaré un prêt parental déjà remboursé et de ne pas avoir déclaré certains biens.

M Hollande souhaite que la politique devienne plus propre !

Qu’il commence par exiger que chaque candidat à quelque mandat que ce soit justifie d’un casier judiciaire vierge, mais pas le bulletin n° 3, non le n° 1 celui qui recense l’ensemble des condamnations y compris celles qui sont amnistiées  ou réhabilités.

Que chaque candidat soit soumis à un contrôle fiscal approfondi, et ne soit débiteur envers le Trésor d’aucune dette.

Je crains, que tout  à coup il n’y ait plus autant de candidats !

Et puis que cessent ces va et vient entre haute administration et grandes entreprises privées (qui vivent souvent principalement des commandes de l’Etat, d’ailleurs). Est-il acceptable que le Préfet qui pilotait le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes se retrouve embauché par le groupe Vinci, attributaire du chantier ?

Conflits d’intérêts ? Osons prononcer le mot « magouilles », il sied mieux à la situation.

Il paraîtrait que les Français soient moroses, on se demande bien pourquoi !

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