Oncle Bernard n'est plus,

Il a rejoint au paradis des hommes de bien Cabu, Charb, Wolinski, et les autres que nous ne connaissons pas, parce que des cons, des salauds, ont estimé que des dessins, des chroniques, valaient de mourir parce qu'ils ne pensaient pas comme eux.

Ce soir nous sommes tristes, nous sommes malades, ceux qui sont morts aujourd'hui sont morts pour rien, pour des idées, et ceux qui les ont tués sont des pauvres types qui ne méritent même pas de mourir pour expier leur crime.

Et ceux qui ce soir viennent dire leur émotion, leur tristesse ont leurs mots, je n'ai plus de mots.

Mourir parce que la bêtise, la haine ne devrait plus être, mourir parce que la protection qui leur a été attribuée n'était qu'une protection administrative, une procédure...

La haine dont ils étaient l'objet n'a pas été prise au sérieux par ceux dont la mission principale est de protéger, et les policiers qui étaient chargés de la protection ont succombé à la routine avant de succomber.

Charlie Hebdo s'est attaqué à la bêtise, c'est-à-dire à la religion, à l'hypocrisie, au mensonge, et les journalistes de Charlie Hebdo ont payé pour nous; nous les sans-grade, les anonymes, les lecteurs, ou les sympathisants d'un journal qui avait ses outrances, certes, mais qui conservait une ligne directrice conforme à l'éthique journalistique.

Ceux qui sont morts, sont morts pour nous, sans le savoir, mais nous, nous ne devons pas l'ignorer.

Ils sont morts, pour que vive cette petite flamme qu'on appelle liberté, liberté de penser, liberté de s'exprimer.

Ils sont devenus des héros, semblables à ceux de l'affiche rouge, semblable à ceux de Châteaubriant, car victimes d'une guerre aussi atroce, aussi implacable que celle des années 40, il ne faut pas s'y tromper !

Demain, sera journée de deuil national, il faut que dans les écoles les instituteurs, les professeurs expliquent à leurs élèves que ces morts du 7 janvier 2015 sont les premiers d'une guerre menée par les nouveaux obscurantistes, et qu'ils doivent refuser de se laisser embarquer dans ce nouveau conflit, sous peine d'y perdre leur âme.

Il est de notre devoir d'extirper de nos cœurs la haine qui ne demande qu'à grandir, mais il ne faut pas, céder au désespoir, subir comme une fatalité les attaques de ceux dont le but est d'asservir le monde. Il faut refuser la soumission, il faut trouver en nous la force de nous indigner contre toutes les injustices. "L'étrange défaite" nous guette, et si nous cessons d'être vigilants, nous en serons de nouveau victimes, le voulons-nous ?

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