Un jeune homme est mort,

Hier, au cours d’une rixe un jeune homme, est tombé sous les coups d’autres jeunes parce que leurs idées étaient inconciliables. A gauche, montée au créneau de toutes les associations, discours enflammés de responsables politiques, y compris au plus haut niveau, stigmatisation du Front National, retour sur les heures sombres de notre Histoire, quelle Histoire ?

Voici deux ans tandis que j’expliquais à une petite nièce l’importance de l’Histoire, et la nécessité de la connaître afin de ne pas recommencer les mêmes erreurs, elle manifesta son incrédulité quand je lui racontai qu’il y a moins d’un siècle, des hommes embrigadés dans un système politique exterminaient systématiquement d’autres hommes pour la simple raison qu’ils étaient nés juifs, qu’ils n’étaient pas « normaux », qu’ils ne pensaient pas comme eux. Ces hommes au nom d’une idéologie fumeuse, se réclamant d’une  théorie raciale instituant une sous-humanité ont rêvé d’instaurer un Reich qui devait durer mille ans. Heureusement, douze ans plus tard, cette aventure  qui conduisit le monde au bord de l’abîme cessait après avoir fait des millions de victimes innocentes. Mais la bête immonde n’est pas morte, nous ne l’avons pas tuée, elle est  invincible, parce qu’elle est en nous. Elle  est notre côté sombre, notre part d’inhumanité, celle que nous devons combattre à chaque fois qu’elle se manifeste. Comment Hitler, ce petit homme sans envergure, ignorant, inculte, peintre raté, a-t-il pu entraîner un peuple dans une catastrophe annoncée ? Ce démagogue, sans doute manipulé, a pu prendre le pouvoir en profitant de la conjoncture économique mondiale dans un pays, l’Allemagne, qui avait donné au monde des musiciens, des philosophes, des écrivains de premier ordre. Cet homme a pu entraîner à sa suite de pauvres gens dont il était devenu l'espoir, le guide. Ce fait divers, qui fait réagir toute la classe médiatique, cache une réalité peu reluisante : la haine de nous-mêmes. Notre société est en pleine déliquescence, les scandales politiques rappellent les années 30 (affaire Stavisky), les juges condamnent les petits délinquants tandis que les truands de haut-vol voient leurs procès reportés aux calendes grecques. La fraude fiscale correspond au déficit économique de notre pays, il suffirait de prendre l’impôt à la source comme dans  la majorité des pays européens, ce qui libérerait les effectifs suffisants des services fiscaux pour faire la chasse aux véritables délinquants. Que ne le fait-on ? A-t-on peur de découvrir l’ampleur du désastre ? Ce climat délétère permet à des idéologies de prospérer sur ce  fumier, ce n’est donc pas fini, pas tant que nos politiques ne prendront pas les vraies mesures pour réconcilier les Français. Et ce ne sont pas les coups de menton de Valls ou les déclarations à l’emporte-pièce d’Ayrault qui parviendront à régler le problème. Au lendemain de la guerre il fallait reconstruire, nourrir une France qui connaissait des privations depuis cinq ans et qu’importaient les moyens pour y parvenir. Les règlements de compte au lendemain de la guerre ? On n’en parle pas ! La collaboration des élites ? Un mal nécessaire, une broutille vite oubliée et l’on remit le pouvoir aux mêmes (Papon, par exemple). L’attitude de la police et de la gendarmerie (rafle du Vel d’Hiv, enfants d’Yzieu) ?  « L’obéissance aux ordres », le même système de défense inadmissible que celui des responsables nazis au procès de Nuremberg. Ceux qui revenaient des camps ? Ils revenaient de l’enfer ils n’avaient pas la force de témoigner  sauf à de rares exceptions (Primo Levi), et quand ils en parlaient on ne les croyait pas, le mot « indicible » prenait alors sa pleine signification. Mais surtout  ils voulaient échapper à cet enfer, ils étaient des rescapés, des survivants, certains n’avaient plus personne, plus de maison, plus rien à quoi se raccrocher, ils étaient étonnés d’être revenus, considéraient-ils cela comme une chance ? Les conditions sont de nouveau réunies pour recommencer cette barbarie, il ne tient qu’à nous d’y faire barrage ou de nous laisser submerger par cette vague de haine.

Il faut lire les témoignages de ceux qui ont pris le temps de réfléchir sur ce sujet qui est, à mon avis, un sujet primordial, bien plus important que la crise économique, les retraites, ou le mariage gay, qui ne sont que des rideaux de fumée fabriqués par les médias encouragés par des politiques incapables, incompétents, gérant la France au jour le jour comme une petite épicerie face aux hypermarchés de la consommation, dans le seul et unique objectif : se faire réélire, encore et toujours. La politique qui devrait être une noble activité, n’est plus qu’une profession dans laquelle s’engouffrent des gens souvent intelligents,  parfois cultivés,  issus d’un modèle d’éducation basé sur l’élitisme et la compétition mais surtout sur la reproduction d’un système à bout de souffle. La devise « liberté, égalité, fraternité » qui figure (pour combien de  temps encore?) au fronton de nos monuments publics  est bafouée par ceux-là mêmes qui sont chargés de son application. Quelle « liberté » dans un pays où l’on est plus préoccupé de construire des prisons  que des  hôpitaux ? Quelle « égalité » quand des enfants issus de l’immigration sont rejetés dans des ghettos qui  finiront par pourrir ceux qui eussent pu devenir des fruits magnifiques de notre culture ? Quelle « fraternité » quand chaque jour sont glorifiées la compétition, la « gagne », le « pousses-toi de là que je m’y mette » tandis que les valeurs de solidarité sont ringardisées ?

Nous allons mal, c’est un constat que font nombre de sociologues, de philosophes, d’éducateurs, mais aussi n’importe quel citoyen  qui se donne un peu la peine de réfléchir à la situation, mais nous continuons de nous étourdir dans une fête perpétuelle alimentée par les medias, encouragée par les politiques. Roland Garros, puis le tour de France, avant c’était le foot ou le rugby, il faut nous occuper l’esprit pour nous empêcher de réfléchir, de penser (penser est un dialogue avec soi-même), faire du bruit pour que ce tumulte étouffe la voix de la raison. Jusqu’à quand ? Jusqu’à la catastrophe finale ? Et quand nous serons tous enfermés dans les nouveaux camps d’extermination, nous aurons tout le temps de nous apitoyer sur notre sort, seulement nous apitoyer car il sera trop tard pour échapper à notre inéluctable liquidation. J’exagère ? c’est ce que disaient à Martin Gray ceux du ghetto de Varsovie quand il leur révélait la Vérité. « Il n’est pire sourd que celui qui ne veut point entendre », nous sommes devenus sourds et aveugles et nous prétendons maîtriser notre vie. Quelle prétention, mais surtout quelle stupidité! D’autres, dans l’ombre se chargent, chaque jour de nous manipuler, pour nous faire consommer des produits de médiocre qualité (la vache folle, le cheval roumain) nous abêtir (la télévision, la presse pipole, la littérature de supermarché) tuer en nous tout sens critique, en ridiculisant, sans écouter leurs arguments, ceux qui osent penser autrement.

Dans dix ans, dans vingt ans relira-t-on (si nous savons encore lire) ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme, à l’instar de Marc Bloch, Primo Levi, Orwell, Huxley, mais aussi François Roux qui dans son ouvrage « auriez-vous crié « Heil Hitler » nous incite à réfléchir sur notre condition humaine ?

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