Manger du cheval est-il dangereux ?

Je ne mange pas de cheval, ce n’est pas une question de goût, simplement je trouve le cheval, à l’instar du chien trop proche de nous, les humains, pour m’en délecter. Certains trouveront sans doute cet excès de sensiblerie incompatible avec la dureté du monde dans lequel nous évoluons, certes… Que l’on mette du cheval mélangé à du bœuf dans des plats « préparés » ne doit pas en changer le goût, vu ce qu’on y rajoute : des simples épices naturelles- mais pas trop –aux exhausteurs de goût ou autres conservateurs d’origine chimique dont on connaît peu, mal, trop peu, trop mal les conséquences sur la santé. Cette nouvelle affaire de viande   prouve s’il en était encore besoin à quel point notre industrie agro-alimentaire est devenue folle. Mais une folie qui ne doit rien à une quelconque perte de bon sens des industriels, mais tout simplement à cette âpreté au gain qui caractérise ces capitaines d’industrie appuyés il va de soi par une bureaucratie orwellienne qui ne connaît rien des sujets qu’elle prétend réglementer mais tout des arcanes administratives.  Le circuit emprunté par cette viande chevaline ajoutée à la viande de bœuf mérite qu’on s’y arrête : Le fournisseur de l'usine luxembourgeoise Comigel, une PME basée à Metz, est le groupe français Poujol qui appartient à la société Spanghero. Poujol "a acheté la viande surgelée auprès d'un trader chypriote, qui avait sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas, ce dernier s'étant fourni auprès d'un abattoir et d'un atelier de découpe situés en Roumanie", a affirmé le ministre français en charge de la Consommation, Benoît Hamon. (site France-info).

Mais pourquoi aller si loin pour se procurer de la viande ? Cette question de simple bon sens n’a plus sa place dans le système agro-alimentaire censé subvenir aux besoins alimentaires des Européens, et invariablement on vous répondra : mondialisation !

Findus, tout d’abord, qui vend le « produit final », à savoir le plat préparé surgelé est une société suédoise lancée en France en 1962 en partenariat avec Nestlé. Appartenant à Nestlé jusqu’en 1999, elle fut cédée au fonds suédois EQT, revendue en 2006 au fonds d’investissement anglais Capvest, puis au fonds anglais Lion Capital. On le voit cette entreprise a surtout vocation à produire de l’argent à ses actionnaires et accessoirement des produits alimentaires à ses clients.

Findus n’a rien fabriqué, c’est Comigel qui a tout fait, le consommateur le sait-il qui achète un produit Findus au supermarché ? Comigel a acheté la viande à la société Spanghero.

La société Poujol est depuis 2011 contrôlée par la société Arcadie Sud-Ouest (effectif 1 280 personnes) à laquelle on prête l’intention de fermer l’abattoir de Tarbes (Il pourrait ne s'agir que d'une rumeur, mais elle est insistante : le groupe Arcadie, qui exploite l'abattoir de Tarbes, pourrait jeter l'éponge. écrivait la dépêche 16 janvier dernier).  LUR BERRI dans le prolongement de sa participation dans ARCADIE SUD OUEST dont il est l'actionnaire de référence, détient 99% du capital de SPANGHERO. (site d’informations cooper’actif). A souligner que M Spanghero n’a plus rien à voir avec la société et semble affecté que son nom soit mêlé à cette affaire, dont acte.

Mais où l’affaire devient intéressante, c’est qu’avant d’arriver chez Spanghero, la viande a fait l’objet de tractations entre traders (chypriote et roumain) pour voyager entre la Roumanie et la France, et les fonctionnaires de la DGCCRF seraient bien inspirés d’enquêter sur les manipulations financières dont ont fait les frais les pauvres bêtes. Pourquoi trouve-t-on de la viande de cheval à si bon marché en Roumanie ? Peut-être parce que l’interdiction d’emprunter les routes pour faire du transport à traction animale et la sur-taxation des chevaux oblige leurs propriétaires à s’en débarrasser, et loi du marché oblige quand il y a trop d’offre les prix baissent, nul besoin d’avoir fait HEC  pour le comprendre. Seconde raison : la France, comme l’Europe de l’ouest regorge de matériel agricole qui ne trouve plus preneur, compte tenu de la situation catastrophique dans laquelle se trouvent nos agriculteurs, quelle magnifique occasion de refourguer cette marchandise à l’Europe de l’Est qui manque cruellement d’équipements mais qui n’a pas forcément les moyens de se doter de matériels flambant neuf ? Il y a de nombreuses questions auxquelles il faudra que nos responsables politiques apportent des réponses, car il est désormais clair : on ne peut plus leur faire confiance. La crise de la vache folle sur laquelle tout n’a pas été dit eût pu constituer  un avertissement pour tous ces affairistes, il n’en a rien été. A moins que la mafia dont  le secteur de la viande est un secteur de prédilection ait déjà fait main basse sur toute la filière ?

Ce soir nos présentateurs télé viendront nous dire qu’il n’y a pas de risque à manger de la viande de cheval, et leur reportage portera sur ce sujet sans doute. Une nouvelle fois ils noieront le poisson, ils feront diversion, car la question n’est pas là. Il s’agit d’expliquer l’inexplicable, à savoir comment, malgré tous les règlements édictés par la commission européenne qui se mêle de tout et du reste, de tels trafics dignes du « troisième homme » sont encore possibles. Et c’est le travail des journalistes de fouiller pour faire émerger la vérité et non de répéter en boucle que la traçabilité et autres billevesées, nous met à l’abri d’une crise sanitaire. Je crois qu’il est temps de revenir à des pratiques plus humaines, de rendre à nos éleveurs et artisans bouchers, charcutiers les moyens de faire leur métier et surtout d’en vivre au lieu de pérenniser des pratiques qui vont nous mener au désastre. Il est urgent de revenir aux circuits courts, de manger sain, frais et non plus ces produits surgelés dont on ignore avec quoi ils ont été fabriqués, ce n’est pas un autre débat, c’est le cœur   du débat.

 

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