11 novembre 1918, il y a 94 ans...

11 novembre 1918, 11 heures, le clairon sonne, il sonne la fin de la plus grande boucherie de tous les temps…

 

Non il sonnait la fin de la première partie, la fin de la mi-temps, la seconde viendrait vingt et un ans plus tard et serait une plus grande boucherie encore, et puis d’autres et encore d’autres, sans fin…

Nous commémorons, nous nous recueillons, nous nous souvenons, et puis nous passons à autre chose, la vie continue, la mort aussi…

J’avais un grand oncle, il est parti lui aussi pour cette grande guerre aux cris de « tous à Berlin » tandis qu’en face ils criaient « tous à Paris » en fait ils allaient « tous à Verdun », des jeunes gars qui ne se connaissaient pas et qui venaient s’étriper pour le plus grand bénéfice de gens qui eux se connaissaient mais ne se battaient point (référence à Erich Maria Remarque).

Il y en eut des croix de bois, le feu, le bruit et la fureur, la mitraille, les éclats d’obus qui défigurent, les balles qui frappent des corps jeunes qui ne demandaient qu’à vivre, à aimer et qu’on a dressés à se haïr pour mieux se tuer.

J’avais un grand oncle, il avait fait des études pour devenir instituteur, c’était l’espoir de la famille, une famille d’artisans, de bourreliers, des gens simples, qui vivaient du travail de leurs mains.

J’avais un grand oncle, dans la chambre de mes grands-parents on pouvait le voir droit sur son cheval en grand uniforme, c’est la seule image que j’ai de lui…

J’avais un grand oncle, il fut blessé, trépané, hospitalisé, il vint en convalescence et puis on le démobilisa….

J’avais un grand oncle, qui refusa cette démobilisation, il repartit avec ses camarades, pas à la guerre, mais il ne pouvait rester à l’arrière tandis que les copains se faisaient trouer la peau…

Alors, mon grand oncle au cours d’une attaque, une de plus, une de trop, fut tué, on ne retrouva pas son corps, mais à cette époque, c’était courant, la terre d’Argonne, des Vosges ou de la Somme est bien grasse maintenant…..

J’avais un grand oncle, il dort quelque part du côté de Verdun, je ne l’ai pas connu, son nom est gravé sur le monument aux morts de mon village, quand j’étais gosse chaque 11 novembre nous allions nous recueillir, et parce que je jouais du tambour, je jouais la sonnerie « aux morts », ah ce roulement précédant le chant du clairon, comme je tremblais, comme mes mains  avaient peur de ne pas être à la hauteur, à la hauteur du sacrifice de mon grand oncle.

Quatre vingt dix huit ans plus tard je vais aller me recueillir devant le monument aux morts d’un autre village, celui où je vis, et quatre vingt dix huit ans plus tard je vais encore penser à cet oncle que je n’ai pas connu.

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