Quel consensus !

Toute cette journée de dimanche nous avons eu notre lot d'émotion, de larmes, d'embrassades, de promesses de nous aimer jusqu'à la fin des temps, bref, ce fut une journée EXCEPTIONNELLE !

Là-haut, ils devaient bien se marrer Cabu, Charb, Tignous, Oncle Bernard, Honoré, Wolinski à voir tous les politiques, comme un seul homme venir faire leurs dévotions à Charlie ! Le moment le plus poilant, ce fut dans la synagogue, la kippa sur la tête. Sauf qu'ils n'ont pas tout compris, nos politiques : la bande à Charlie, elle conchiait les religions, toutes les religions, elle pensait même que c'était la cause de tous nos maux, de vrais anars ! Alors de voir tout le ban et l'arrière-ban de la bien-pensance réunis pour leur rendre hommage, ça a dû un peu les déconcerter, moi aussi, je l'avoue.

Il paraît qu'ils étaient plus de 3 millions dans les rues qui défilaient en France, dans un même élan compassionnel, combien seront-ils demain à pratiquer le devoir d'insolence ? Parce que les p'tits gars, demain sera un autre jour, va falloir mettre en pratique « je suis Charlie », pas le tout de chanter avec les loups, va falloir montrer que vous en avez, que vous n'acceptez pas qu'on vous le mette bien profond, bref, va falloir changer vos habitudes ! En ai-je entendus dire de Charlie Hebdo : « oui d'accord, mais ils vont trop loin ! » Trop loin, comme s'il y avait une limite à la démesure ? Ils avaient choisi des armes pacifiques, ils avaient choisi de répondre à la bêtise par l'intelligence, mais ils avaient aussi choisi de faire de l'irrévérence leur règle de conduite. Et jusqu'à mercredi on ne leur pardonnait pas. Il aura fallu que des fous, se réclamant de Dieu -un type qui n'existe même pas- les tuent de la façon la plus ignoble pour qu'enfin l'opinion publique comprenne enfin que la peur devait changer de camp. Mais demain ? Il va falloir continuer dans cette voie que nous ont tracée d'autres grands anciens, tous ceux qui ne pensaient pas bien, tous ceux qui refusaient qu'on leur dise surtout comment penser. Mais il est des habitudes qui ont la vie dure, c'est pour cela que je crains que cette journée soit sans lendemain, sauf... sauf, si désormais à chaque fois qu'on vous donnera un ordre qui heurte votre conscience ou tout simplement le bon sens vous décidiez de dire : NON !

Mais c'est pas facile, je le sais, et je sais ce que cela coûte !

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