La Poste, les paysans, même combat ?

La poste a du vague à l'âme, les paysans sont à bout.... quel lien entre les deux ? La Poste est le dernier vestige d'une société construite sur un système hiérarchique dans lequel tout procède de la tête. Demandez donc aux employés de la poste s'ils ont leur mot à dire jusques et y compris les simples modifications de bon sens : "tais-toi et fais ce qu'on te dit ! "

On arrive ainsi à démotiver n'importe qui, alors un guichetier de la poste... J'ai un ancêtre facteur. A son époque savoir lire n'était pas si courant, patience on y revient; à quoi bon savoir lire dans une société de plus en plus connectée où le pictogramme remplace avantageusement une phrase. Les facteurs n'ont pas le moral, et on les comprend : fonte des effectifs, accroissement des tournées, décisions prises sans concertation avec le petit personnel, déménagements sans tenir  compte des situations particulières, bref, une gabegie dans la gestion du personnel savamment entretenue qui provoque dépressions, suicides, "à quoibonisme". Tout cela pour répondre à des exigences de rentabilité incompatibles avec une économie qui tourne au ralenti, et dont les performances sont  d'avantage dues à des astuces financières qu'à des gains de parts de marchés. La Poste se débarrasse de son  patrimoine immobilier en douceur, ferme ses bureaux de poste sans douceur ni concertation ni avec  son personnel ni avec ses "clients". Cette entreprise qui avait le monopole  du courrier, une infrastructure séculaire, des réseaux de distribution, un savoir-faire inégalé a réussi en quelques années à se faire tailler des croupières par des DHL et autres boites de transport,  bravo les artistes formés à l'ENA, Polytechique ou l'ENSPTT ! Il est loin le temps où l'on pouvait régler sa montre sur le passage du facteur, où une lettre postée au fin fond de la France arrivait le lendemain à son destinataire. Il est vrai que désormais le courrier circule sur des voies numériques, du moins en ce qui concerne les lettres, mais les colis ? Se faire piquer cette clientèle parce qu'on se refuse à une certaine "souplesse" est impardonnable, le sérieux de la poste qui permit, même durant les périodes de guerre d'acheminer des lettres si nécessaires au moral des troupes n'est plus qu'un souvenir... Et nos paysans dans tout cela ? Victimes de la même pression économique, les petits sont condamnés à disparaître tandis que les gros continueront à grossir, comme les cochons... Les combats d'arrière-garde qu'ils livrent ne sont qu'un baroud d'honneur avant la disparition d'une agriculture que l'on prétend dépassée. Ce midi, un rigolo, député socialiste de son état qui fut je crois secrétaire d'état, tentait de faire croire que le salut de l'élevage était dans l'exportation vers la Chine. Si ce n'était  si dramatique on en  rirait... Ce type ne se rend même plus compte de la stupidité de ses propos. Ainsi donc pour s'en  sortir le paysan français devrait produire en France (avec  des aliments importés ?) abattre en Allemagne (avec  des ouvriers polonais?) exporter en Chine (avec des navires battant pavillon grec, c'est-à-dire ne payant pas d'impôts?) pour finir dans l'assiette de Chinois dont on aura détruit l'agriculture. Il n'y a pas à dire, faut vraiment être tordu pour en arriver là,  ou sortir de l'ENA, ce qui revient au même!

Et pendant ce temps,  nous continuerons d'importer des tourteaux de soja du Brésil, soja poussé sur les terres brûlées de la forêt amazonienne, du poisson élevé dans d'immenses "fermes" de la mer du Nord tandis que nos côtes,  labourées par ce qui reste de nos pêcheurs voient disparaître nos derniers poissons. Sur les rayons de nos super-hypermarchés s'étalent sans vergogne des monceaux de produits d'origine incertaine (lasagnes au cheval de course par exemple) de provenance tout aussi incertaine (il est quasiment impossible de remonter à l'origine des ingrédients des produits) malgré les efforts des douaniers,  contrôleurs de toutes obédiences paralysés par des  règlements conçus par des politiciens à l'imagination sans limite du moment que leur agitation, passant pour de l'efficacité, leur permette de se faire réélire.

Et le citoyen dans tout cela ? Oh le citoyen... il y a longtemps qu'il a baissé les bras, baissé la tête, cessé de réagir sinon pour se demander de quoi "son" lendemain sera fait.

Le tableau est-il trop noir, trop pessimiste ? Il suffit de regarder une "bonne"émission de télé-réalité (fallait  oser non ?  télé-réalité...) pour se remonter le  moral, jusqu'à la prochaine déprime, jusqu'à la dernière déprime. La Poste, les paysans, mais aussi les ouvriers (qui n'ont plus grand oeuvre) , les employés (jetables comme les rasoirs) les commerciaux... A part quelques uns qui, parfaitement adaptés au système, et pour une plus ou moins longue période, le long cortège des laissés pour compte ne cesse de  grandir, la misère se répand, et dans  les "étranges  lucarnes" les présentateurs d'infos continuent d'égrener leurs litanies de mensonges, d'enquêtes bidonnées,  de chiffres trafiqués en n'oubliant pas de "remercier les téléspectateurs de leur attention" et de leur souhaiter une "bonne soirée".

Décidément ce monde tourne vraiment rond !

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