la disparition de deux grands hommes

Dure semaine !

Cette semaine nous avons à déplorer la disparition de deux hommes de bien : Albert Jacquard  et Jean Tréhiou.

Tout le monde connaît Albert Jacquard, polytechnicien, généticien, mais aussi un "homme bon" que la détresse humaine ne pouvait laisser insensible. J’entends encore sa voix, expliquant avec simplicité des concepts abstraits que l’on comprenait. Cet homme rendait intelligent car il s’adressait aussi au cœur. Il va manquer à l’humanité.

Jean Tréhiou avait choisi de désobéir en des temps où l’obéissance s’appelait « collaboration ». Au cœur   du réseau Shelburn il a participé au rapatriement de plus de 140 aviateurs alliés tombés lors de raids aériens sur la France. Jean Tréhiou avait 93 ans, cet été Marie Gicquel l’avait devancé pour rejoindre les autres camarades du réseau. La vie de Jean Tréhiou aurait pu être différente, il aurait pu choisir d’obéir, d’autres l’ont fait durant la période noire de l’occupation. Ils l’ont fait par devoir d’obéissance, ou par habitude, ou par lâcheté, ou par conviction. Certains comme Brazillac ont été fusillés, d’autres sont  passés au travers des mailles du filet de l’épuration, d’autres comme Papon ont  fait de belles carrières avant d’être rattrapés par l’Histoire. Mais, plus nombreux furent ceux qui n’eurent  pas  conscience de mal faire : ils ont obéi, tout simplement. Ce fut d’ailleurs le mode de défense des criminels nazis au procès de Nuremberg : ils n’avaient fait qu’obéir. Pouvait-on le leur reprocher ?

Jean Tréhiou a décidé de désobéir, il savait quels risques il prenait en refusant d’obéir aux autorités en place, cela s’appelle un cas de conscience. La conscience s’apprécie dans ces moments : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Rabelais, cette maxime digne d’Albert Jacquard, est la marque des grands hommes, le devoir de désobéissance en fait partie. Dans la conjoncture actuelle il est de bon ton d’obéir. Les employés de l’usine de lasagnes qui a utilisé du « minerai » de cheval n’ont fait qu’obéir à leurs employeurs, car les temps sont durs,  ils risquaient leur place en désobéissant. Jean Tréhiou risquait sa vie cela fait toute la  différence.

Aujourd’hui un détachement de l’armée lui a rendu les honneurs, les militaires présents à ses funérailles se sont-ils posé la question : et moi qu’aurais-je fait dans les mêmes  circonstances ?  

Cela fait cinquante ans que je me pose cette question, et je ne sais toujours pas quelle aurait été la réponse…

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