Riche et socialiste ?

Dur, dur pour les socialistes d’afficher leur patrimoine ! Le Président normal, poussé par l’affaire Cahuzac a dû prendre une mesure symbolique pour désamorcer le sentiment de colère qui monte, qui monte… Ainsi  apprend-on que si, par exemple, l’impôt était collecté à la source, ce qui se fait dans la majeure partie  des pays d’Europe, ce qui prouve que ce n’est pas impossible; le travail des fonctionnaires des impôts se trouverait réduit au contrôle des entreprises. Plus besoin de contrôler les déclarations des millions de contribuables salariés, ce qui occupe des milliers de fonctionnaires. Et cet aveu d’un responsable du fisc «  ce sont les syndicats qui  refusent », pour défendre les emplois des agents du fisc probablement ! Mais alors quand Gérard Filoche réclame des contrôles pour contrer l’évasion fiscale, que n’est-il entendu, lui qui siège au bureau national du parti socialiste ? Ses chers camarades craindraient-ils que soient découverts de vilains petits canards ? La question qui se pose vraiment n’est pas  « peut-on être Riche Et Socialiste dans notre beau pays ? » mais plutôt peut-on être honnête et socialiste ?

Et puis voilà qu’un député socialiste  fait des propositions  qui, si elles étaient adoptées, permettraient de combattre la fraude, du moins on l’espère :

« Le premier objectif est de durcir les sanctions pour les fraudeurs et leurs complices. Pour cela, Yann Galut, le député socialiste du Cher à l'origine du projet, propose de créer un délit de fraude fiscale en bande organisée. Un délit qui n’existe pas pour le moment. "Si on passe en bande organisée, cela veut dire que l'on peut infiltrer les réseaux, mais surtout que les sanctions sont beaucoup plus importantes à l'égard de ceux et celles qui fraudent", explique-t-il mardi matin sur BFMTV.

Ce dont, nous, les citoyens de base souffrons le plus, est ce sentiment d’exclusion de la société lorsque nous ne sommes plus dans le mouvement : maladie, chômage, accidents de la vie… la liste n’est pas exhaustive. Mais nous attendons de ceux qui sont aux manettes, de mettre en place, par le pouvoir législatif les lois et règlements qui interdiront aux puissants d’exercer leur puissance sans contrôle envers les faibles (dont les pauvres font partie); par le pouvoir judiciaire, les moyens de contrôle et de  coercition envers ceux (et c’est humain) qui enfreindraient les lois. Ces deux pouvoirs devraient en bonne logique et conformément à notre constitution être séparés du pouvoir exécutif. Nous constatons chaque jour qu’il n’en est rien. Cette constitution dont nous devrions nous sentir fiers montre chaque jour ses limites, il faut en changer et cette fois il ne faut pas laisser les « politiques » s’en charger. La multiplication des scandales desquels nous sommes témoins (et seulement témoins) prouvent, s’il en était encore besoin que notre constitution n’a pas su nous préserver des excès de nos politiques.

Faut-il être un professionnel de la politique pour exercer des fonctions politiques ? À la lecture des biographies de nos députés, sénateurs, maires, conseillers généraux, on se rend compte que le système exécutif est entièrement aux mains de professionnels de la politique, qu’il en va de même pour le « législatif » et on sent bien que le « judiciaire » n’est pas épargné. Le citoyen « lambda » est-il donc si mal éduqué qu’il ne puisse participer au fonctionnement de la démocratie sauf à en être un sujet, ce que la révolution de 1789 avait aboli. Le citoyen participe à la vie de la cité, c’est d’ailleurs ce qui le distinguait des autres habitants d’Athènes. Désormais le « citoyen » reçoit par le biais des media de masses d’ « informations » dont les plus récentes chassent le plus anciennes, et il ne reste plus qu’un maelstrom de sensations. Faut-il changer de constitution ?  La réponse est naturellement : oui, mais tant qu’à la changer, ne pourrait-on pas demander à ces citoyens qui jouissent  et obéissent  aux mêmes lois d’écrire ces lois ? Par le système politique actuel, nous déléguons notre pouvoir à des citoyens qui se trouvent tout à coup dotés de pouvoirs extraordinaires et qui échappent ainsi aux lois qu’ils écrivent pour les autres citoyens. Pourquoi un député ou un ministre bénéficie-t-il d’une immunité ? Pourquoi un ministre devrait-il être jugé par des juridictions spéciales (haute cour) ?

La question n’est pas de savoir si on peut être riche et socialiste, la question est de savoir si l’on peut être élu et malhonnête. La machine à désinformer s’est mise en route dès que fut connue la nouvelle des aveux de  Cahuzac, et en matière de désinformation le réflexe consiste à créer une diversion. Cahuzac est l’arbre qui cache la forêt, personne n’en doute et il n’y a sans doute pas plus de gens malhonnêtes en politique que dans n’importe quel secteur, à la différence qu’ON NE DOIT PAS MENTIR  quand on prétend élaborer, voter faire appliquer les lois de la République. La nature profonde de l’homme le conduit à défendre ses intérêts au-delà de la simple justice, c’est un fait et c’est aussi pour cela que les institutions mises en place par les pouvoirs sont sensées empêcher de TROP  grandes injustices. Il y a d’autres Cahuzac, mais il y a aussi d’autres obscurs de la politique qui sont effondrés par cette affaire, qui n’en peuvent plus des magouilles qu’ils voient ou qu’ils supposent. Et c’est pour empêcher d’autres Cahuzac, en leur faisant peur qu’il devient nécessaire de nettoyer ces écuries d’Augias que sont devenues nos institutions.

C’est à nous de le faire, nous devons refuser que ce soit une fois de plus nos représentants !

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