Coluche, Cioran, Cousteau, Ray Charles ont un point commun…

De s’être arrêtés de vivre un jour de juin. Yves Saint Laurent qui régna sur la mode durant des décennies, Bigeard qui promena ses rangers de l’Allemagne à l’Algérie en passant par l’Indochine, où il fut l’un des derniers à sauter sur Dien Bien Phu à la rescousse de ses camarades ce qui ne l’empêcha pas d’être fait prisonnier une nouvelle fois, lui qui commença sa carrière militaire comme appelé du contingent et finit général de corps d’armée. Est-cela qui lui fit dire « je suis le dernier des cons glorieux », une phrase que pourraient méditer nos képis galonnés dans un moment d’humilité…

Tabarly et Moitessier sont partis au paradis des marins à trois jours et quelques années d’intervalle… Tabarly faisait silence radio quand il naviguait. Il arriva ainsi le 18 juin 1964 à Newport, vainqueur de la traversée de l’atlantique alors que personne ne l’attendait ; Bernard Moitessier en 1968 alors qu’il allait gagner le Golden globe challenge, renonce, lance un message à un cargo qu’il croise : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme ». On est désormais bien loin de ces navigateurs solitaires, l’esprit de compétition habite les concurrents qui n’hésitent plus à risquer leur vie … en perdant leur âme, autres temps autres mœurs !

Un quatorze juin de l’année 1994, l’inoubliable interprète « d’un tout p’tit coquelicot » , tirait sa révérence, sept mois après avoir chanté pour les 27 fusillés de la carrière de la Sablière à Chateaubriant dont un encore enfant Guy Môquet le 22 octobre 1941.

Denise Glaser, disparut aussi en juin, oubliée du monde du show-bizz, elle qui fit découvrir des gens comme Brel, Barbara et Gainsbourg. Est-ce parce qu’elle se permit de critiquer le Grand Homme –le général de Gaulle- que le pouvoir gaulliste, puis giscardien la mirent en punition ? Les socialistes de 1981 ne l'ont pas non plus rappelée...

Coluche, celui des restos du cœur qui ne devaient durer que peu, un jour de juin à Opio refuse la priorité à un putain de camion, le con ! Il savait pourtant que moto contre camion c’est toujours le gros cul qui gagne. Il nous manque toujours lui qui savait sans vulgarité mais avec une grossièreté étudiée moquer les cons, inépuisable fonds de commerce.

Frédéric Dard qui m’a tellement donné le plaisir de lire, au bout de deux cent quatre vingt dix huit romans met un point final à sa carrière, les imbéciles ne retiendront de lui que l’auteur des exploits du mythique commissaire San Antonio (175 bouquins) et de ses compères Bérurier, le gros et Pinaud dit Pinuche, le Débris

Raymond Devos, magicien des mots avait de la xénophobie une approche particulière : « J’ai un ami qui est xénophobe. Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu’il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter ! »

Cioran, en 1933 se trouve en Allemagne, est-ce pour cette raison qu’on l’accuse d’avoir quelque sympathie pour le régime nazi. Ascétique écrivain de l’esthétique, Cioran était un ciseleur, son profond scepticisme à l’égard de l’humanité fut le moteur de son œuvre- ah le précis de décomposition ! – et lui qui prônait le suicide n’eut pas le temps de mettre son projet à exécution, la maladie d'Alzheimer fut la plus rapide et la plus radicale.

L’historien, résistant Marc Bloch, dix jours après le débarquement en Normandie n’eut pas le temps de voir la libération de son pays. Fusillé par les nazis, celui qui fustigea l’arrogance et l’incompétence de l’état-major français : « Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais, à la cinquième colonne, répondent nos généraux. À tout le monde, en somme, sauf à eux. » est désormais méconnu, sinon inconnu de la jeunesse alors qu’il donne des clés pour comprendre ce monde. Aurons-nous besoin d’une nouvelle catastrophe ?

Je ne pouvais terminer ce billet sans pleurer celui qui fut un grand témoin de notre temps, un écrivain étranger qui, comme Cioran avait choisi notre langue, alors que notre belle jeunesse ignore désormais les règles élémentaires de la plus belle langue du monde, celle de la diplomatie, des jeux olympiques, de l’ONU.

Jorge Semprun mit vingt ans avant de faire paraître « Le grand voyage » tant ce qu’il vécut lors de sa déportation au camp de Buchenwald était au-delà de l’indicible. Ce livre il faut le lire, le faire lire à nos enfants et petits enfants pour que plus jamais pareille tragédie se reproduise.

 

Un certain 18 juin 40 celui qui devint Le Général lança un appel à la résistance. Pétain avait fait don de sa personne à la France. La France était divisée en ce temps-là, soixante et onze ans plus tard, d’aucuns essaient de nous convaincre que ces temps sont révolus. Quant à moi je choisis encore la résistance.

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