le prix de la vie

Aux informations ce soir, Marie Drucker qui succède à Michel Drucker (vivement dimanche) déroule son programme. A Mayotte un kwasa s'est retourné, peut-être une quinzaine de disparus, autant dire des morts car peu de candidats à une vie meilleure savent nager, et puis il y a des femmes enceintes, des enfants en bas âge, des vieux parfois qui viennent à Mayotte parce que la vie à Anjouan est insupportable. Je connais Anjouan, et aussi Mayotte, deux îles en perdition pour des raisons différentes mais où il ne fait plus bon vivre. Mayotte c'est d'abord un hôpital où viennent se faire soigner les Anjouanais qui manquent de tout dans leur île, où les femmes viennent accoucher afin que leurs enfants puissent bénéficier de la nationalité française, cette nationalité dont bénéficiaient leurs pères ou grand-pères quand les Comores étaient françaises. Autrefois, il y a longtemps.... Le gouvernement comorien leur a donné en échange de leurs cartes d'identité françaises des cartes comoriennes, ils ont perdu leur nationalité sans savoir, on les a volés, c'étaient de pauvres gens... A Mayotte, les Mahorais ont décroché la timbale, ils sont même département français, un rêve pour des gens qui constituaient un vivier d'esclaves il y a en peu plus d'un siècle. Mais cet épisode de la vie et de la mort dans ce petit coin de l'Océan Indien n'a fait que quelques secondes, Marie n'a pas de temps à perdre il faut traiter le sujet prioritaire, l'accident de rallye qui a fait au moins deux morts et peut-être d'autres, le pronostic vital est engagé...

Chaque jour, de doctes personnages viennent dans les étranges lucarnes nous exhorter à rouler prudemment, à respecter les limitations de vitesse, bref à adopter un comportement "civique", et puis voilà qu'il faudrait pleurer sur le sort de quelques uns seulement coupables d'avoir voulu assister à une course de voitures. Non, je préfère pleurer sur le sort de ces malheureux Anjouanais qui voulaient simplement vivre dignement, ils ont pris un risque insensé, le sachant, mais parce que leur vie à Anjouan ne leur offrait aucun espoir ils ont joué et ils ont perdu. Mais pour Marie Drucker, ces gens ne représentent rien, Mayotte c'est si loin, tandis que ces morts en France métropolitaine pendant une course, voilà un sujet qui parle aux demeurés que nous sommes ou à l'image qu'elle se fait de "ses" télespectateurs. Et le pire, elle n'en a même pas conscience, elle vit dans un autre monde, le monde de la télé, où faire de l'audience est la  priorité des priorités, pauvre femme, pauvre fille, mais bon, avec un oncle qui s'appelle Michel, elle a quand même des excuses.

Ce soir je suis triste....

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