Parodie de démocratie

La comédie qui se livre aujourd'hui n'est que la pâle imitation du grand cirque qu'il nous a été donné de voir lors des élections américaines. Sans doute parce que la France imite en tous points tout ce qui se fait de l'autre côté de l'atlantique. Certes, notre système est loin d'être parfait, j'ai déjà eu l'occasion à maintes reprises de le dénoncer dans ces colonnes, mais il est sans doute parmi les moins pires, et il ne tiendrait qu'à nous de le perfectionner. La brochette de candidats que la droite (et son toutou fidèle, le centre) offre à la "primaire" (à l'américaine) se présente face à son électorat, parait-il. Dans le même moment les instituts de sondage (ceux qui se sont ridiculisés lors de l'élection américaine, probablement) estiment de 2,6 millions à 4 millions les électeurs qui vont se déplacer pour porter leurs suffrages sur l'un de ces candidats autoproclamés. En estimant à 40% le score du vainqueur, ce qui est largement surestimé, nous aurions donc 1 800 000 partisans de celui qui pourrait devenir le prochain président d'un pays qui compte un peu plus de 43 millions d'inscrits sur les listes électorales ce qui  représente à peine  4% du corps électoral. Voilà où en est réduite notre soi-disant démocratie. Ce qui nous est présenté comme une avancée sur le chemin de la transparence et de la démocratie n'est en fait qu'un faux nez dont se parent une fois de plus les politiciens professionnels animés par  la seule ambition de se hisser au poste suprêmepour y exercer un pouvoir quasi absolu. Le silence des médias sur le fond du sujet est symptomatique de la déliquescence de nos institutions, et ce n'est pas Monsieur Pujadas qui pourrait m'opposer un démenti formel, lui qui est devenu Le Journaliste du pouvoir et qui tremble déjà à l'idée de perdre son poste prestigieux de grand prêcheur du 20 heures, ce "Journal" qui chaque soir instille la "bonne pensée" dans les cerveaux de ceux qui s'imaginent encore y trouver de l'information. Ce soir, il se pourrait que le vainqueur de cette fausse compétition soit l'ancien président Nicolas Sarkozy, un personnage trouble, dont les accointances avec des hommes politiques peu vertueux - et c'est un euphémisme - et les soupçons de financement de ses précédentes campagnes ne désignent pas comme un parangon de vertu, et c'est le moins qu'on puisse en dire. Je me souviens d'un temps pas si lointain, où un personnage grotesque -que l'on présentait comme tel- avait mis en émoi la classe politique en posant sa candidature à l'élection présidentielle. En les ridiculisant il avait apporté un vent de fraicheur à cette campagne qui comme les précédentes s'annonçait très ennuyeuse. Il avait fini par y renoncer sous la pression des politiques, avant de renoncer à la vie cinq ans plus tard après une rencontre accidentelle avec un camion. 

Ce soir le grand cirque médiatique va offrir à ses admirateurs un show des sommités du monde politico-médiatique, chacun dépositaire de la Vérité, et il se trouvera quelques millions de téléspectateurs persuadés de vivre un grand moment de démocratie. C'est sans doute un degré supplémentaire dans l'entreprise de décérébration de notre corps social. Ce soir je prendrai un bon livre en écoutant de la bonne musique.

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