quand "la loi du marché" fait un tabac à Cannes

"La loi du marché" dans lequel Vincent Lindon joue le rôle d'un chômeur contraint d'accepter un travail de vigile, s'il a été visionné comme je le présume par les participants au vaste show de Cannes a dû en laisser plus d'un mal à l'aise. Ce film montre un aspect de notre société dont on n'a pas lieu d'être fier. Comment la grande distribution flique ses clients et ses employés devrait nous faire voir d'un autre oeil ces entreprises qui ne cessent à longueur de spots publicitaires, de courrier dans les boites aux lettres, d'ouvertures le dimanche et tard le soir, de tenter de nous séduire pour une seule et unique raison : piquer notre pognon. Oh bien sûr nous sommes consentants, nous n'avançons pas sous la menace d'une arme, nous faisons semblant, semblant de croire que l'hypermarché est beau -alors qu'il ne s'agit que d'une construction hideuse, un hangar en fait-, que la musique d'ambiance fait l'ambiance -alors que c'est souvent une musique de m... que le personnel doit supporter à longueur de journée-, nous faisons comme si... comme font les enfants. Le film est déprimant, non pas parce qu'il montre la situation misérable du personnage incarné par Vincent Lindon, mais parce qu'il montre à quel point notre société est malade, et je ne peux m'empêcher de faire référence aux camps de concentration (pas d'extermination) dans lesquels la discipline  régnait grâce aux kapos. Les vigiles des grandes surfaces sont les kapos de notre société "moderne", le meilleur des mondes c'est celui d'Orwell, et nous faisons comme si... comme si tout ça n'était qu'une vaste plaisanterie. La caissière qui finit par se suicider parce qu'elle avait récupéré des bons de réduction (un vol aux yeux d'un patron arrivé dans la grande  surface depuis six mois ainsi qu'il se présente lors du pot d'adieu à une employée après 32 ans de travail dans l'entreprise) n'est pas une fiction, l'actualité le prouve chaque jour;  l'homme âgé plutôt bien mis qui se fait prendre à voler de la nourriture qu'il ne peut payer, une réalité que connaissent tous les vigiles qui parfois détournent les yeux, enfin ceux qui ont encore un peu de dignité, de courage, ou tout simplement de sentiment humain. Il faut cesser de se donner bonne conscience en donnant, en faisant la charité, ce monde n'est pas celui des bisounours, c'est un monde cruel duquel on efface jour après jour un peu d'humanité. Jusqu'à quand ? "La maison brûle et nous regardons ailleurs"disait un certain Chirac, sans doute une des rares fois où il ne mentait pas !

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