Ouverture des magasins le dimanche, le grand foutage de gueule !

M Gattaz, ce matin, sur l’antenne de RMC a défendu le principe d’ouverture des magasins le dimanche, au nom, bien  entendu de la santé des entreprises. Un intervenant (c’était sur RMC, l’émission de M Bourdin) est venu témoigner de la nécessité de maintenir cette ouverture (condamnée par une récente décision de justice) au nom de son pouvoir d’achat. En effet ce monsieur, grâce au travail du dimanche (chez Castorama, je crois) obtient un bonus de 200 € par mois, et non par dimanche comme lui a demandé de préciser JJ Bourdin. Cette somme a cloué le bec du journaliste, rendez-vous  compte : 200€ par mois, 50 € par dimanche travaillé, mieux que le loto, et cela revient tous les mois….

M Gattaz afin de promouvoir l’ouverture du dimanche a eu cet argument imparable : on veut interdire le bricolage le dimanche !

Ah les méchants juges qui veulent interdire le loisir de milliers de Français, car il s’agit d’un loisir naturellement, il ne viendrait à l’idée de personne de contester cette évidence : le dimanche des millions de gens se font plaisir en bricolant ! Se balader, aller voir un film, déjeuner au restaurant, ou faire un pique-nique entre amis, c’est d’un banal, tandis que percer, clouer, visser sans se préoccuper du repos dominical des  voisins, c’est du dernier chic.

Les grandes surfaces de bricolage font, le dimanche un chiffre d’affaires intéressant, après tout c’est le but de ces commerçants : faire du fric, et qu’importe si le chiffre d’affaires du dimanche eût pu être fait en semaine, car, c’est  bien connu, les Français ont  tellement  d’argent à dépenser qu’ils se précipitent le dimanche dans ces magasins UNIQUEMENT  pour se faire plaisir, et celui qui prétendrait le contraire est un abominable menteur.

Question : combien les actionnaires de ces poids lourd du commerce de bricolage se mettent-ils dans la poche sans rien faire, uniquement en « plaçant » de l’argent dans ces  boites ?

Elément de réponse : « Pour explorer le champ des possibles, le bricolage est la méthode la plus efficace. » Comme si elle avait fait sien le conseil de l'astrophysicien canadien Hubert Reeves, la City a poussé un ouf de soulagement à la publication des résultats annuels de Kingfisher (B & Q, Castorama...). Non seulement, le roi britannique du « do it yourself », a publié un bénéfice plutôt moins mauvais que prévu pour son exercice clos fin janvier, mais il sait aussi caresser dans le sens du poil les pinceaux des actionnaires en leur servant un dividende par action en hausse de 7 % en dépit d'un bénéfice net en recul de 11 %. Car si les caisses enregistreuses de ses magasins sont moins sollicitées pour cause de mauvais temps et de faiblesse du pouvoir d'achat, sa machine à générer du cash-flow ne s'est pas enrayée. Le taux de distribution gonfle aussi de 35,7 % à 41,7 % - pour un objectif de 40 % à moyen terme - et certains pronostiqueurs attendaient même un effort supplémentaire. Mais la maison mère de Castorama ne veut pas se blesser en enfonçant le clou trop loin, elle qui espérait il y a seulement deux ans faire progresser de 15 % son bénéfice par action. Son dividende intérimaire sera donc désormais ajusté en fonction du résultat de l'année et non fixé d'après celui de l'année passée. L'austérité européenne ne lui permettra pas de reconstruire facilement sa cote d'amour boursière au sein des valeurs de la distribution spécialisée britannique, mais les détails fournis sur la mise en oeuvre de son plan stratégique donnent au moins le mode d'emploi aux investisseurs.( Les Echos n° 21405 du 27 Mars 2013 • page 38)

Un dividende par action en hausse de 7%, oui vous avez bien lu 7% d’augmentation.

D’ailleurs Castorama ne se laisse pas faire qui œuvre également sur le terrain judiciaire afin de faire modifier la loi qui régit le droit à ouverture du dimanche : « Castorama a déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur la distorsion de concurrence entre les magasins de bricolage et ceux de l'ameublement qui peuvent, selon la loi, ouvrir le dimanche. Si la QPC est déclaré recevable - mi-février - la Cour de cassation devra statuer, puis le Conseil constitutionnel. » (Les Echos n° 21332 du 12 Décembre 2012 • page 16)

 

Pour ceux qui croiraient encore que Castorama, Leroy-Merlin, mais aussi Bricorama  sont uniquement préoccupés du plaisir des bricoleurs du dimanche, et qu’il est normal que les magasins soient ouverts au maximum (dimanche et soirées…) je crois qu’il est temps de leur déciller les yeux.

L’Allemagne, si souvent citée en exemple, ne se laisse pas prendre à ce mirage de l’ouverture à tout prix. Les magasins sont fermés le samedi vers 16 heures, et le dimanche, seules sont ouvertes (le matin) quelques boulangeries, notamment celles qui font également de la pâtisserie. Et il ne semble pas que les Allemands s'en portent  plus mal !

Mais c’est bien connu, les patrons français sont les meilleurs du monde, en tout cas bien meilleurs que les patrons allemands, et Gattaz est leur prophète. Après Laurence la pleureuse voici Pierrot le fils d’Yvon qui fut le chantre du libéralisme dans les années 80. Vonvon vient de remettre le poste de patron des patrons à son fifils, comme il lui a confié les rênes de la société Radiall qu’il avait créée.  Yvon Gattaz est aussi soucieux d’éthique, puisqu’il fonda ETHIC (Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance) dans laquelle s’illustre notamment l’inénarrable Sophie de Menthon qui partage avec Laurence Parisot le statut d’héritière, condition nécessaire (mais pas toujours suffisante) pour devenir un patron de  choc.

 

Et pendant ce temps il y a des employés qui se font 50€ par dimanche sans avoir conscience de mettre en péril l'équilibre financier  de la boîte qui les emploie (je n’ai pas dit « exploite »).

Il y a vraiment des coups de pied au culte du libéralisme qui se perdent !

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