A qui profite la révolte des paysans ?

Voici un peu plus de deux semaines que les journaux télévisés ou radio ouvrent sur la révolte des agriculteurs, et pas un jour ne passe sans que l'on voie un agriculteur exhaler sa colère et son désespoir. Un agriculteur ? Sans doute mais surtout un agriculteur affilié à la FNSEA, ce grand syndicat qui est entièrement dévoué à l'agriculture productiviste.

Voici un peu plus de deux semaines que les journaux télévisés ou radio ouvrent sur la révolte des agriculteurs, et pas un jour ne passe sans que l'on voie un agriculteur exhaler sa colère et son désespoir. Un agriculteur ? Sans doute mais surtout un agriculteur affilié à la FNSEA, ce grand syndicat qui est entièrement dévoué à l'agriculture productiviste. L'un des plus emblématiques de ses dirigeants Michel Debatisse, venu comme la plupart des adhérents de la JAC (jeunesse agricole catholique) au syndicalisme dans les années  60 avait déjà annoncé la couleur en se démarquant de ses collègues paysans en soutenant l'extension du camp du Larzac contre l'avis de la plupart des agriculteurs du Causse. Président de la Sodial (Yoplait, Candia) le pouvoir politique sut le récompenser en le nommant secrétaire d'Etat sous le gouvernement Barre. S'éloignant du monde paysan il finit sa carrière comme parlementaire européen où il fut un activiste du lobby agro-alimentaire.

Ses successeurs ? François Guillaume : après avoir été Président de Saint-Hubert Industrie Laitière (700 salariés) de 1981 à 1990, il deviendra ministre de l'agriculture du gouvernement Chirac (celui qui aimait tâter le cul des vaches) et finit sa carrière politique comme député de Meurthe et Moselle après avoir siégé au Parlement européen. Depuis il fait dans l'aide alimentaire et milite au sein de "Debout la France".

Raymond Lacombe eut une carrière plus modeste, il ne fut que vice-président de la chambre d'agriculture de l'Aveyron et membre du conseil économique et social...

Luc Guyau est d'abord passé par le CDJA, la FDSEA avant de parvenir à la présidence de la FNSEA, puis , membre de la FIPA (Fédération internationale des producteurs agricoles), il est délégué du CESE au Comité pour la sécurité alimentaire mondiale au sein de la FAO  (l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture). Curieux ce penchant pour oeuvrer dans les organisations qui viennent en aide (pour mieux les tuer ? ) aux pays sous développés (non ce n'est pas un gros mot): en 2009 il deviendra président de la FAO... et en 2011 il est nommé inspecteur général de l'agriculture par le gouvernement sous la présidence de Sarkozy, et c'est sans doute un hasard s'il est vice-président départemental de l'UMP.

Jean Michel Lemétayer, s'il fut enlevé prématurément à l'affection des siens fut Président du Copa, lobby européen des agriculteurs, à Bruxelles, président de Sopexa (Sopexa est une agence de communication et de marketing spécialisée dans l'agroalimentaire, les vins et l'art de vivre) et enfin vice-président du Conseil économique et social....

Xavier Beulin, ah celui-là, c'est une autre échelle ... Céréalier, (ferme de 500 ha) et producteur de lait il est aussi président de Sofiprotéol, groupe agro-industriel aux multiples ramifications dont  le monopole pratiquement de la production du biodiésel.

En 2011, Xavier Beulin soutient une proposition de loi UMP  transposant un règlement européen de 1994 sur la protection des obtentions végétales, qui a pour conséquence que les agriculteurs, s'ils veulent ressemer leur propre récolte, doivent verser une « rémunération aux titulaires des certificats d'obtention végétale » que sont les semenciers . Le syndicat Coordination rurale rappelle qu'il est non seulement à la tête de la FNSEA, mais dirige également le groupe Sofiprotéol, « qui détient des participations dans plusieurs grands groupes semenciers français (Euralis Semences, Limagrain, RAGT Génétique, Serasem - groupe InVivo)

Gageons que M Beulin finira sa carrière au Parlement européen ou au conseil économique et social.

A la place des agriculteurs qui depuis des années se font du mouron pour l'avenir de leur métier , j'aurais tendance à me méfier de ces gens de la FNSEA dont l'activisme consiste surtout à promouvoir un modèle productiviste, suicidaire, mais qui permet à nombre d'entre eux de faire fortune sur les dépouilles de ceux qui veulent encore croire en l'avenir d'une agriculture soucieuse de l'Humain. La solution n'est pas le suicide (facile pour moi de le dire, bien entendu) mais la lutte et d'abord gagner à leur cause l'opinion publique  qui ne sait plus vers qui se tourner. Le diabète, l'hypertension, le cancer et combien d'autres maladies sont dues pour la plupart à cette malbouffe que défend la FNSEA (elle défend le modèle "ferme des mille vaches") . Avant de penser à exporter pour mieux ruiner les agricultures des pays sous-développés, les agriculteurs doivent porter leurs efforts vers une production raisonnée axée sur la qualité, et non plus sur la quantité. Il faut en finir avec ces rendements obtenus à coups d'engrais (importés) de traitements multiples et ruineux  et d'une addiction au machinisme qui fait de l'agriculteur un simple exécutant malade dans son corps, mais aussi dans sa tête car souvent il sait bien que ses immenses efforts et ses heures de travail interminables sont voués à la faillite.

Il est sans doute encore temps de se ressaisir !

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