Pasqua n'est plus...

J'ai croisé Charles Pasqua voici un peu plus de vingt ans. Il était ministre de l'intérieur, j'étais venu dispenser une formation à son équipe de sécurité. Il m'a accueilli, impérial, et recommandé à ses "petits" d'être attentifs. Les "petits" étaient tous des types qu'on n'aurait pas aimé croiser un soir d'hiver dans une rue déserte, mais on sentait bien qu'ils étaient efficaces, ils portaient cette efficacité avec cette décontraction propre aux hommes d'action. Ils étaient sous les ordres d'un brigadier de police, dont le père était conseiller technique du ministre, une affaire de famille en quelque sorte. Lorsqu'ils communiquaient entre eux les "Pasqua boys" utilisaient la langue corse, une manière de crypter leurs communications très efficace, d'autant qu'ils utilisaient des mots codés connus d'eux seuls. Charles Pasqua, personnage controversé s'il en fut, a marqué le ministère de l'Intérieur de son empreinte indélébile, d'autres qui l'ont précédé ou lui ont succédé furent des personnages falots, si insignifiants qu'on a oublié jusqu'à leur nom. Sait-on que Pasqua fut opposé au regroupement familial lorsqu'il était au cabinet de Jacques Chirac premier ministre de VGE ? Un certain Balladur était le chef de file des partisans du regroupement et Pasqua à l'époque avait pronostiqué une véritable bombe à retardement qui exploserait quarante ans plus tard. Balladur fut écouté, on connait la suite... Un ministre de l'intérieur doit posséder beaucoup de qualités, de ces qualités qui rendent forcément antipathique, c'est un homme de l'ombre, et ses nuits sont peuplées de fantômes... Pasqua possédait ces qualités  nécessaires à un homme d'Etat qui  évolue dans un monde peuplé de crapules, et autres spécialistes de coups tordus. Tout sauf un monde de bisounours comme tentent de nous le faire croire ces  communicants que sont devenus les actuels hommes politiques. Charles Pasqua avait en commun avec de Gaulle le prénom, le sens de l'Etat, une certaine idée de la France, il l'avait prouvé en s'engageant à quinze ans dans la résistance. Sans doute avait il précocément découvert que le monde, pour être vivable devait obéir à des règles intangibles. Je ne partageais sans doute pas son point de vue sur bien des sujets mais j'avais un immense respect pour cet homme dont la vie était un roman. Requiescat in pace.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.