Voter Front National, une preuve d'imbécillité et d'ignorance

2017 verra-t-il la victoire du Front national? j'en doute mais je ne prendrai pas le risque de parier sur sa défaite, la bêtise humaine étant incommensurable, les sondages sont incapable de l'apprécier. Mais peut-on raisonnablement prendre ce risque, sachant que d'autres l'ont déjà fait et que les conséquences en ont été dramatiques? ceci est une réflexion qui n'engage que moi ...

 

Les électeurs du Front National ne sont pas seulement des imbéciles, ce sont aussi et surtout des ignorants, mieux des ignares qui se complaisent dans des raisonnements -ou plutôt des résonnements- d’une crasse indigence. Il suffirait pour faire taire leurs théories sur les appartenances à un peuple ou une nation de procéder à un prélèvement général d’ADN chez tous les Français. Je ne doute pas qu’il y aurait des surprises, et aussi des règlements de comptes familiaux. La pureté de la race est un thème cher à l’extrême droite qui fut maintes fois repris et on s’en souvient -au moins ceux que cela intéresse- un certain Hitler et son complice Rosenberg en firent même le socle de leur idéologie, avec les résultats qu’on sait. Le refrain repris à chaque élection concernant l’invasion massive -et même le remplacement- d’étrangers sur notre sol a beau être démenti par les statistiques, il se trouve toujours des oreilles complaisantes pour se laisser séduire par la complainte ressassée au fil des discours et meetings. Marine Le Pen veut sortir de l’Europe et retrouver la monnaie nationale, la mémoire est courte et il faudra expliquer à nos jeunes pour qui le monde est devenu désormais un terrain de jeu -mais surtout de travail- pourquoi nous devrions nous recroqueviller sur un pays qui a laissé s’enfuir ses têtes pensantes, qui s’est vidé de ses entreprises-qu’ont-ils dit à l’époque ceux qui maintenant entendent voter pour ceux qui ont laissé faire ?-qui a laissé l’agriculture intensive détruire nos campagnes et pousser au suicide tous ces agriculteurs incapables de faire face aux crédits, à la solitude, au désespoir, pour le plus grand bénéfice de la FNSEA, du crédit agricole, du marché de la machine agricole et j’en passe. Tous ces nostalgiques d’une France agricole, avec des petits commerçants dans des bourgs prospères, des artisans par millions sont les premiers à faire leurs courses dans les hypermarchés, à fuir les campagnes et acheter des maisons "Machin" fabriquées à la chaîne. Ils sont les plus vaillants supporters des footeux qui gagnent en une année ce qu’il ne gagneront jamais en une vie; ceux qui vantent les terroirs et se goinfrent de pizzas ou de mac-do, arrosés de coca ou de bière premier prix.

 

Ces gens hélas, n’ont pas de cerveau, ou plutôt n’ont plus de cerveau, grignoté qu’il fut par les émissions de télé-réalité ou la mièvrerie le dispute à la crétinerie. Le peu de neurones qui leur reste est envahi de publicité, et ils se contentent en guise d’arguments de répéter à l’envi le discours de leur égérie qui vient de toucher à la consécration en allant se faire adouber par le tsar des tsars Wladimir Poutine qui n’en demandait pas tant.

 

Tout cela ne serait que pure comédie, aimable divertissement si on ne touchait à l’essence même de notre démocratie, ou de ce qu’il en reste. Si l’on songe à ce qui fut de l’Allemagne des années 30 qui permit à un petit caporal aigri par la défaite de 1918, et porté au pouvoir à cause de la crise mondiale induite par une financiarisation démentielle, dont les conséquences -chômage, paupérisation à l’extrême, inflation galopante- ont rendu le peuple allemand sourd à tout raisonnement, on peut, on doit s’inquiéter de la montée des idées -ou de l’absence d’idées- d’un parti qui a su se rendre fréquentable grâce au ralliement de quelques énarques et hauts fonctionnaires rompus à l’exercice du grand oral. Jean Marie Le Pen était un grand tribun, mais ses fréquentations douteuses ne lui ont pas permis d’espérer un jour gouverner, et l’on se souvient encore de sa peur, au lendemain du premier tour des élections de 2002. Peur d’être élu sans doute, mais peur d’un éventuel « accident » ultime solution à une erreur de casting qui se trouva prouvée lors du résultat final : une écrasante défaite face à son rival pourtant alors mal aimé, Chirac, qui obtint 82 % des suffrages, du jamais vu dans la Vème république, et même les précédentes.

 

Cette fois Marine le Pen, la fille du précédent -mais chez les Le Pen les affaires de famille sont un feuilleton sans fin- est en passe de devenir la première femme à endosser l’habit de président, elle est donnée second dans les sondages et il se pourrait bien que les électeurs, fatigués de cette grande fumisterie que sont les élections boudent les urnes ou votent n’importe quoi, histoire de donner une leçon à nos politiques. Ce qu’oublient les électeurs, c’est qu’ils seront toujours les perdants, les élections c’est le grand jeu cher à Coluche du « qui perd perd », et que ce sont les politiques qui gagnent à tous les coups. Même avec 10 % d’électeurs ils seront élus, les uns ou les autres; les députés européens ne remettent pas en cause leur légitimité alors que le taux d’abstention est monté à 60 %, et leur morale ne va pas jusqu’à remettre en cause la validité du scrutin.

 

L’abstention politique chère aux anarchistes qui réfutent « le chèque en blanc donné aux élus » au nom de la démocratie représentative représente désormais un risque que nous ne pouvons prendre sauf à accepter l’inacceptable.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.