la Toussaint, moment de réflexion

La Toussaint, moment de réflexion sur la vie et la mort, permet, l'espace d'une journée de se poser les questions essentielles. Parvenu à un âge où il convient plutôt de faire des bilans que des projets à long terme, je m'interroge parfois sur la futilité de certains événements que l'on nous présente comme fondamentaux. Il en va ainsi de ces projets de construction, de modernisation, qui ne passeront pas le cap d'une génération. Les médiathèques sont de ces projets inutiles que les élus tentent d'imposer au nom du progrès, alors que la fréquentation des bibliothèques par les jeunes tend vers le zéro absolu. Nos jeunes ne savent-ils plus lire ? Ou plutôt : est-ce important de savoir lire dans une société numérique où les modes de communication n'exigent plus la maîtrise de l'écrit. La société ne cesse d'évoluer, sous la pression de la jeunesse dont les erreurs mais aussi l'exploration de voies négligées par leurs prédécesseurs ouvrent de nouvelles perspectives, ce qu'on pourrait traduire par un mot simple : progrès. Le rôle des anciens, parfois qualifiés de sages, consisterait donc à modérer parfois, guider souvent, ceux dont la jeunesse s'affranchit de la prudence que donne le recul par rapport aux innovations. Il n'aura fallu qu'une dizaine d'années pour reléguer au rang des antiquités le bon vieux Minitel qui fut, certains s'en souviennent, une véritable révolution technologique. L'imprimerie et son ancêtre la xylographie remontent au 7ème siècle. Quatorze siècles que l'on imprime sur différents supports des textes, des images, accessibles à tous et l'on prédit déjà la fin de notre bon vieil ordinateur après seulement une cinquantaine d'années de bons et loyaux services. L'écriture comme les nouvelles technologies à venir seront toujours réservées à une minorité, que l'on peut qualifier « d'élite » ou de « caste supérieure », ceux qui ont accès au savoir, à l'information dont on sait qu'elle ouvre les portes du pouvoir. Il ne sert à rien de déplorer l'existence d'une oligarchie ou ses avatars: aristocratie, ploutocratie, technocratie, si l'on n'est pas capable d'insuffler à nos enfants ou petits enfants l'envie d'apprendre, et quel meilleur moyen que la lecture pour y parvenir ? La démocratie, terme galvaudé dont beaucoup ont perdu le sens serait ce système « le moins mauvais à l'exception de tous les autres » dixit Churchill, capable d'apporter un peu plus de justice et de paix dans notre monde, en avons-nous encore envie ? On peut au moins tenter d'y réfléchir.

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